Les pratiques d’écriture en cours de langues anciennes

Numéro 1 (2022)

Numéro 1 : Les pratiques d’écriture en cours de langues anciennes

Présentation du dossier thématique

« Le dos­sier por­tant sur la pra­tique de l’écriture ras­semble huit contri­bu­tions dont le point com­mun est d’offrir toutes un che­mi­ne­ment, à tra­vers l’écriture, vers une meilleure com­pré­hen­sion d’un texte ou d’un fait de langue. Mais les che­mins emprun­tés sont divers, puisque cer­taines visent à la pro­duc­tion d’une tra­duc­tion, quand d’autres visent à la com­pré­hen­sion glo­bale et intui­tive. Plusieurs encore s’appuient sur la com­pa­rai­son de tra­duc­tions déjà dis­po­nibles, étape indis­pen­sable à la com­pré­hen­sion du texte antique, pour invi­ter à une réécri­ture créa­tive sou­mise à de nou­velles contraintes. Si la pra­tique de l’écriture en cours de langues anciennes peut prendre la forme d’une acti­vi­té de manie­ment du grec ou du latin, depuis le thème et ses ver­tus for­ma­trices jusqu’à l’imitation et au détour­ne­ment de formes antiques, elle peut aus­si se décli­ner sous la forme de rédac­tion de textes en langue fran­çaise, des­ti­nés à une meilleure appro­pria­tion d’éléments repé­rés dans le texte étu­dié. » (Extrait de l’é­di­to­rial.)

Données éditoriales

  • Titre : « Les pra­tiques d’é­cri­ture en cours de langues anciennes dans l’en­sei­gne­ment secon­daire et supé­rieur ».
  • Éditeurs : Philippe Cibois, Clémence Coget, Thomas Frétard, Benoît Jeanjean, Peggy Lecaudé, Samuel Tursin et Géraldine Zych Ben Salem.
  • Date de publi­ca­tion du numé­ro com­plet : 10/11/2022.

Sommaire

Éditorial

Une revue de pédagogie des langues anciennes, à quoi bon ?

  • Benoît JEANJEAN
  • p. 5–9
  • publié en ligne le 07/11/2022

Dossier thématique

Écrire et élaborer des hypothèses en français à partir des indices fournis par les textes anciens

Écrire un poème-partition en latin sur la fondation de Rome ou comment s’approprier des textes authentiques

  • Chloé POUJADE
  • p. 13–29
  • publié en ligne le 23/09/2022

Nous pro­po­sons de mon­trer com­ment une séance d’écriture située à la fin d’une séquence sur la fon­da­tion de Rome per­met aux élèves lati­nistes de cin­quième de s’approprier des textes latins authen­tiques. La rédac­tion d’un poème-par­ti­tion en latin sui­vant la défi­ni­tion qu’en donne Bernard Heidsieck, nous semble un tra­vail per­ti­nent d’interprétation des textes antiques à tra­vers une forme poé­tique contem­po­raine. Les élèves sont invi­tés, selon le prin­cipe du col­lage, à recom­po­ser les prin­ci­pales étapes de cette légende. Les poèmes-par­ti­tions étant écrits pour être dits en public, les élèves pour­ront les lire à haute voix pour les éprou­ver et en sen­tir les limites. La forme poé­tique contem­po­raine et la ques­tion de la poé­sie sonore consti­tuent dans cette pro­po­si­tion une voie pour rendre le texte antique vivant, « le remettre “debout”, osant donc s’affirmer en tant que tel » (Bernard Heidsieck, Poèmes-par­ti­tions).

Pétrone, Satiricon, LXI-LXIII : parcours d’écritures en 5e-4e

  • Albane KARADY
  • p. 31–43
  • publié en ligne le 04/10/2022

Cet article sou­haite pro­po­ser des pistes que pour­rait suivre un pro­fes­seur en col­lège pour consti­tuer un par­cours de pra­tiques d’écriture au cœur de la lec­ture d’un extrait du Satiricon de Pétrone. Partant du triple constat de l’enjeu démo­cra­tique des pra­tiques d’écriture, du peu de men­tions expli­cites du recours à l’écrit et de son inté­rêt majeur dans toutes ses typo­lo­gies pour construire les com­pé­tences liées aux LCA, nous envi­sa­geons ici les pra­tiques d’écriture dans leurs mul­tiples facettes. En éta­blis­sant des pas­se­relles entre les acti­vi­tés d’écrit habi­tuel­le­ment menées en cours de fran­çais et les objec­tifs d’apprentissage aux­quels le cours de LCA invite les élèves, nous les enga­geons à éla­bo­rer des écrits en fran­çais (écrits de récep­tion, d’appropriation, défi­ni­tion­nel) aus­si bien qu’en latin (un synop­sis de bande des­si­née). Ces pra­tiques ont pour inten­tion d’articuler entre elles des com­pé­tences lan­ga­gières com­plé­men­taires, de tis­ser la sub­jec­ti­vi­té avec le col­lec­tif en mêlant écri­ture et opé­ra­tions de lec­ture, ain­si que de conso­li­der des com­pé­tences lin­guis­tiques. Une pre­mière piste est par­ti­cu­liè­re­ment déve­lop­pée dans la pré­sente contri­bu­tion.

Comprendre et manipuler la langue ancienne à l’écrit

La pratique du thème grec : un outil pour saisir et maîtriser la syntaxe de l’éventuel

  • Christophe CUSSET
  • p. 45–59
  • publié en ligne le 03/09/2022

Le pré­sent article cherche à mon­trer que le thème grec peut aus­si être un bon exer­cice pour s’approprier cer­taines notions syn­taxiques propres au grec ancien que la simple lec­ture du grec vers le fran­çais ne met pas for­cé­ment assez bien en évi­dence. Nous pre­nons l’exemple de la syn­taxe de l’éventuel que sou­vent les tra­duc­tions en fran­çais ont ten­dance à évin­cer ou à édul­co­rer. L’exercice du thème per­met de réflé­chir à par­tir d’un texte fran­çais à cette moda­li­té de pen­sée dont on peut trou­ver des traces ou des indices qu’il convient de repé­rer pour les trans­po­ser ensuite dans l’écriture du grec. On pro­pose quelques exer­cices pour aider à cette trans­po­si­tion du fran­çais vers le grec et quelques cas pra­tiques.

Le thème latin en chansons : expérimentation

  • David LOAEC
  • p. 61–87
  • publié en ligne le 03/11/2022

Pour per­mettre aux élèves lati­nistes d’appréhender la langue latine dans toutes ses dimen­sions, la tra­duc­tion est une pra­tique néces­saire à la fois de la langue latine vers la langue fran­çaise et inver­se­ment. Cette acti­vi­té per­met de mettre en place une réflexion plus appro­fon­die sur les sys­tèmes des deux langues. Dans ce but, une expé­rience a été menée deux fois à vingt ans d’intervalle : tra­duire en latin des chan­sons contem­po­raines, en anglais et en fran­çais. Ce tra­vail, mené par groupes, a per­mis de mettre en évi­dence plu­sieurs avan­tages de la tra­duc­tion de textes que les élèves peuvent choi­sir d’après leurs affi­ni­tés propres : moti­va­tion, impli­ca­tion, recherche en auto­no­mie, mais sur­tout créa­tion lin­guis­tique et appro­pria­tion du lexique. En revanche, les béné­fices concer­nant l’aspect gram­ma­ti­cal sont plus contras­tés, mais peuvent ser­vir d’autant plus uti­le­ment au diag­nos­tic des carences des élèves dans ce domaine.

Traduire en français pour transmettre

Le déchiffrement et la transcription de manuscrits médiévaux et de livres anciens en latin au collège, au lycée et à l’université

Lire pour transcrire et transcrire pour donner à lire
  • Benoît JEANJEAN
  • p. 89–109
  • publié en ligne le 07/05/2022

Demander à des lati­nistes de col­lèges, de lycées ou de l’enseignement supé­rieur de trans­crire des textes latins repro­duits à par­tir de manus­crits ou d’imprimés anciens, les invite à mobi­li­ser leurs connais­sances mor­pho­lo­giques, syn­taxiques et lexi­cales non comme des fins en soi, mais comme des outils per­met­tant leur déchif­fre­ment et leur mise à dis­po­si­tion d’un public plus large. Si, de plus, ces textes n’ont encore fait l’objet d’aucune tra­duc­tion fran­çaise, la res­pon­sa­bi­li­té et l’intérêt des élèves et des étu­diants s’en trouvent d’autant accrus. Les trois expé­riences pré­sen­tées ici portent sur le déchif­fre­ment et la trans­crip­tion de deux impri­més du XVIIIe et du XVIe siècles et d’un manus­crit du VIe. Elles pro­cèdent d’une même dyna­mique, mais sont auto­nomes et peuvent être lues sépa­ré­ment. Toutes trois, en revanche, mettent en lumière les démarches par les­quelles les élèves mobi­lisent leur connais­sance du latin pour tran­cher entre plu­sieurs hypo­thèses de lec­ture – notam­ment l’interprétation d’abréviations –, dans des textes dont les thé­ma­tiques sont inha­bi­tuelles dans le champ des études latines : l’anatomie, avec un extrait des Tabulae Anatomicae Eustachii de G.-M. Lancisi (1714) ; la pré­di­ca­tion médié­vale, avec la page de titre des Sermones qua­dra­ge­si­males de fla­gel­lis pec­ca­to­rum fes­ti­nan­ter conuer­ti nolen­tium de Leonardo Dati (1518) ; la polé­mique reli­gieuse, avec un bref extrait – à conno­ta­tion plus phi­lo­so­phique que spé­ci­fi­que­ment reli­gieuse – du Dialogus Attici et Critobuli (Dialogue contre les péla­giens) de saint Jérôme.

Écrire pour transmettre : de la traduction à l’imitation créatrice

  • Rozenn MICHEL
  • p. 111–128
  • publié en ligne le 29/10/2022

Cet article fait le bilan de deux acti­vi­tés menées par un groupe d’élèves de Terminale sui­vant l’option Langues et cultures de l’Antiquité (en grec ancien), au tra­vers des­quelles ils ont joué le rôle de relais de la culture et des lettres antiques auprès d’un public plus large que le public sco­laire. La pre­mière a consis­té à abor­der la tra­duc­tion lit­té­raire à par­tir d’un exer­cice de moder­ni­sa­tion d’une tra­duc­tion de Blaise de Vigenère, huma­niste du XVIe siècle, qui a don­né en fran­çais les Descriptions de sta­tues de Callistrate. Ce tra­vail les a ame­nés à prendre en compte le tra­vail de l’écriture du tra­duc­teur, et les attentes de son des­ti­na­taire, un public de lec­teurs. La seconde acti­vi­té a abor­dé le tra­vail de l’écriture sous l’angle de l’imitation, en par­tant d’une varia­tion moderne de l’Icaroménippe de Lucien ; elle a conduit par la suite à l’écriture col­lec­tive de say­nètes jouant avec les codes de figu­ra­tion des dieux grecs, qui ont fini par consti­tuer l’objet d’une repré­sen­ta­tion théâ­trale devant un public d’usagers du lycée.

Imiter et réécrire

De Phèdre à Queneau, entre écriture de la réception et écriture de la variation

  • Antje-Marianne KOLDE & Catherine FIDANZA
  • p. 129–143
  • publié en ligne le 06/09/2022

La tra­duc­tion d’un texte d’une langue dans une autre se décom­po­sant selon Jakobson en deux phases, la tra­duc­tion inter­lin­guale et la tra­duc­tion intra­lin­guale, nous nous inté­res­sons dans cet article à la deuxième phase. Entre écri­ture de la récep­tion et écri­ture de la varia­tion d’un texte antique, elle offre une excel­lente occa­sion pour les élèves de construire et de mobi­li­ser leurs com­pé­tences scrip­tu­rales. Dans cet article, nous pré­sen­tons un dis­po­si­tif didac­tique que nous avons expé­ri­men­té avec des élèves de 15 à 17 ans dans le cadre d’un pro­jet de lec­ture por­tant sur les Fables de Phèdre, à Neuchâtel, en Suisse.

Modo antiquo scribere : pratiques d’écriture imitative en cours de latin

  • Marie PLATON
  • p. 145–163
  • publié en ligne le 07/05/2022

Comment per­mettre un enga­ge­ment actif des élèves dans l’apprentissage des langues anciennes sans néces­sai­re­ment recou­rir aux méthodes audio-orales ou au tra­di­tion­nel thème gram­ma­ti­cal ? Le pré­sent article s’efforce d’apporter une réponse à tra­vers la pré­sen­ta­tion de quatre acti­vi­tés d’écriture à contrainte pro­po­sées à des lati­nistes débu­tants ou confir­més. L’objectif pour­sui­vi est triple : l’acquisition de nou­velles struc­tures syn­taxiques, la fami­lia­ri­sa­tion avec les outils métho­do­lo­giques usuels (en par­ti­cu­lier le dic­tion­naire de ver­sion latine), et enfin, l’appropriation d’œuvres lit­té­raires et patri­mo­niales à tra­vers l’imitation ou la trans­po­si­tion géné­rique.

Varia

Un projet interdisciplinaire LCA / CIT : la modélisation 3D du moulin de Barbegal à Fontvieille (13)

  • David LOAEC & Gilbert SIMON
  • p. 167–188
  • publié en ligne le 07/05/2022

Cet article pré­sente les étapes qui mènent, grâce à une col­la­bo­ra­tion inter­dis­ci­pli­naire entre les Langues et Cultures de l’Antiquité (LCA) et l’enseignement de Création et Innovation Technologiques (CIT), à la modé­li­sa­tion d’un site archéo­lo­gique romain peu média­ti­sé : les mou­lins de Barbegal, situés à quelques kilo­mètres d’Arles. Fondé sur la col­la­bo­ra­tion entre deux dis­ci­plines, tech­nique et géné­rale, le pro­jet met en acti­vi­té les élèves des deux sec­tions dans le but de réa­li­ser une maquette vir­tuelle en 3D. Les élèves de LCA s’occupent des élé­ments géo­gra­phiques, his­to­riques, archéo­lo­giques et archi­tec­tu­raux, qui per­mettent à ceux de CIT d’élaborer la maquette. Le tra­vail entre les deux groupes se fait sous forme de mini-confé­rences, qui assurent une cir­cu­la­tion effi­cace des infor­ma­tions. Le résul­tat, une maquette visi­table de grande qua­li­té, montre que les élèves s’approprient le maté­riel scien­ti­fique, et savent rendre visible un patri­moine antique ara­sé par le temps. Ils se sont en outre ren­du compte de la somme de tra­vail néces­saire à ce type de réa­li­sa­tion.

Une difficulté pédagogique du latin : l’ordre des mots. Comment faire traduire le latin en français au XVIIIe siècle ?

La querelle des inversions dans l’<i>Encyclopédie</i>
  • Marielle PAUL-BARBA
  • p. 189–214
  • publié en ligne le 07/05/2022

Des études de Lettres clas­siques et l’exercice du métier d’enseignant m’ont ame­née à m’interroger sur les rai­sons qui ont cau­sé la sépa­ra­tion du cur­sus de Lettres clas­siques de celui de Lettres modernes, dans un cli­mat d’opposition et non de com­plé­men­ta­ri­té. En effet, depuis le XIXe siècle, l’enseignement des langues anciennes n’était pas lié à celui du fran­çais, puisque les ensei­gnants du pri­maire n’avaient pas de for­ma­tion en langues anciennes et que la filia­tion entre le latin et le fran­çais ne fai­sait pas l’objet d’une réflexion ni sur le voca­bu­laire ni sur la syn­taxe, mais res­tait une pra­tique mar­gi­nale. La contro­verse, qui oppose les clas­siques et les modernes au sujet de la créa­tion de l’agrégation de Lettres modernes en 1959, fait clai­re­ment appa­raître cette scis­sion dans l’enseignement alors que nous savons que le fran­çais vient du latin. Ce ques­tion­ne­ment m’a inci­tée à écrire une his­toire de l’enseignement du latin et du fran­çais dans l’enseignement secon­daire en France, du XVIIIe siècle à nos jours. J’ai été ame­née pour cela à inter­ro­ger les rap­ports entre les deux langues et à mettre en évi­dence des moments de confron­ta­tion comme celui que je pro­pose de pré­sen­ter dans cet article.

Une démarche pour favoriser la compréhension globale d’un texte antique

  • Samuel TURSIN
  • p. 215–253
  • publié en ligne le 02/09/2022

À l’écrit comme à l’oral, l’élève côtoie plu­sieurs langues pen­dant sa sco­la­ri­té, et bien­tôt dans sa vie d’adulte. Comment rendre l’élève conscient de ses capa­ci­tés à com­prendre sa langue, les langues euro­péennes qu’il étu­die, vivantes ou anciennes ? C’est une démarche qui est ici pré­sen­tée, en plu­sieurs étapes suc­ces­sives. Elle vise à rap­pe­ler à l’élève ou à lui apprendre que le savoir et les com­pé­tences se construisent. Des outils lui sont don­nés, des adap­ta­tions mises en place, pour favo­ri­ser la com­pré­hen­sion glo­bale d’un texte, puis, pro­gres­si­ve­ment, tendre vers une lec­ture qui suive l’ordre des mots.

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