Le grec et le latin : des cours qui « délient les langues »
Résumé
L’article qui suit reprend une contribution orale prononcée à l’occasion d’une invitation de Christophe Cusset au colloque « Faire face aux textes de l’Antiquité ». Il ne s’inscrit pas dans le cadre d’une démarche pédagogique en cours. Il est cependant le fruit d’une expérience pédagogique, celle de l’enseignement des langues anciennes et de la littérature française au lycée et en classes préparatoires. Le libellé de mon intervention éclaire l’essentiel de mon propos : la nécessité d’un recours systématique, dans le processus de la traduction, à une analyse lexico-culturelle ; celle-ci doit conduire à une archéologie du sens dont la fécondité concerne aussi bien la langue source que la langue cible. Cela suppose une définition de la langue comme « langue de culture », matériau et milieu historiques, inséparable donc des grands enjeux, littéraires, historiques, philosophiques mis en mots dans les œuvres de l’Antiquité que nous recevons en traduction, dans la traduction, et dont nous continuons de débattre en les subordonnant aux intérêts d’aujourd’hui. D’où la nécessité de maintenir l’exercice de la version, un exercice renouvelé dans sa pratique et ses ambitions. Une telle approche implique que l’apprentissage des langues anciennes bénéficie de toute l’autorité institutionnelle octroyée aux autres disciplines dites fondamentales (lesquelles, d’ailleurs, lui sont intimement liées en diachronie et synchronie).
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Texte intégral
Les remarques et propositions qui suivent peuvent paraître intempestives : je suis un professeur honoraire de classes préparatoires littéraires et, si j’ai enseigné pendant plus de quinze ans les langues anciennes, le grec en l’occurrence, en khâgne classique au lycée Henri IV, il y a déjà quelques années que je ne suis plus directement confrontée à cet enseignement. Mais il se trouve, pour des raisons diverses1, que je continue de très près à m’intéresser à cet enjeu ; on me pardonnera aussi l’approche généraliste de la question : je ne suis pas une antiquisante à proprement parler, mais une littéraire. Le fait d’avoir, parallèlement à cet enseignement du grec et du latin, enseigné le français en khâgne moderne, constitue un point essentiel dans mon approche de cette crise que traverse depuis si longtemps l’apprentissage des langues anciennes ; je n’ai jamais, de fait, opéré de clivage entre ces deux enseignements, persuadée depuis toujours que le dialogue du grec et du latin avec l’histoire, la philosophie, les sciences humaines, la littérature, s’imposait comme une nécessité inscrite dans la substance même de ces langues mortes. M’y invitait sans doute aussi le double cursus de lettres classiques et de philosophie que j’ai eu la chance de poursuivre. Je voudrais également préciser d’emblée que, si mon propos est nourri de considérations généralistes spécifiques d’un enseignement en classes préparatoires, j’ai évidemment, avant la khâgne, enseigné en lycée, en particulier dans des classes de grands débutants.
Quelques remarques préliminaires pour introduire et éclairer le libellé de mon intervention que j’emprunte à Pierre Judet de La Combe2. Le titre même du colloque Faire face aux textes de l’Antiquité fait signe clairement vers la difficulté, le défi à affronter les textes grecs et latins ; ce genre de colloque ou d’interrogation n’est évidemment pas nouveau. Je note au passage que le syntagme « les textes de l’Antiquité », s’il a le mérite de focaliser sur la notion de textes, fait l’économie des mots « grec et latin », conformément au nouveau libellé qui a accompagné le retour d’une langue ancienne obligatoire dans les hypokhâgnes indifférenciées : « langues et cultures de l’Antiquité ». J’ai d’autant plus regretté, pour ma part, l’effacement de ces deux mots, que j’ai personnellement et passionnément participé aux débats et réunions à l’ENS Ulm qui ont abouti à ce retour. Ce n’est évidemment pas le moment ni le lieu d’énumérer les raisons de la situation d’un apprentissage devenu au fil du temps de plus en plus difficile ; je voudrais seulement dire qu’à mes yeux, il est essentiel de ne pas oublier que le statut optionnel de ces disciplines au collège et au lycée — c’est-à-dire leur statut de disciplines, de fait, non instituées — pèse lourd, n’a cessé de peser de plus en plus lourd dans la dégradation des conditions d’enseignement de ces disciplines. Il y a certes les paradigmes sociétaux ; il y a aussi les paradigmes internes. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il n’y a pas urgence à réorienter la pédagogie de ce « faire face à ». Ernst Curtius, déjà, dans La Littérature européenne et le Moyen Âge latin, déplorant la pétrification d’un système d’enseignement dit classique, pouvait dire : « Nous avons modernisé les chemins de fer, mais non les modalités de la transmission3. » Il m’est arrivé souvent de déplorer ce triste paradoxe : au moment où les travaux et les apports des grands comparatistes des langues anciennes, Saussure, Meillet, Benveniste, Martinet, étaient les véritables inspirateurs du renouveau des études littéraires contemporaines, l’enseignement des langues anciennes se tenait, lui, frileusement à l’écart de toute rénovation. Nous avons payé cher ce retard, largement comblé depuis.
J’en viens donc à mon libellé : des cours qui délient les langues, c’est-à-dire qui les arrachent à leur clôture, à leur stricte horizontalité, qui font la démonstration que le sens, au cœur même du processus de la traduction, se raconte dans le temps, que l’archéologie du sens est verticale. Des cours, donc, qui invitent à « réausculter » une langue de culture — langue source et langue cible — à l’aune de son matériau historique ; avec l’idée, donc, qu’il faut en passer par un concept élargi de la langue qui invite à voir en elle un milieu, une construction historique. C’est en effet dans le tissu du texte, dans sa lettre, ses mots, que l’on trouve les traces et les marques du contexte historique, littéraire, philosophique. Raison pour laquelle, si je trouve tout à fait pertinent que l’on veuille « oraliser » l’apprentissage du latin et du grec, à partir de la formulation ou la reformulation de textes fabriqués — une pédagogie de tradition érasmienne —, il me paraît essentiel de ne pas dénaturer, occulter, la notion de langue morte, « langues vieilles et mortes, de papier et d’encre », disait déjà d’elles Pietro Bembo dans son livre Prose della volgar lingua (1525). Les textes auxquels nous devrions faire face, sont des textes forts — le tri peut s’imposer dans « les archives de textes écrits » —, des textes écrits dans des langues qu’on ne parle plus ; et il faut tirer le meilleur parti de cet atout : l’avantage heuristique, linguistique et méthodologique d’une langue qu’on n’est pas tenu de parler ; des langues mortes, mais vivantes d’avoir été, au sens où il s’agit d’en négocier la fécondité dans des œuvres que l’on reçoit en traductions : on ne les parle plus, mais elles jouent pleinement leur rôle dans la translatio studiorum ; des langues sans locuteurs, oui, des œuvres, des monumenta. Je dirais volontiers, avec le poète Michel Deguy : « une langue morte, langue de culture, est une langue qui ne consiste qu’en œuvres4 » ; raison pour laquelle la traduction est la grande tâche.
J’insisterai volontiers, d’abord, sur l’acte de lecture avec, comme visée, latraduction, c’est-à-dire l’acte herméneutique d’interprétation qu’il prépare, qui peut lui être consubstantiel. Un acte de lecture médié, culturellement médié par le recours à l’étymologie et au sémantisme. Cette analyse lexico-culturelle, je la vois prioritairement au service de l’acquisition d’une conscience linguistique alertée, féconde pour la langue source et la langue cible, plus que jamais nécessaire. Devant le développement accéléré des formes modernes de la communication, vouées encore pour longtemps aux impératifs de la vitesse, mécanisation, monosémie, menace des éléments de langage et de leur langue de bois, évoquer, comme le font les Instructions officielles « la force éclairante de l’étymologie » est certes une bonne chose, mais n’est que broutille si l’on en reste à un enregistrement des mots sous forme de fiches ou d’expressions du style « latin du français » ou « grec du français ». Deuxième point, l’acte herméneutique de traduction — traduire, c’est interpréter — oblige à penser, continuer de repenser, mettre à jour, au service des intérêts d’aujourd’hui, les grands débats culturels, politiques, éthiques, philosophiques, dont nous héritons dans les langues qui les ont mis en mots : les mots anciens — précieux car ils n’appartiennent à personne, comme le rappelait Karl Kraus —, sont une sorte de « robinet étymologique et sémantique » qui déclenche une arrivée de concepts grecs ou romains, lesquels continuent de travailler, entre distance et proximité, le monde contemporain. Il s’agit de prendre en compte la dimension à la fois plurielle, évolutive, des significations dans le temps : chaque mot s’ouvre comme un puits de mémoire et il faut pouvoir, savoir, puiser, choisir, risquer tel sens ou tel autre ; faute de quoi, dans le meilleur des cas, l’on a des traductions insipides : le sens s’aplatit et retombe sur lui-même, d’où l’exercice effectivement fructueux de comparaisons (car les traductions, en signalant leur époque, ouvrent l’espace des traductions à venir). Dans le pire des cas, mieux vaut, je crois, préférer un contresens intelligent à une traduction littérale, peut-être grammaticalement correcte, mais incompréhensible (mon expérience de jury de concours me fait dire que ce dernier point peut prêter à discussion…). Par conséquent, et ce sera mon dernier point, il en va effectivement, avec l’acte de traduction, d’une nécessaire réorientation pédagogique de la version traditionnelle : moins un acte de compréhension technique, strictement grammatical, qu’un acte de réappropriation dynamique, personnelle, un acte de transformation — vertere ; occasion, d’ailleurs, de faire réfléchir les élèves sur la richesse du lexique latin de la traduction et l’indispensable maintien de l’exercice de la version, dans un cadre renouvelé, dans les classes.
L’attention au lexique dans l’acte de lecture des textes antiques
« Une lecture bien faite commence par le lexique ; elle y séjourne et y revient toujours », se plaisait à dire Péguy5. La connaissance des mots vient en premier, verborum prior : les traducteurs sont des verborum pensitatores, « peseurs et repeseurs de mots » (Valery Larbaud6).
Et d’abord lire à haute voix : faire entendre « la voix de l’écrit ». Rien de plus triste, morne, décourageant, qu’une langue qui ne s’entend pas s’entendre (les conditions de lecture dans l’Antiquité y invitent tout particulièrement avec la recitatio) ; c’est un préalable essentiel de faire entendre la corporéité de la langue, ce que Claudel appelait « la bouchée intelligible7 » des textes. L’affaiblissement de cette pratique est regrettable et il faut, dans tous les cas, se réjouir qu’elle revienne à l’honneur à l’occasion de la relance de ce débat capital dans l’enseignement du latin en Europe : faut-il enseigner le latin par les règles ou par l’imprégnation directe ? À souligner aussi l’importance du par cœur, d’autant que, dans la perspective que je me donne, apprendre par cœur, c’est incorporer en soi du temps : chaque mot en lui porte une temporalité, le palimpseste de chaque emploi précédent.
On peut souligner qu’il y a chez les Anciens un souci linguistique et éthique, un souci du mot juste ; voir dans le Phédon ce moment très émouvant où Socrate tance gentiment Criton pour son inexactitude de langage : l’incorrection du langage, dit-il, to mè kalôs legein, n’est pas seulement une erreur contre le langage même, elle fait encore du mal à l’âme, kai kakon ti empoiei tais psuchais8. Une approche ambitieuse de « la force éclairante de l’étymologie », en lien avec le sémantisme en diachronie et synchronie, attentive à la lettre du texte, se doit d’explorer la mémoire du mot, de le rendre à son histoire, et d’éviter tout fétichisme étymologique, comme celui de l’inénarrable Brichot dans La Recherche… Il ne faut pas avoir recours à l’etumon comme à une vérité révélée une fois pour toutes. « Le mot étymologie est vicieux », rappelle opportunément Alain Rey ; il fait sa propre réclame en exhibant sa vertu hellénique de vérité : etumos logos9… Rendre le mot à son histoire, donc, dans un trajet de la langue qui, elle, justement, vit dans le temps, car l’étymologie intelligemment conçue est moins un savoir figé sur le passé d’une langue que sur le trajet maintenu de son sens. Le sens nouveau d’un mot ne met pas un terme à l’ancien. Cette approche du mot dans le temps vaut aussi comme mise en garde contre un usage médiatique, étourdi, du mot. D’où la fécondité, par exemple, d’une relecture, à la lumière de leur origine des couples sémantiques stratégie et tactique, ou économie et écologie ; dans ce dernier couple, la loi du marché, comme le remarque malicieusement Alain Rey10, dresse l’un contre l’autre les deux mots, en dépit du point de vue savant qui souligne leur parenté. Il y a là un formidable levier contre l’appauvrissement du langage. Déplier l’histoire du mot, c’est aider à habiter la langue de l’intérieur, c’est habituer très tôt les jeunes élèves, en particulier, à se frotter au sens, à la généalogie du sens, et non pas seulement à l’actualité dénotative immédiate du mot. Car il y a un paradoxe, source de malentendus et d’anachronismes : plus un mot nous est familier, moins on le comprend, car on a oublié son origine, soit l’immense masse de temps qui se trouve derrière lui ; on l’emploie comme s’il s’agissait d’un mot d’hier ! Il est important, en direction de jeunes élèves en particulier, de réduire une opacité d’autant plus intimidante que, justement, l’on fait comme si le vocable allait de soi, était « naturel » ; or, il n’y a pas de naturel de la culture : tout se conquiert par l’écart, la distance. Il est important que les élèves, qui l’ignorent très souvent, tellement l’emploi qu’ils en font est mécanique, soient au fait du sémantisme des disciplines (mathématiques, histoire, géographie, etc.) ; par exemple, qu’ils « habitent » ce lexique d’un premier vivre-ensemble — collège, élection, candidat, vote —, celui, dans une démocratie, de leur futur métier de citoyen. Il est important qu’ils sachent qu’il y a, du prestigieux collège de Navarre au plus petit collège de banlieue, cette épaisseur, Chateaubriand dirait cette « majesté du temps », dont le mot collège, collegium — avec le contrat d’un vivre-ensemble inscrit dans l’étymologie — est le gardien et le dépositaire.
Ce n’est pas pour autant maintenir un usage corseté, vieilli, de la langue, qui ferait oublier ce que Saussure appelait « la face temporelle » de la monnaie des langues11, ce jeu antagonique de la langue entre innovation et conservation : c’est un ancien, Horace, qui, dans son Art poétique, dit la nécessité d’enrichir l’idiome national, le sermonem patrium, et de mettre à jour des vocables nouveaux : « Beaucoup de mots renaîtront qui maintenant sont tombés, beaucoup tomberont qui sont en vogue aujourd’hui ; si l’usage le veut, l’usage auquel appartiennent dans les langues la souveraineté, le droit, la règle [si volet usus, quem penes arbitrium est, et ius et norma loquendi12] »). Je n’insiste pas, faute de temps, sur l’importance de cette approche du mot dans le temps pour la poésie (bien des textes poétiques sont souvent plus « faciles » que bien des textes en prose). C’est l’occasion de sensibiliser les jeunes élèves à la différence entre le lexique grec, cet alphabet abstrait au fondement de matrice de nos classements intellectuels, et le lexique latin dont on sait qu’il garde beaucoup de sa valeur initiale concrète, du poids de la chose. Putare : la putatio vinae, c’est l’émondage de la vigne ; remarquable perspective que celle où l’acte de penser est un acte où l’on nettoie (putare signifie« émonder, nettoyer »). C’est, par exemple, avec le mot gravitas — initialement la lourdeur des pieds qui ont foulé la terre —, que l’on entre dans les Principia de Newton, c’est-à-dire dans la Physique moderne. L’on peut évoquer le thème de la patrii egestas sermonis initié, non sans coquetterie, par Lucrèce, et repris par Cicéron, Sénèque, Pline le Jeune ; il explique la part importante de mots grecs dont le latin est truffé, par emprunts et aussi par calque sémantique, par transfusion de sens : un processus commencé de fait très tôt, avec Ennius qui injecte dans sapientia le sens de la sophia grecque13. Par exemple, le mot ars (« procédé »), sous l’influence du mot grec technè, s’enrichit des sens de « science », « technique », « art », « théorie ». Que le lexique soit un domaine où les chemins du savoir coïncident avec ceux de la poésie, voilà qui est comme inscrit dans la belle définition que donne Antoine Meillet, le grand linguiste de la langue latine : « le sens d’un mot résulte de la totalité de ses emplois » ; une formule qui satisfait pleinement George Mounin14 car, justement, elle donne son plein de sens poétique au langage. Tout travail sur un poème, latin en particulier, peut — doit — être l’occasion pour le professeur de se faire le puisatier du lexique, de faire remonter les mots comme des « visages d’ancêtres oubliés15 », comme le souligne Pascal Quignard. « Ce sont mes mots latins », peut dire le poète Michel Deguy, pour désigner quelques syntagmes fondamentaux de sa poésie : consolatio, desolatio16. Après Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Ponge, si conscients que le latin habite « la chair verbale » du français, Yves Bonnefoy rappelle aussi, en poète, combien la poésie latine, loin de tout emploi académique, a nourri en profondeur sa langue poétique. Ce détour par les textes poétiques latins est aussi l’occasion d’en finir avec quelques poncifs, dont celui des Romains instituteurs musclés de l’Europe, comme s’ils n’avaient jamais été que cela : un peuple guerrier et pragmatique… Eux, ces Romains très tôt dotés d’une langue latine poétique dont Nietzsche disait que « dans certaines langues, il n’est même pas possible de vouloir ce qui est réalisé ici17 ».
La médiation lexico-culturelle dans le processus de la traduction : un enjeu éthique, politique, philosophique
Ce voyage à l’intérieur des mots, formidable levier pour le décloisonnement des disciplines, est fécond dans le processus de traduction parce qu’il oblige à prendre en compte dans l’espace dialectique de la traduction le contexte pragmatique et culturel, le matériau historique contextualisé du texte ; il oblige à scruter la fortune des mots et l’itinéraire d’une langue, de ses concepts dans le temps.
On hérite, avec les mots anciens de ces grands, superbes vocables qui continuent d’épeler notre monde, constamment évoqués, mobilisés d’une génération à l’autre. C’est à juste titre que Kraus pouvait dire : « Plus vous regardez un mot de près, plus il vous regarde de loin18 ». Des mots comme cité, empire, hégémonie, démocratie, amour, éros, guerre, paix, amitié ; des mots qui, parce qu’ils ont été l’occasion chez les Anciens de débats constants dans les joutes oratoires, dans les textes, se prêtent à une approche sociologique, politique, éthique de la langue ; la culture politique européenne, c’est le débat : avec l’ignorance de l’histoire de ces mots, c’est la tension accumulée par des siècles de pensée critique qui risque de disparaître ; soit celegs précieux, ce Mal d’Europe19, que l’on doit à nos commencements culturels qui sont grecs, qui consiste à savoir penser contre soi et à retourner contre la raison les armes mêmes de la raison. Car les Grecs ont été les premiers archéologues de leur monde ancien, premiers mythographes, généalogistes, historiographes, ethnologues avec Hérodote.
Un mot, par exemple, sur la fortune d’une notion : le mot democratia. On nous rebat les oreilles : les Grecs ont inventé la démocratie, comme s’il s’agissait d’une invention de la même nature et avec la même conséquence anthropologique que l’invention de la roue ! Or, les Grecs ont pratiqué un type de politeia, parmi d’autres, qu’ils ont appelé démocratie et que nous considérons, à juste titre, comme un idéal politique. Mais ce que l’on doit aux Athéniens, c’est l’innovation théorétique d’une typologie des gouvernements ; dans le logos epitaphios que Thucydide prête à Périclès20, celui-ci fait l’éloge du régime de la démocratie, parmi d’autres possibles : cela concerne l’ordre du choix, du préférable, de la distinction, du discernement critique. Bien sûr, la thématisation de la pratique démocratique au théâtre et dans les discours philosophiques et rhétoriques a contribué de façon décisive au devenir conceptuel et historique du politique dans le monde occidental ; voir ces mots vigilants d’Hannah Arendt, dans l’épisode du Pêcheur de perles, son essai consacré à Walter Benjamin : « Toute époque pour laquelle son propre passé est devenu problématique à un degré tel que le nôtre doit se heurter au phénomène de la langue : car dans la langue, ce qui est passé a son assise indéracinable, et c’est sur la langue que viennent échouer toutes les tentatives pour se débarrasser du passé. La polis grecque continuera d’être présente au fondement de notre existence politique au fond de la mer, donc aussi longtemps que nous aurons à la bouche le mot politique ». On ne soulignera jamais assez la présence têtue de la longue mémoire de ces configurations latines qui travaillent notre modernité sans que celle-ci s’en doute, et cela concerne aussi l’économie. Dans un remarquable article du Monde des Livres du 29 avril 2015, commentant l’ouvrage de Giacomo Todeschini, Au pays des sans-nom, une nouvelle histoire économique du Moyen Âge, Étienne Anheim fait cette remarque : une grande majorité des économistes et financiers croient agir, être au centre du monde, sans savoir qu’ils « sont les marionnettes de mots très anciens comme dette, crédit, dignité, bonne foi » ; des mots, poursuit-il, qui restent les nôtres parce qu’ils ont été ceux des hommes et des femmes du Moyen Âge
J’ajouterai que traduire, c’est fonder une démarche rigoureuse et scientifique de linguiste, de littéraire, d’historien. Celle-ci a besoin, avec le sens des mots, de restituer la mémoire et l’itinéraire d’une langue. L’évolution du sens des mots-concepts stoïciens en particulier, avec le processus compliqué du passage au christianisme, invite à la prudence : voir l’évolution d’un mot comme diabolon ou encore du mot prosôpon, lexique du théâtre qui a fini par désigner, dans la langue des Pères de l’Église grecque, les Personnes de la Trinité. C’est l’expérience que font les étudiants et les chercheurs en sciences humaines, inévitablement à tel ou tel moment de leurs études. L’étudiant d’un Institut politique qui se verra proposer par son professeur (encore latiniste…) une recherche sur le concept de candidat, par exemple, se rendra vite compte que la pratique romaine, qu’il ne manquera pas d’évoquer, n’aura pas le même statut dans sa recherche que s’il se fût agi de quelque pratique symbolique de la Chine du Nord : le mot candidat le lie autant que l’idée et l’histoire. Le philosophe débutant qui rencontrera dans le texte d’un penseur chrétien de l’Antiquité le mot conscience ne pourra éviter de s’interroger sur son étymologie et son usage dans la littérature classique d’un Cicéron ou d’un Salluste.Le mot, ici, témoigne dans son évolution sémantique de la grande fracture de la pensée occidentale. Importance aussi des sens multiples que peut recevoir un mot à l’aune du contexte, et ce dans des textes d’un même auteur : quand, par exemple, Sénèque emploie le mot superstitio, dans le sens du grec deisidaimonia (« crainte irrationnelle »), à bannir, donc, mais, d’autres fois, au sens de « ferveur religieuse ». De même, facilitas a une acception négative de « complaisance », mais est aussi employé dans le sens positif d’« affabilité ». Le mot demagogos peut avoir son sens positif, initial : « celui qui sait conduire le peuple » ; mais il a déjà son sens négatif : tout dépend donc du contexte. Traduire, c’est interpréter, commenter : en se gardant toujours des anachronismes faciles, surtout quand il s’agit de termes institutionnels ; sans tomber pour autant dans l’obsession d’une distance vertigineuse des Anciens à nous, qui nous rendrait à jamais opaques « les termes indigènes ». Il est certainement important de montrer que l’usage que les Anciens faisaient de mots comme pater familias, theatron, etc., ne répond pas mécaniquement au sens que nous leur donnons aujourd’hui. Mais, comme le disait l’helléniste Nicole Loraux, en plaidant pour un anachronisme réfléchi, le risque est d’avoir à « rigoureusement s’interdire de penser les Grecs autrement que dans leurs mots pour ne pas leur poser d’autres questions que celles qu’ils se posaient à eux-mêmes21 ». On voit le piège : comment les comprendre, les traduire, si nous n’avons rien de commun avec eux ! La plongée dans l’archéologie du sens permet à la fois d’éviter les pièges, conceptuels et culturels, que nous tendent les mots des Anciens, en prenant soin de les contextualiser, les anthropologiser, et de ne pas oublier que c’est nous, hic et nunc,qui traduisons. La traduction, si elle reste « l’épreuve de l’étranger », est toujours un dialogue au présent, dans le présent, pour le présent.
De la traduction à l’exercice de la version
Je souhaiterais souligner l’importance de la version, à maintenir dans son cadre scolaire, académique, mais réorientée, débarrassée de tout ce qui a pu en faire un exercice trop artificiellement corseté dans des exigences souvent réduites à de l’hypertrophie grammaticale. Elle acquiert, par l’intermédiaire de cette médiation lexico-culturelle, une visée plus large, plus naturellement transdisciplinaire, plus littéraire aussi, plus sensible à ce trajet du sens dans le temps ; ce disant, je suis loin de récuser les vertus de la version dite « sèche », en particulier quand elle consiste à affronter les difficultés du « Mur du latin », ce mur qui nous apprend à ne pas comprendre, dans un premier temps, à se heurter à une opacité qui va, doit progressivement tracer un chemin de sens, qui, dans tous les cas, gardera, devra garder aussi — et en cela nous retrouvons les vertus d’une traduction qui ne se confond pas avec une plate mimesis —, quelque chose du mystère, de la résistance du texte original ; il est proprement extraordinaire et précieux qu’une institution d’enseignement scolaire enseigne au plus tôt cette dialectique, qui renvoie pourtant à l’état le plus haut de l’intelligence. « Combien est-il formateur d’avoir affaire à un ordre qu’on ne comprend pas22 ! » : enquête passionnée et contrariée d’un sens qui se dérobe, qui, via les phénomènes de flexion, d’inversion, déjoue les attentes, oblige à aller chercher loin ce qui régit le propre. Il y a des mérites à la version dite sèche, ce qui ne veut pas dire qu’elle doit être aride, mais à côté d’autres formes plus souples de rencontre avec les grands textes, elle apprend à traduire, à donner du sens, par soi-même, sans la médiation obligeante mais orientée d’une grille de questions ou d’indications parfois lourdement didactiques. C’est un exercice précieux de défamiliarisation avec l’automatisme verbal de la langue maternelle. Exercice d’autant plus précieux qu’il se pratique de moins en moins dans l’apprentissage des langues vivantes. Il faut également prendre acte des expériences déjà menées pour montrer la fécondité d’une étude des liens, lexicaux et syntaxiques, entre latin et langues vivantes23 ; ce faisant, comprendre qu’il est urgent de sortir de la rivalité stérile entre « langues mortes » et « langues vivantes » : l’on sait que le latin a profondément informé les langues romanes, mais il est tout aussi capital de savoir l’entendre dans les langues germaniques, dans l’allemand et l’anglais, où les doublets saxon et latin (freedom/liberty, Wirklichkeit/Realität) sont une source inépuisable de sens.
Il est fécond avec des étudiants philosophes, latinistes et/ou hellénistes, d’évoquer, à l’aune du lexique, les grands débats qui ont secoué l’histoire de la philosophie ; celui né autour du Dialogue avec Heidegger de Jean Beaufret24, à partir des termes energeia et actus ; comment la traduction du mot métaphysique d’Aristote, energeia traduit en latin par actus, est devenue source, comme on sait, de passionnants et passionnés débats ; ou d’autres exemples qui montrent que le philosophe peut s’appuyer sur toute la richesse et la mémoire d’une langue pour développer une question. C’est ce que fait Hannah Arendt dans le domaine de la philosophie pratique ; son essai La condition de l’homme moderne a été traduit en allemand avec le titre : Vita activa, structuré en parties désignées par Vita contemplativa, Homo faber et Homo laborans. Elle en tire aussi l’idée que les problèmes de traduction sont réciproques ; dans son essai sur l’Autorité, traduit dans le recueil La crise de la culture, on peut lire une note dans laquelle elle cite l’historien Dion Cassius, lequel a écrit en grec l’histoire de Rome ; or, remarque, Hannah Arendt, Dion Cassius se plaint que l’on ne puisse pas traduire en grec le mot latin Auctoritas… Un intraduisible latin en grec ! Voir aussi l’importance du lexique latin dans l’histoire de la philosophie européenne, pour la notion de sujet, subiectum, avec les travaux d’Alain de Libera sur la scholastique médiévale et le Moyen Âge arabo-latin25.
La traduction, grande tâche de l’Europe, qui en est la forme constitutive, reste largement sous la tutelle culturelle de l’utraque lingua. L’activité de traduire s’affirme en Europe avec les Romains qui sont historiquement la première civilisation traductrice ; c’est à Cicéron que nous devons de parler philosophie dans un français usuel, quotidien, ordinaire, commun, populaire (cinq épithètes latines…) ; et il nous apprend beaucoup sur le processus de la traduction, depuis le « mot à mot », jusqu’à la transformation, l’interprétation, qui font carrément oublier le modèle. Voir également Sénèque dans sa Lettre 84 à Lucilius, riche d’une réflexion passionnante sur l’esthétique et la philosophie de la traduction, que l’on devrait faire lire — et traduire… — à tous les apprentis traducteurs. Cette activité de traduire est suggérée d’ailleurs par l’abondance des mots latins pour dire le processus de la traduction : traducere, transferre, convertere, imitari, explicare, exprimere, interpretari, reddere, là où le grec peut se contenter de hermeneuein ; un arrêt est souhaitable avec les lycéens et étudiants sur le mot « traduction » : trans-ducere, « conduire au-delà » ; la matrice dynamique du mot, exemplifiée par le suffixe trans, est préservée au-delà des langues romanes dans la plupart des langues européennes, slaves et germaniques, et aussi en français, avec ses dérivations toutes latines : transmission, transposition, transplantation. La référence à l’ouvrage d’Antoine Berman s’impose, en particulier à une de ses remarques conclusives : « la traduction n’est pas une simple médiation : c’est un processus où se joue notre rapport à l’autre26 ». L’exercice de la traduction d’un texte de l’Antiquité peut, doit être d’entrée de jeu débarrassé de quelques crispations inutiles ; je suis farouchement pour tout ce qui peut faciliter l’entrée dans le texte : libellé précis, clair, sans piège, et notes grammaticales, syntaxiques ; favorable également à l’élargissement du canon des œuvres, encore trop corseté dans ce que Julien Gracq appelait « les poteaux indicateurs de la latinité ». Mais il ne faut pas courir le risque de sacrifier les finalités aux moyens. Dépoussiérer le canon, certes, l’élargir, mais attention, ce faisant, à ne pas banaliser l’ignorance de textes, de débats dits classiques, canoniques, qui doivent se lire dans le texte, avec les mots du texte, et que l’on croit à tort « archi-connus ». On peut être consterné de constater qu’après des années de grec et de latin, beaucoup de khâgneux aujourd’hui n’ont aucune connaissance, aucune mémoire textuelle de l’agôn entre Antigone et Créon, de cette réplique d’Antigone, ce outoi sunechthein alla sumphileîn ephun27 (« Je ne suis pas née pour partager la haine, je suis née pour partager l’amour ») ; à propos de laquelle le père de l’Anthropologie de la Grèce ancienne, Louis Gernet disait : « quand la petite Antigone a parlé, tout le réalisme des rois de Thèbes ne pèse pas bien lourd »… Ou encore du Sunt lacrimae rerum28 : éternel défi pour le traducteur du troisième millénaire…
Conclusion
Plus fécond, à mon sens, que de « caler » l’apprentissage du grec et du latin sur celui des langues vivantes, serait d’alerter les élèves sur la prégnance de strates anciennes grecques et latines dans nos langues modernes, au-delà des liens génétiques des langues romanes avec le latin ; approche très médiocrement exploitée parce qu’on s’en tient trop souvent au devenir phonétique qui le masque, alors qu’il y aurait tant à faire, par exemple, pour sensibiliser les élèves au cousinage linguistique européen ! Conçu dans une approche verticale de la langue, l’exercice de version est précieux parce qu’il va à l’encontre d’un usage actuel, au sens étroitement dénotatif des deux langues, langue source et langue cible. Certes, « on ne parle pas avec des étymologies », et il est peut-être quelques « linguistes atterrés » qui rêvent de faire régresser la « légalité graphique » de la langue au son : femme = fame ? Mais quid alors des « femelle », « féminin », etc. Et puis, faisons confiance à la technique, qui galope, comme on sait : le strict usage dénotatif ne sera plus bientôt qu’une application de nos smartphones… On pourra enfin s’occuper sérieusement des langues de culture… En revanche la créativité d’une langue repose en grande partie sur la remobilisation des ressources, linguistiques, littéraires, philosophiques, qui appartiennent à son passé. Et là toutes les langues de culture sont concernées. D’où la nécessité de les réactiver, avertit le philosophe François Jullien : « Si nous avons abandonné l’enseignement du latin et du grec en France, c’est par faux modernisme, et faux démocratisme, autrement dit par démagogie historique et lâcheté. Il faudra les ré-enseigner29 ». Dans tous les cas, quelle que soit la méthode — l’innovation pédagogique — on ne pourra faire l’économie de la patience d’apprendre, inhérente à la philosophie même de l’école, à l’essence de la paideia. Pour peu, j’y reviens et j’y insiste, qu’elle se fasse dans des conditions dignes, c’est-à-dire garanties par l’autorité institutionnelle, la confrontation aux textes grecs et latins de l’Antiquité, comme à toute autre discipline fondamentale, ravive, devrait raviver une injonction surréaliste qui va particulièrement bien à l’École : Ralentir Travaux.
Bibliographie
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Notes
- En particulier, mes travaux et articles divers dans le cadre de l’ALLE, « Association le latin dans les littératures européennes », que j’ai créée en 2008 au lycée Henri IV. ↩︎
- L’Avenir des Anciens : oser lire les Grecs et les Latins, Albin Michel, Paris, 2016. J’ai rendu compte de cet ouvrage dans un article de la Revue Esprit (mars/avril 2016), sous le titre « Le passé nous attend ». ↩︎
- Ernst Robert Curtius, La littérature européenne et le Moyen Âge latin, I, Paris, PUF, 1956, p. 422. ↩︎
- Michel Deguy dans Le bon air latin, Fayard, Paris, 2016, p. 136. ↩︎
- Charles Péguy, Clio, Paris, Gallimard, 1931. ↩︎
- Cité par Patrice Soler dans son article « Quelle place pour les langues et cultures grecques et latines dans la formation théologique ? », dans la Revue théologique des Bernardins, volume 8, mai-août 2013, p. 63–83. ↩︎
- Paul Claudel, Art poétique, Paris, Gallimard, coll. « Poésie », 1984 (1907) : « Pour comprendre les choses, apprenons les mots qui en sont dans notre bouche l’image soluble. Ruminons la bouchée intelligible. » (premières lignes du Traité de la co-naissance au monde et de soi-même). ↩︎
- Platon, Phédon, 115e. ↩︎
- Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 2016. ↩︎
- Chroniques sur France Inter : « Le mot de la fin » ; dans Le Magazine littéraire : « Le dernier mot ». ↩︎
- Ferdinand de Saussure, Cours de linguistique générale, 1916, Paris, Payot, 1971. ↩︎
- Horace, Épitres, « Art poétique », Paris, Les Belles Lettres, 1964. Texte établi et traduit par François Villeuneuve, vers 70–73, p. 106. ↩︎
- André Arcellaschi, « Ennius et l’apparition d’un langage philosophique », La langue latine, langue de la philosophie : actes du colloque de Rome (17−19 mai 1990), Publications de l’École française de Rome, 161, 1992, p. 59–73. ↩︎
- George Mounin, Sept poètes et le langage, Paris, Tel Gallimard, 1992, p. 100. ↩︎
- Pascal Quignard, Rhétorique spéculative, Paris, Calmann-Lévy, 1995. ↩︎
- Michel Deguy, « L’expérience pensive du poème », dans Pensées pour le nouveau siècle, Fayard, Paris, 2008, p. 229. ↩︎
- À propos de la lecture d’une ode d’Horace, dans Le Crépuscule des idoles, « Ce que je dois aux Anciens », § 1. ↩︎
- Cité par Walter Benjamin, dans Œuvres II, Paris, Gallimard 2000, p. 57. ↩︎
- Patrick Boucheron, Ce que peut l’histoire, Paris, Collège de France/Fayard, 2016, p. 54. ↩︎
- Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, livre II, texte établi et traduit par Jacqueline de Romilly, Paris, Les Belles Lettres, 1991, XXXVII-XLVII, p. 27–34. ↩︎
- Nicole Loraux, « Éloge de l’anachronisme en histoire », Le Genre humain, n° 27, L’Ancien et le Nouveau, Éditions du Seuil, 1993, p. 23–39. ↩︎
- Jean-Louis Poirier, « Enseigner le latin », revue Conférence, printemps 2016, n° 42, p. 461–462. ↩︎
- Samuel Tursin, « De l’intérêt de convoquer langues anciennes et vivantes à la table de l’élève pour enseigner la grammaire », in Revue de pédagogie des langues anciennes, 2, 2023–2024, p. 97–119. ↩︎
- Jean Beaufret, Dialogue avec Heidegger, I, Paris, Collection Arguments, 1973. ↩︎
- Alain de Libera, « Le latin, véritable langue philosophique », in Jacqueline Hamesse (dir.), Aux origines du lexique européen : l’influence de la « latinitas », Actes du colloque international, Rome 23–25 mai 1996, Louvain- la-Neuve, Fidem, 1997, p.120. ↩︎
- Antoine Berman, L’épreuve de l’étranger, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2018 (1984), p. 287. ↩︎
- Sophocle, Antigone, v. 524. ↩︎
- Virgile, Énéide, chant I, v. 462. ↩︎
- François Jullien, Il n’y a pas d’identité culturelle, L’Herne, Paris, 2016, p. 87. ↩︎
Autrice
Cécilia Suzzoni, professeur de chaire supérieure honoraire au lycée Henri IV.
Pour citer cet article
Cécilia Suzzoni, « Le grec et le latin : des cours qui “délient les langues” », Revue de pédagogie des langues anciennes, hors-série 1, 2025–2026, p. ***à venir***, mis en ligne le 06 octobre 2025.

