Écrire pour transmettre : de la traduction à l’i​mi​ta​tion créatrice



Résumé

Cet article fait le bilan de deux acti­vi­tés menées par un groupe d’é​lèves de Terminale sui­vant l’op​tion Langues et cultures de l’Antiquité (en grec ancien), au tra­vers des­quelles ils ont joué le rôle de relais de la culture et des lettres antiques auprès d’un public plus large que le public sco­laire. La pre­mière a consis­té à abor­der la tra­duc­tion lit­té­raire à par­tir d’un exer­cice de moder­ni­sa­tion d’une tra­duc­tion de Blaise de Vigenère, huma­niste du XVIesiècle, qui a don­né en fran­çais les Descriptions de sta­tues de Callistrate. Ce tra­vail les a ame­nés à prendre en compte le tra­vail de l’é​cri​ture du tra­duc­teur, et les attentes de son des­ti­na­taire, un public de lec­teurs. La seconde acti­vi­té a abor­dé le tra­vail de l’é​cri​ture sous l’angle de l’i​mi​ta​tion, en par­tant d’une varia­tion moderne de l’Icaroménippede Lucien ; elle a conduit par la suite à l’é​cri​ture col­lec­tive de say­nètes jouant avec les codes de figu­ra­tion des dieux grecs, qui ont fini par consti­tuer l’ob​jet d’une repré­sen­ta­tion théâ­trale devant un public d’u​sa​gers du lycée.

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Texte intégral

L’exercice de la tra­duc­tion requiert d’a​bord des élèves l’é​lu​ci​da​tion du sens du texte d’o​ri​gine et sa recom­po­si­tion syn­taxique et lexi­cale dans leur langue. Son des­ti­na­taire est alors un public sco­laire : son éva­lua­teur ou ses condis­ciples véri­fiant avant tout sa com­pré­hen­sion du texte d’o​ri​gine et la cor­rec­tion de la langue de des­ti­na­tion. Mais si on lui pro­pose, ain­si que pour les tra­duc­teurs pro­fes­sion­nels, un public de lec­teurs comme des­ti­na­taire, et par­ti­cu­liè­re­ment de lec­teurs non-ini­tiés à la langue d’o​ri​gine, son tra­vail change de fonc­tion en même temps que de des­ti­na­tion. En effet, il devra prendre en compte d’autres cri­tères de réus­site qui sont ceux du lec­teur. Ce der­nier appré­cie­ra la qua­li­té du texte en fonc­tion de l’a​gré​ment et de la clar­té de son écri­ture et non plus à l’aune du texte d’o​ri​gine et de sa fidé­li­té ; sur ce der­nier point, il fera spon­ta­né­ment confiance au tra­duc­teur, dont il attend qu’il soit un garant sûr du texte ancien. On peut même consi­dé­rer que le tra­duc­teur a cette res­pon­sa­bi­li­té recé­lée dans le sens éty­mo­lo­gique de son nom : conduire, intro­duire son lec­teur dans le monde de l’au​teur ancien dont il ne connaît pas la langue. C’est cette capa­ci­té des élèves à être les garants de la lit­té­ra­ture et de la culture antiques et, plus lar­ge­ment, à en trans­mettre non seule­ment les lettres mais aus­si l’es​prit, qui a été exer­cée à tra­vers deux acti­vi­tés menées pen­dant l’an​née sco­laire 2021–2022 dans un groupe d’é​lèves de Terminale en classe de grec ancien. Elles repo­saient toutes deux sur le tra­vail de l’é​cri​ture, d’une part à tra­vers le pro­ces­sus de la tra­duc­tion, de l’autre, de l’i​mi​ta​tion et de l’in​ven​tion. La pre­mière avait pour objec­tif de pro­po­ser une tra­duc­tion d’une des­crip­tion de la sta­tue d’un « jeune homme»du sophiste Callistrate à par­tir de la tra­duc­tion de Blaise de Vigenère, un huma­niste du XVIesiècle. Après ce tra­vail de réécri­ture avant tout lexi­cale, la seconde acti­vi­té a com­men­cé par la réécri­ture d’un extrait de l’Icaroménippede Lucien, et sa trans­po­si­tion dans le monde moderne. Elle s’est ache­vée par une pièce écrite et jouée par les élèves.

La réécriture d’une traduction : la description de l’« Éros » de Callistrate à travers la traduction de Blaise de Vigenère

Les élèves confron­tés à l’exer​cice de la com­pa­rai­son de tra­duc­tions ont sou­vent cette réac­tion : ils pré­fèrent en majo­ri­té la ver­sion la plus proche du texte et res­sentent avec acui­té la « tra­hi­son » des Belles Infidèles. C’est ce même cri­tère de la proxi­mi­té du texte pri­mant sur celui de l’é​lé​gance (et par­fois sur celui de la clar­té) qu’ils pri­vi­lé­gient dans leur propre tra­duc­tion, quelques-uns allant jus​qu’à prô­ner la tra­duc­tion jux­ta­li­néaire, même au prix de la désar­ti­cu­la­tion de la phrase fran­çaise. Une telle exi­gence est com­pré­hen­sible et même louable. Elle mani­feste le désir légi­time d’être immer­gé dans la langue ori­gi­nale et dans une pen­sée et une culture qui ont déjà séduit, sinon émer­veillé, tous ceux qui s’in​ves​tissent dans cet appren­tis­sage. L’enseignement du grec ancien ou du latin doit d’ailleurs répondre à cette pre­mière exi­gence, la capa­ci­té à la lec­ture en ver­sion ori­gi­nale. Mais si l’on peut entrer par cette porte dans le monde des hommes et des idées de l’Antiquité, on peut éga­le­ment faire entrer ce der­nier dans le nôtre. Comme l’ont mon­tré Alice Bardiaux et Martin Degand1, le tra­duc­teur doit tenir compte de deux contrats de com­mu­ni­ca­tion – celui de l’au​teur d’o​ri​gine et de son public, mais aus­si du sien propre avec son lec­teur –, ce qui génère une « double contrainte illus­trée dans la ten­sion en œuvre dans la tra­duc­tion entre les prin­cipes de fidé­li­té et de lisi­bi­li­té ». Il s’a​git alors pour l’é​lève d’as​su​mer la posi­tion d’au​to​ri​té que l’on adopte dans la tra­duc­tion, qu’on peut com­prendre au sens éty­mo­lo­gique du mot latinauc­to­ri­tas : on se porte garant des choix que l’on yopère.

C’est l’oc​ca​sion d’une séquence de Terminale sur les peintres et sculp­teurs grecs2qui a offert l’op​por​tu​ni​té de réflé­chir aux déci­sions du tra­duc­teur. La Galerie de tableaux(Εἰκόνες) de Philostrate (dont un extrait de la pré­face a été étu­dié dans une pre­mière séance pour l’ap​pren​tis​sage du voca­bu­laire de l’art et du por­trait) est sou­vent sui­vie dans les édi­tions anciennes d’un autre ouvrage de Callistrate, qui décrit qua­torze sta­tues, pro­duits de son obser­va­tion ou de son ima­gi­na­tion3. On ne connaît rien de cet auteur : la simi­la­ri­té de son pro­jet avec celui de Philostrate, qu’il cite et imite, per­met de le situer dans le mou­ve­ment de la seconde sophis­tique, dont les écri­vains essaient de faire revivre par leurs œuvres la splen­deur pas­sée d’Athènes4. Il se trouve qu’il n’a long­temps exis­té d’autre tra­duc­tion fran­çaise de cet ouvrage que celle de Blaise de Vigenère, un éru­dit et savant du XVIesiècle, dans l’é​di​tion qu’il fait paraître en 1578 de la Galerie de Tableaux de Philostrate5. Il m’a donc paru inté­res­sant de la faire lire aux élèves et de leur en deman­der, pour un pas­sage d’une ving­taine de lignes, une adap­ta­tion en fran­çais moderne.

Contrairement à l’exer​cice habi­tuel de tra­duc­tion, l’ac​ti​vi​té est conçue comme un tra­vail d’é​cri​ture, plus exac­te­ment d’a​dap​ta​tion du texte de Blaise de Vigenère, mais sou­te­nu par le texte grec don­né comme sup­port. On pour­rait objec­ter qu’à la « double contrainte » décrite par Alice Bardiaux et Martin Degand, on en ajoute une troi­sième avec cette tra­duc­tion inter­mé­diaire, ce qui com­plexi­fie davan­tage les inter­ac­tions inter­pré­ta­tives. Cependant, le texte de Vigenère (sa tra­duc­tion) et le nou­veau texte (l’a​dap​ta​tion de sa tra­duc­tion) sont en réa­li­té mis sur le même plan, le pre­mier ser­vant de contre­point au second et de ter­rain d’ob​ser​va​tion : les idio­tismes du XVIesiècle appa­raissent comme des signes d’une époque, qu’il convient d’ac​tua​li​ser. Pour autant, si cer­tains mots ou tour­nures du texte de Vigenère ne sont pas fami­liers aux élèves, ils ne leur sont pas tout à fait étran­gers ; il ne s’a​git donc pas exac­te­ment d’une tra­duc­tion de tra­duc­tion. L’autre écueil pour­rait consis­ter en ce que l’on renonce tout sim­ple­ment à cette tra­duc­tion inter­mé­diaire, la jau­geant à l’aune d’une tra­duc­tion linéaire du texte grec qui pren­drait fina­le­ment le des­sus. Mais l’a​van​tage du texte de Vigenère est qu’il reste assez proche du texte grec, à l’ex​cep​tion de quelques liber­tés ou erreurs6, et sur­tout de son mou­ve­ment : sur cette trame, les efforts se sont donc concen­trés sur le voca­bu­laire. Pour encou­ra­ger cette inven­tion lexi­cale, la liste de mots grecs don­née comme aide à la com­pré­hen­sion de la tra­duc­tion s’est limi­tée à quelques défi­ni­tions res­treintes ou à la simple men­tion du lemme pour déter­mi­ner la nature et la forme du mot.

Les étapes de l’exer​cice

Comme nous avions abor­dé le réper­toire de Praxitèle pour la pré­pa­ra­tion de la visite du dépar­te­ment des Antiquités du Louvre, le choix s’est por­té sur une sculp­ture que le sophiste attri­bue à Praxitèle, sous le titre ΕΙΣ ΤΟ ΤΟΥ ΗΙΘΕΟΥ ΑΓΑΛΜΑ (« Pour la sta­tue du gar­çon »), que Vigenère tra­duit par « L’autre Cupidon de Bronze », consi­dé­rant appa­rem­ment qu’il s’a​git d’une autre sculp­ture d’un Éros de Praxitèle (dont Callistrate fait la des­crip­tion éga­le­ment).

ΕΙΣ ΤΟ ΤΟΥ ΗΙΘΕΟΥ ΑΓΑΛΜΑ

Τεθέασαι τὸν ἠίθεον ἐπ´ ἀκροπόλει, ὃν Πραξιτέλης ἵδρυσεν, ἢ δεῖ σοι τῆς τέχνης παραστῆσαι τὸ πρᾶγμα ; Παῖς ἦν ἁπαλός τε καὶ νέος πρὸς τὸ μαλθακόν τε καὶ νεοτήσιον τῆς τέχνης τὸν χαλκὸν μαλαττούσης, χλιδῆς δὲ ἦν καὶ ἱμέρου μεστὸς καὶ τὸ τῆς ἥϐης ἔφαινεν ἄνθος, πάντα δὲ ἦν ἰδεῖν πρὸς τὴν τῆς τέχνης βούλησιν ἀμειϐόμενα· […]. [Ὁ τεχνίτης] ἐκοινοῦτο δὲ τὰς παρειὰς ἐρυθήματι, ὃ δὴ καὶ παράδοξον ἦν, χαλκοῦ τικτόμενον ἔρευθος καὶ παιδικῆς ἦν ἡλικίας ἄνθος ἐκλάμπον · κόμη δὲ εἶχεν ἕλικας ταῖς ὀφρύσιν ἐπιϐαίνοντας. Ὁ δὲ τῷ τελαμῶνι καταστέφων τὴν κόμην καὶ ἐκ τῶν ὀφρύων ἀπωθούμενος τῷ διαδήματι τὰς τρίχας γυμνὸν πλοκάμων ἐτήρει τὸ μέτωπον. [… ] Ἀκίνητος δὲ ὢν οὗτος ὁ ἔφηϐος ἔδοξεν ἄν σοι κινήσεως μετέχειν καὶ εἰς χορείαν εὐτρεπίζεσθαι.

Callistrate, Descriptions, 11, 1–3

La pre­mière étape a été de lire, sans tra­duc­tion ni appa­reil de notes, le texte grec, selon un rituel qui consiste à iden­ti­fier les mots déjà connus. La deuxième a fait décou­vrir aux élèves la repro­duc­tion de l’é​di​tion de 1615 de la tra­duc­tion de Vigenère7, puis sa trans­crip­tion don­née par F. Graziani8. Outre le plai­sir du déchif­fre­ment du texte, et l’hom​mage ren­du, à cette occa­sion, à la curio­si­té insa­tiable des Humanistes, cette confron­ta­tion per­met de mieux res­sen­tir l’« exo­tisme » d’une tra­duc­tion qu’il sera néces­saire d’a​dap​ter.

Figure 1 : Les Images ou Tableaux de platte pein­ture des deux Philostrates sophistes grecs et les Statues de Callistrate, mis en fran­çois par Blaise de Vigenère, 1615, p. 888.

L’exercice sui­vant a consis­té à déman­te­ler les mots de la tra­duc­tion de Vigenère pour les pla­cer sous les mots du texte grec (la mise en page du texte grec étant agen­cée de façon à lais­ser la place pour cette tra­duc­tion inter­li­néaire) avec l’aide d’un voca­bu­laire res­treint, en petits groupes. Il s’a​gis​sait là d’a​bord d’exer​cer une com­pé­tence de lec­ture, les élèves ayant reçu pour consigne de recon­naître l’or​ga​ni​sa​tion de la syn­taxe grecque, d’i​den​ti​fier les natures de mots, et de devi­ner le plus pos­sible de cor­res­pon­dances pour les trois pre­mières lignes. A pos­te­rio­ri, il me semble qu’il aurait été pré­fé­rable de limi­ter la tâche (et sûre­ment l’ex​trait) à l’i​den​ti​fi​ca​tion des noms ou des adjec­tifs pour la rendre plus aisée. Il res­sort aus­si un incon­vé­nient à ce déman­tè­le­ment de la phrase ain­si opé­ré pour l’a​na​lyse lin­guis­tique en ce qu’il peut brouiller l’ob​jec​tif prin­ci­pal de l’exer​cice, qui est la recherche de la meilleure expres­sion en fran­çais. Par ailleurs, on risque de limi­ter le tra­vail de réécri­ture à refor­mu­ler sim­ple­ment le sens de la phrase grecque, en fai­sant abs­trac­tion de son mou­ve­ment.

Au terme de ce tra­vail de repé­rage, la phase de la mise en com­mun a mené spon­ta­né­ment au com­men­taire des choix de tra­duc­tion de Vigenère, d’a​bord de ses expres­sions les plus désuètes aujourd’​hui. Dans ce sens, l’a​dap​ta​tion qui en est pro­po­sée peut paraître déce­vante puisque la réécri­ture intro­duit une perte d’o​ri​gi​na​li​té : ain­si « le jeune gars tendre et douillet » (παῖς ἁπαλός τε καὶ νέος) et « les passe-fillons9» (ἕλικας) de la « per­ruque » (κόμη) du jeune homme sont deve­nus plus sage­ment « un enfant d’une tendre jeu­nesse », « ses boucles » et « sa che­ve­lure ». Cet appau­vris­se­ment du style a été per­çu par des élèves, qui, pour cer­tains, l’ont écrit dans un exer­cice bilan de la séquence où il leur était deman­dé de com­pa­rer pour un pas­sage la tra­duc­tion com­mune à la tra­duc­tion de Vigenère (qui, pour le coup, prend quelques liber­tés avec le mou­ve­ment du texte grec) :

Κόμη δὲ εἶχεν ἕλικας ταῖς ὀφρύσιν ἐπιϐαίνοντας. Ὁ δὲ τῷ τελαμῶνι καταστέφων τὴν κόμην καὶ ἐκ τῶν ὀφρύων ἀπωθούμενος τῷ διαδήματι τὰς τρίχας γυμνὸν πλοκάμων ἐτήρει τὸ μέτωπον.

« Ses passe-fillons cré­pe­lus ondoyaient puis après lui venant battre les sour­cils, tout le reste de sa per­ruque était coor­don­né avec des beaux rubans, en des tresses qui se venaient entor­tiller autour de la tête : où une ban­de­lette les repous­sait de des­sus les yeux, si que le front en demeu­rait libre. »

Version com­mune : « Sa che­ve­lure pos­sé­dait des boucles tom­bant jus​qu’à ses sour­cils. Mais, cou­ron­nant sa che­ve­lure d’un ban­deau, et rete­nant hors de ses sour­cils grâce à un filet ses mèches, il gar­dait un front libre des boucles. »

Une élève écrit ain­si : « Je pré­fère la ver­sion de Blaise de Vigenère. En effet, grâce au voca­bu­laire qu’il emploie, on per­çoit la notion de mou­ve­ment (« ondoyer » « entor­tiller ») qui apporte davan­tage de pré­sence à la sta­tue qui est décrite. » Un autre explique que cette tra­duc­tion de Vigenère est davan­tage une « inter­pré­ta­tion », mais qu’elle est inté­res­sante pour cela. Toutefois, l’en​semble des élèves plé­bis­citent la ver­sion com­mune, selon le cri­tère de la proxi­mi­té au texte grec. Cette absence de relief dans la tra­duc­tion éla­bo­rée en classe ne doit cepen­dant pas être consi­dé­rée comme un échec : son inté­rêt consiste alors à faire obser­ver que la tra­duc­tion n’est pas neutre mais qu’elle est bien une écri­ture mar­quée par l’é​poque, le style, l’hu​meur de son auteur. Ainsi, on peut recon­naître chez Vigenère une sorte de bon­ho­mie fami­lière, un enthou­siasme dyna­mique par­ta­gé par ces huma­nistes qui redé­couvrent le plai­sir des textes anciens. On peut alors faire réflé­chir les élèves au fait que la neu­tra­li­té qu’ils pré­fèrent est aus­si une pos­ture d’au​teur puis​qu’ils la jugent adap­tée à un exer­cice qu’ils iden­ti­fient comme sco­laire. Il vaut la peine éga­le­ment de réflé­chir au contrat qui lie le tra­duc­teur à son public, qui peut être modu­lé en fonc­tion de son des­ti­na­taire10.

Mais l’exer​cice s’est aus­si révé­lé pro­fi­table à la liber­té d’in​ven​tion des élèves. On a pu le véri­fier pour la pre­mière phrase du texte. Le débat y a ren­con­tré les points habi­tuel­le­ment sou­le­vés dans l’exer​cice de com­pa­rai­son de tra­duc­tion, comme l’em​ploi de la deuxième per­sonne du plu­riel par Blaise de Vigenère, com­prise comme une forme de poli­tesse, menant à des com­pa­rai­sons de son exis­tence ou non dans les autres langues. La tra­duc­tion du com­plé­ment ἐπ’ ἀκροπόλει a mené à rap­pe­ler l’é​ty​mo​lo​gie de ce mot ; les élèves ont una­ni­me­ment pré­fé­ré la trans­lit­té­ra­tion « Acropole » à la tra­duc­tion de Vigenère « la cita­delle d’Athènes », d’au​tant plus qu’il pour­rait s’a​gir de l’a​cro​pole d’une autre cité. Si ces remarques tendent à réta­blir une proxi­mi­té avec le texte, les pro­po­si­tions pour les autres élé­ments de la phrase ont mon­tré au contraire une pro­gres­sive « prise de liber­tés ». Ainsi, pour le verbe ἱδρύω, dont la défi­ni­tion n’é​tait pas don­née dans la liste de voca­bu­laire, les élèves ont jugé trop faible la tra­duc­tion de Vigenère par mettre(« Callistrate y mit ») ; les avis se sont par­ta­gés entre les sens d’« éri­ger » et de « sculp­ter », le pre­mier étant consi­dé­ré comme plus proche, quand le second per­met de cla­ri­fier le contexte. Le dic­tion­naire Bailly alors seule­ment consul­té (« faire asseoir », « ins­tal­ler », « éle­ver [une sta­tue] ») n’at​teste pas la deuxième solu­tion, mais les élèves n’y ont pas renon­cé pour autant. L’exercice de coïn­ci­dence de tra­duc­tion a été dif­fi­cile dans la deuxième par­tie de la phrase. En effet, non seule­ment le sens de la conjonc­tion « si » au sens de « puisque » a dérou­té les élèves, mais la refonte de la phrase grecque par Blaise de Vigenère lui donne un sens tout autre. Sa tra­duc­tion « s’il est ques­tion de vous pro­po­ser ici un chef‑d’œuvre » semble être une conces­sion faite à son des­ti­na­taire alors que le sens du texte grec invite à consi­dé­rer la des­crip­tion comme un sub­sti­tut ou un concur­rent au spec­tacle direct11: « ou bien faut-il que je te pré­sente cette œuvre d’art ? » (τῆς τέχνης […] τὸ πρᾶγμα12). Mais là encore, la réflexion com­mune a abou­ti à une pro­po­si­tion ori­gi­nale, filant la méta­phore du musée ima­gi­naire : il a été déci­dé, sui­vant l’i​dée d’un élève, de tra­duire le verbe « pré­sen­ter » par « expo­ser » pour la sug­gé­rer. Voici le résul­tat de la réécri­ture de la pre­mière phrase :

« As-tu vu le jeune homme de l’a​cro​pole, celui que Praxitèle a sculp­té, ou faut-il que j’ex​pose devant toi cette œuvre d’art ? ».

Toutefois, il faut noter que cette ver­sion n’a pas été accep­tée sans argu­ments ni jus­ti­fi­ca­tions. Le débat a fait réflé­chir au sta­tut du tra­duc­teur : le contrat qui le lie à son lec­teur lui impose d’être un relais fidèle entre le texte source et l’in​ter​mé​diaire ; mais la tra­duc­tion mot à mot peut para­doxa­le­ment tra­hir le texte. Il s’en​suit que la tra­duc­tion inclut for­cé­ment une forme d’in​ter​pré​ta​tion qui fonc­tionne par le moyen d’une langue de des­ti­na­tion, le fran­çais. L’objectif n’est pas, bien sûr, de lais­ser les élèves errer ou déri­ver loin du texte ; mais de concen­trer leur atten­tion sur cette expres­si­vi­té lais­sée par la com­bi­nai­son des mots, « recherches expres­sives, recherche d’é​qui​va​lences séman­tiques, recherches pho­no­lo­giques et métriques13» et le plai­sir de l’é​cri​ture.

Figure 2 :« Démantèlement » de la pre­mière phrase de la tra­duc­tion de Vigenère.

D’autres points de tra­duc­tion ont sti­mu­lé l’in​ven​tion des élèves ; ain­si com­ment tra­duire les adjec­tifs νέος et νεοτήσιος (ce second adjec­tif appa­raît dans la même phrase mais sub­stan­ti­vé) : « nou­veau », « jeune », « frais » ? Il est alors pos­sible de sug­gé­rer d’in​ter​pré​ter l’as​so​cia​tion des deux adjec­tifs dans le texte grec (παῖς ἦν ἁπαλός τε καὶ νέος) comme un hen­dia­dyn pour évi­ter la redon­dance : « C’était un enfant d’une tendre jeu­nesse » (Vigenère : « C’était un jeune gars tendre et douillet »). Toutefois, il faut bien le dire, ces inter­ro­ga­tions ne sont pas nées de l’ob​ser​va​tion du texte de Vigenère, mais du texte grec même. La tra­duc­tion de l’hu​ma​niste a ser­vi sur­tout à déchar­ger les élèves de la tâche de la com­po­si­tion du sens. Elle est aus­si un modèle de l’em​preinte d’un style sur une tra­duc­tion.

L’image en tête

Pour bien tra­duire un extrait, il convient de com­prendre ce que Bruno Garnier appelle la dyna­mique de sa tex­tua­li­té : le pas­sage que l’on détache d’une œuvre pour le tra­duire s’ins​crit dans le réseau séman­tique et lexi­cal de l’en​semble et dans le pro­jet de son auteur14. Ainsi, les des­crip­tions de Callistrate com­posent une œuvre sin­gu­liè­re­ment mar­quée par son pro­jet : la sta­tuaire décrite comme un moyen d’at​teindre le Beau, comme un miracle de la tech­nêcapable par exemple de colo­rer ou d’a​ni​mer le bronze comme la sta­tue de ce jeune gar­çon. Cette image prend forme dans l’es​prit du lec­teur et modèle les mots du tra­duc­teur. À ce pro­pos, un point impor­tant a été volon­tai­re­ment lais­sé de côté au début, point qui relève plus de l’é​di​tion que de la réécri­ture : la ques­tion du titre que Blaise de Vigenère donne à cette des­crip­tion. Il le désigne en effet comme un « Cupidon », déno­mi­na­tion éton­nante quand Callistrate dit qu’il s’a​git de la sta­tue d’un ἠΐθεος, mot peu fré­quent que l’on trouve chez Homère entre autres pour dési­gner un « jeune homme non marié ». Cette confu­sion vient en réa­li­té de l’é​di​tion aldine de 1503 sui­vant elle-même la leçon d’une famille de manus­crits por­tant τὸν θεὸν (« ce dieu ») au lieu τὸν ἠΐθεον15. Il est encore là inté­res­sant de mon­trer aux élèves que cette variante n’est pas sans consé­quence sur ses choix de tra­duc­tion pour le reste du texte : ain­si, si l’hu​ma​niste omet de tra­duire à la der­nière ligne le terme ὁ ἔφηϐος16, terme dési­gnant un ado­les­cent et non un enfant, ne serait-ce pas parce qu’il a en tête l’i​mage d’un petit Cupidon aux allures de ché­ru­bin17, selon le titre inven­té alors par Alde Manuce, image qui n’est pas obli­ga­toi­re­ment celle que des­sine ici le texte grec18?

Cette ques­tion de la visua­li­sa­tion, qui est bien enten­du cen­trale dans l’ekphra­siset d’au​tant plus quand on décrit une œuvre d’art, peut appe­ler à un appro­fon­dis­se­ment de ce tra­vail de l’é​cri​ture dans la tra­duc­tion de cet extrait. C’est une édi­tion moderne de l’œuvre de Callistrate parue aux Presses du Septentrion, inti­tu­lée Quatorze visions (sta­tues et bas-relief), qui en donne le modèle : elle pro­pose en effet la trans­po­si­tion « dans son propre lan­gage, ver­bal ou gra­phique, [des] visions sculp­tu­rales de Callistrate19». Chaque ekphra­sisoccupe deux pages : à gauche, une illus­tra­tion libre du peintre Jean-Gabriel Blyweert, repo­sant sur la tech­nique du col­lage, et à droite sa tra­duc­tion par le poète Patrick Guyon, tra­duc­tion en prose avec des par­tis pris forts, mais vou­lant « dérou­ter le moins pos­sible le lec­teur20». Le choix de ce trio – il est en effet com­plé­té par l’ex​per​tise de Jacques Boulogne qui pré­sente cha­cune des des­crip­tions – cor­res­pond aus­si à la trans­mis­sion du sens du texte. D’après ces auteurs, la puis­sance évo­ca­trice de l’œuvre de Callistrate ne peut se satis­faire d’une tra­duc­tion neutre : « Face à une telle beau­té et à une telle spi­ri­tua­li­té, il est appa­ru néces­saire de confier la tra­duc­tion à un poète, seul en mesure de ne pas bana­li­ser le texte et de lui res­ti­tuer en fran­çais contem­po­rain toute sa force poé­tique21. » Quant à l’illus​tra​tion, elle montre bien que le peintre s’ap​pro​prie le texte pour en don­ner une inter­pré­ta­tion ico­no­gra­phique per­son­nelle. Elle ouvre la voie à un tout autre exer­cice d’é​cri​ture qui se reven­di­que­rait lui aus­si comme une inter­pré­ta­tion. On pour­rait deman­der aux élèves de pro­duire cha­cun un dip­tyque sem­blable sur une ekphra­sisselon le modèle de cette édi­tion, et réunir l’en​semble dans un album: il s’a​gi​rait alors d’é​crire une varia­tion libre, pro­pre­ment créa­trice, qui tra­dui­rait une impres­sion de lec­teur.

Ce tra­vail n’a donc pas encore tout à fait trou­vé son abou­tis­se­ment en tant qu’exer​cice d’é​cri​ture : pro­ba­ble­ment sa concep­tion incluait-elle des tâches trop diverses, en par­ti­cu­lier la recherche en his­toire de l’art. Au terme de cette séquence, il me semble tou­te­fois que le fait de s’ap​puyer sur une tra­duc­tion « mar­quée » par son époque ou par un style reste une approche inté­res­sante pour l’exer​cice de l’ex​pres​sion. À condi­tion que leur tra­duc­tion n’offre pas plus de com­plexi­té qu’elle n’en retire à l’exer​cice, on peut repro­duire l’ex​pé​rience avec des pas­sages de l’Iliade de Leconte de Lisle, de La Couronne ou la lyre de Marguerite Yourcenar ou encore de l’Odysséede Philippe Jaccottet, œuvres qui sont la démons­tra­tion évi­dente que la tra­duc­tion est autre chose qu’une res­ti­tu­tion méca­nique de la langue. Enfin, si au terme de cette acti­vi­té, les élèves ont pris conscience que, tra­duire c’est aus­si trans­mettre, on peut dire qu’elle est réus­sie.

Olympiens apo mêchanês : parodier à la manière de Lucien

Du tra­duc­teur à l’i​mi​ta​teur, il n’y a qu’un pas. En tous cas, pour l’un et l’autre, on peut consi­dé­rer cette mis­sion com­mune, celle d’i​ni​tier le néo­phyte au monde et à la culture antique, même si cela peut com­men­cer comme un jeu entre ini­tiés jus­te­ment. C’est aus­si ce qu’ex​pé​ri​mente cette année ce même groupe d’é​lèves de Terminale. Le pro­jet, à l’o​ri​gine, était tout autre, à savoir jouer en ama­teurs et dans le cercle de la classe une pièce (tra­duite en fran­çais) du réper­toire du théâtre grec. Finalement, il s’est révé­lé un peu plus exi­geant, à savoir écrire col­lec­ti­ve­ment un texte pour le jouer, d’a​bord des say­nètes, fai­sant peut-être pièce com­plète, nour­ries de per­son­nages, d’ob​jets ou d’é​vé​ne​ments de la culture grecque.

Une variation sur l’Icaroménippede Lucien

En guise de pro­lon­ge­ment d’une séquence sur le mythe (dans le cadre du pro­gramme de Terminale : « Comprendre le monde »), on a étu­dié et tra­duit un extrait de ce dia­logue de Lucien : le nar­ra­teur, le phi­lo­sophe cynique Ménippe, ne trouve pas les réponses aux ques­tions qu’il se pose sur les êtres célestes ; déçu et confon­du par les contra­dic­tions des phi­lo­sophes, il se pro­cure des ailes, pour voler comme Icare et les cher­cher direc­te­ment dans le ciel. Après un détour sur la Lune, il arrive sur l’Olympe. Zeus, d’a​bord furieux de son arri­vée à l’im​pro​viste, l’in​ter​roge sur les affaires humaines et sur les rai­sons pour les­quelles les hommes semblent délais­ser les autels divins.

Alors Zeus, vrai­ment ter­rible, me fixa d’un regard per­çant et tita­nesque, et me dit : « Qui es-tu, toi ? Et d’où viens-tu par­mi les hommes ? Où est donc ta cité ? Et qui sont tes parents ? » Quand j’en​ten​dis ces paroles, je faillis mou­rir de peur. Pourtant je demeu­rais debout, bouche bée, frap­pé par le ton­nerre de sa grande voix. Je finis par reprendre mes esprits et fis un récit clair et com­plet en remon­tant au début. Comment j’a​vais eu le désir de connaître les phé­no­mènes célestes, com­ment j’é​tais allé trou­ver les phi­lo­sophes et les avais enten­dus se contre­dire, com­ment je m’é​tais las­sé d’être tiraillé en tous sens par leurs dis­cours. Puis mon pro­jet, les ailes et tout le reste jus​qu’à mon arri­vée au ciel. [Zeus, cal­mé, mène Icaroménippe au meilleur endroit pour entendre les prières et les sup­pli­ca­tions des hommes.] Chemin fai­sant, il me posa des ques­tions sur les affaires ter­restres, en pre­mier lieu celles-ci : à quel prix on ache­tait le blé en Grèce, si l’hi​ver der­nier nous avait dure­ment tou­chés, si les légumes avaient besoin de pluies plus abon­dantes. Ensuite il deman­da s’il sub­sis­tait un des­cen­dant de Phidias ; pour quelles rai­sons les Athéniens délais­saient les Diasies depuis tant d’an​nées ; s’ils son­geaient à ache­ver en son hon­neur l’Olympieion; si l’on avait arrê­té les pilleurs de temple de Dodone. Quand j’eus répon­du à ces ques­tions, il me deman­da : « Dis-moi Ménippe, quelle est l’o​pi​nion des hommes à mon sujet ? »22

Lucien, Icaroménippe, 23–24.

La deuxième par­tie de l’ex​trait, que les élèves ont dû tra­duire en auto­no­mie (nous avions éclai­ré ensemble la pre­mière par­tie), per­met de tra­vailler le point gram­ma­ti­cal de l’in​ter​ro​ga​tion indi­recte. Dans un pre­mier temps, pour le mettre en évi­dence, avant même la phase de mise en com­mun, j’ai deman­dé aux élèves de trans­for­mer en dia­logue la tra­duc­tion obte­nue. De la sorte, d’une part, on fai­sait remar­quer que la règle de la concor­dance des temps ne s’ap​plique pas en grec, et d’autre part, les mots inter­ro­ga­tifs étaient mis en valeur. Toutefois, le dis­cours direct fonc­tionne mal car le dia­logue n’est ali­men­té que par un inter­lo­cu­teur. En effet, si Lucien uti­lise ici l’in​ter​ro​ga​tion indi­recte, c’est pour don­ner l’i​dée d’un Zeus fébrile, empli du désir d’en savoir plus sur les affaires humaines, met­tant ain­si à mal le prin­cipe de son omni­science, ren­ver­se­ment comique de la situa­tion puisque c’est Ménippe que la curio­si­té avide a mené à ce voyage dans l’Olympe pour son­der les choses célestes. Dans un deuxième temps, pour pro­lon­ger ce tra­vail d’é​cri​ture, cette fois-ci dans une pers­pec­tive d’i​mi​ta​tion et de créa­tion lit­té­raire, j’ai deman­dé aux élèves une varia­tion autour de l’en​semble de l’ex​trait, en l’oc​cur​rence, une adap­ta­tion moderne : que se pas­se­rait-il si Ménippe était un homme du XXIesiècle ? Les ques­tions de Zeus se prêtent en effet à une réponse qui ferait le bilan de ce qu’il est adve­nu sur terre depuis l’Antiquité. Cette piste dia­chro­nique avait été d’ailleurs ouverte par un extrait de Mauvaise sai­son sur l’Olymped’Ismaïl Kadaré qui appar­te­nait à un cor­pus sur le mythe de Prométhée au début de la séquence. L’intrigue de cette pièce de théâtre est une varia­tion sur l’his​toire tra­gique du titan, le vol du feu y est vu comme un acte aux consé­quences graves qui néces­site la convo­ca­tion d’ur​gence d’une assem­blée olym­pienne, tan­dis que sur terre défilent les âges de l’hu​ma​ni​té : pen­dant que les divi­ni­tés mineures s’in​quiètent devant les allées et venues des res­pon­sables, et des trac­ta­tions avec Prométhée enchaî­né sur le Caucase, les hommes évo­luent comme le feu qui devient une arme nucléaire :

ZEUS

Hum… Question per­ti­nente… D’après les don­nées dont nous dis­po­sons et qui nous sont prin­ci­pa­le­ment four­nies par Esculape, dieu de la Santé, le cer­veau humain a en effet récem­ment évo­lué en mal. D’encéphale serein et har­mo­nieux domi­né par la paix, il s’est chan­gé, à la suite de l’in​ter​ven​tion de Prométhée, en méninges agi­tées.

APOLLON

Pouvez-vous vous mon­trer plus pré­cis ?

ZEUS

Oui. La connais­sance des nombres, des sai­sons, de la direc­tion du temps, et jus​qu’à la récente prise de pos­ses­sion du feu, et sur­tout le ren­for­ce­ment de la mémoire ont cau­sé une véri­table tor­nade à l’in​té​rieur du cer­veau étri­qué de l’homme. La pres­sion y est deve­nue insou­te­nable ; aus­si n’est​-ce pas un hasard si, ces der­niers temps, des mil­liers d’in​di​vi​dus ont per­du la rai­son. C’est là un aspect du pro­blème. L’autre, qui se rat­tache plus inti­me­ment au conte­nu de ta ques­tion, à la mal­fai­sance de ce cer­veau, appa­raît encore comme plus pré­oc­cu­pant. Je désire por­ter à la connais­sance de l’Olympe que j’ai adres­sé récem­ment à Hypnos, dieu du Sommeil, une com­mu­ni­ca­tion détaillée à pro­pos des rêves humains. Comme vous ne l’i​gno​rez pas, c’est dans les rêves, mieux que n’im​porte où ailleurs, que s’an​noncent les périls futurs. Et ce que j’y ai vu m’est appa­ru vrai­ment inquié­tant. Déjà, bien qu’é​tant encore men­ta­le­ment plon­gé dans des semi-ténèbres, les humains rêvent de voler dans les airs, de voir dans un miroir tout ce qui se passe dans le moindre recoin du monde, bref, de faire des choses que, jus​qu’i​ci, nous autres dieux sommes seuls en mesure d’ac​com​plir.

POSÉIDON

C’est affreux ! Autrement dit, un jour vien­dra où ils deman­de­ront à pou­voir accé­der jus​qu’i​ci, sur l’Olympe, et à s’as​seoir pour man­ger à notre table !

ZEUS

Bien sûr, pour­quoi pas, si nous les lais­sons faire… Mais attends, il y a davan­tage encore. Ils rêvent d’autres choses hor­ri­fiantes. C’est allé si loin que l’un d’eux a même rêvé de la divi­sion de l’in​di​vi​sible…

APOLLON et ATHÉNA (d’une seule voix)

La fis­sion de l’a​tome ? Oh non…

ZEUS

Justement ! Et, comme vous savez, le rêve pré­fi­gure tou­jours un plan d’ac​tion pour l’a​ve​nir.

D’AUTRES VOIX

— Épouvantable !

— C’est un comble !

— Monde infor­tu­né !

Ismail Kadaré, Mauvaise sai­son sur l’Olympe, qua­trième tableau23.

L’inspiration des élèves a tou­te­fois sui­vi une autre voie, pour la rai­son que le temps comp­té a can­ton­né leur réécri­ture au début de l’ex​trait. Ils ont réin­ter­pré­té en par­ti­cu­lier les péré­gri­na­tions du Ménippe de Lucien avant son arri­vée sur l’Olympe. Ainsi, les phi­lo­sophes qui l’a​vaient tant déçu sont deve­nus des « twit­tos», néo­lo­gisme fami­lier mais qui sonne « grec » grâce à cette finale -os(qu’on aurait pu ima­gi­ner avec un plu­riel -oi). C’est cette veine amu­sante de faux ou vrais échos entre l’o​no​mas​tique grecque et le monde moderne qui a ali­men­té l’in​ven​tion. Ainsi Zeus se méprend-il sur la grande enseigne de vente par Internet sur laquelle ce moderne Ménippe a ache­té ses ailes, en la confon­dant avec le peuple des Amazones. Puis c’est au tour du mor­tel de s’é​ton​ner de la popu­la­tion de l’Olympe ; en l’oc​cur​rence, les trois muses Euterpe, Clio et Érato (appa­rues dans le tableau pour don­ner un rôle à cha­cun des membres du groupe) sont qua­li­fiées d’« inter­mit­tentes du spec­tacle » « has-been». Ces scènes ont été écrites assez vite, en une heure, d’a​bord en binômes, puis en plus larges groupes (six élèves) pour être jouées à la séance sui­vante. On le voit, ce qui a pris sur­tout chez les élèves, c’est la pos­si­bi­li­té de jouer avec les codes du monde grec et du monde contem­po­rain. C’est d’ailleurs cette asso­cia­tion d’u​ni​vers nor­ma­le­ment étanches qui fait le sel des « recréa­tions comiques » d’un auteur comme Lucien. De même, la puis­sance comique de ce mélange des genres, du spou­do­ge­loionqui confronte par exemple des per­son­nages nobles par excel­lence, tels les dieux olym­piens, à des per­son­nages ordi­naires au lan­gage fami­lier, est très bien com­prise dans cette ver­sion :

Deux per­son­nages, l’un jouant Zeus, l’autre Icaroménippe, se baladent sur le pla­teau. Le nar­ra­teur est Lucien.

Lucien :S’étant res­sai­si, Icaroménippe se mit à racon­ter com­ment il était arri­vé là.

Icaroménippe : Je suis allé voir les twit­tos: je les ai enten­dus se trol­ler et s’in​sul​ter, et face à leur bêtise, j’ai renon­cé au débat.

Lucien : De temps en temps, Zeus l’in​ter​rom​pait de ses remarques « savantes ».

Zeus : Twittos? Je ne savais pas que la langue grecque évo­luait aus­si vite.

Icaroménippe : Bref ! J’ai alors com­man­dé mes ailes sur Amazon…

Zeus : Oh ! Arès va être déçu d’ap​prendre que les Amazones se sont recon­ver­ties.

Icaroménippe (le cou­pant d’un geste de la main) : D’ailleurs elles avaient deux jours de retard, vous vous ren­dez compte ? Deux jours ! Inadmissible…

Zeus : Je pense qu’Ulysse aurait été content de n’a​voir que deux jours de retard.

Lucien : En dis­cu­tant ain­si, ils arri­vèrent dans un somp­tueux jar­din.

Icaroménippe : Qui sont ces trois inter­mit­tentes du spec­tacle ?

Zeus (outré):Ce sont mes filles, bien sûr : Euterpe, Clio et Érato.

Euterpe (se levant fiè­re­ment):Je suis Euterpe, la muse de la danse ; je suis la joie, la gaie­té, le mou­ve­ment, la grâce, la…

Clio (en la cou­pant, elle se lève, un manuel à la main):Et moi je suis Clio, la muse de l’his​toire, la connais­sance du pas­sé, notre héri­tage, la sagesse des Anciens, le…

Érato :Quant à moi, je suis Érato. La muse de la poé­sie lyrique, l’art le plus impor­tant, je chante ce que j’en​tends, je chante le plus petit grain de pous­sière, je chante l’im​men​si​té de la mer …

Ses deux sœurs :Mais tais-toi !

Elles se cha­maillent.

Zeus :Stop !

Icaroménippe :Dites donc, vous êtes un peu has-been. (Les trois sœurs se retournent.) Excusez-moi mais… Toi, Euterpe, de là où je viens, ça fait bien des années que l’on ne danse plus comme ça. Même la tec­to­nique est plus à la mode. Et toi, Clio, depuis que Wikipédia existe, tu ne sers plus à rien… Ah si : tu es le nom de ma voi­ture. Quant à toi Érato, tu es ridi­cule : main­te­nant, la poé­sie, on la rappe, on la slame, mais on ne la déclame plus comme ça.

Zeus(en colère):Qu’en est-il de moi ? Je ne veux même pas le savoir. Vous avez souillé l’art grec. Qu’en est-il de mon temple ? Et du prix du blé ?

Icaroménippe :Vous savez, avec le Covid…

Zeus (à bout):Oh ! va‑t’en !

Lucien :Et c’est ain­si qu’Icaroménippe des­cen­dit du ciel et alla rejoindre la horde des twit­tos.

Réécriture de l’Icaroménippedu groupe 1 (ver­sion 2)

Il est ensuite facile d’en​cou​ra​ger cette veine lucia­nesque par la lec­ture com­plète de l’Icaroménippeen tra­duc­tion, qui recoupe nombre de leurs intui­tions. La satire des phi­lo­sophes et des rhé­teurs chez Lucien peut effec­ti­ve­ment pré­fi­gu­rer cer­taines dérives des uti­li­sa­teurs des réseaux sociaux. Ces spé­cia­listes de la parole, même si c’est d’une parole aus­si lapi­daire et lacu­naire que le tweet, enva­hissent le champ du débat et de la pen­sée com­mune, à l’i​mage de ces Athéniens qui pas­saient leur temps à l’Agora à recueillir nou­velles et ragots. Ils ont aus­si par­fois en com­mun le carac­tère batailleur et une forme de vacui­té. Aussi, les incon­sé­quences que Lucien reproche aux phi­lo­sophes (l’in​cul​ture, les fausses valeurs, la pré­ten­tion à la célé­bri­té, l’in​com​pa​ti​bi​li​té des actes avec les règles édic­tées24) pour­raient être les balises d’une dia­tribe sati­rique diri­gée contre les « par­leurs » des réseaux sociaux. Un autre trait de l’é​cri​ture paro­dique de Lucien est le recours aux cita­tions. L’effet est par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible dans ses dis­cours quand ils sont émaillés de vers célèbres de la poé­sie lyrique ou tra­gique (ce qui va jus​qu’au cen­ton par exemple au début de son autre dia­logue Zeus tra­gé­dien), rap­pe­lant la forme mixte de la satire ménip­pée. De même, le pré­texte des trois Muses appa­rues de manière inopi­née dans l’his​toire de Ménippe peut four­nir l’oc​ca​sion de recher­cher des cita­tions célèbres qui seraient appro­priées à Clio (on peut pen­ser aux pre­mières lignes du pre­mier livre des Histoiresd’Hérodote qui lui est d’ailleurs dédié) ou des vers de poé­sie lyrique (peut-être dans la tra­duc­tion de Marguerite Yourcenar, La Couronne et la lyre) pour Érato25.

Il a alors été déci­dé, d’un com­mun accord entre l’en​sei​gnant et les élèves, de mettre en place un ate­lier d’é​cri​ture heb­do­ma­daire sur ce modèle, pui­sant dans les repré­sen­ta­tions et les aven­tures des dieux olym­piens. Par binômes, les élèves ont rédi­gé de petites scènes comiques, repo­sant sur la ren­contre des deux uni­vers : celui du monde et de la culture de la Grèce antique, en par­ti­cu­lier mytho­lo­gique, et celui du monde contem­po­rain ; par exemple, ils ont réa­li­sé le scé­na­rio de publi­ci­tés, où Poséidon, entre autres, vante les mérites d’une bai­gnoire. Peu à peu, la des­ti­na­tion de ce tra­vail d’é​cri​ture s’est pré­ci­sée : un spec­tacle pour le « grand public », les usa­gers du lycée, com­po­sé de ces « sketchs ». Ce pro­jet était déjà satis­fai­sant à ce stade, mais il s’est trou­vé qu’un élève de la classe, acteur et ama­teur de théâtre, a pris l’i​ni​tia​tive d’i​ma​gi​ner une intrigue qui per­met de lier ces say­nètes, et d’en écrire la matière, si bien que leur assem­blage a acquis l’am​pleur et la cohé­rence d’une véri­table pièce de théâtre, qui a fait l’u​na​ni​mi​té et l’en​thou​siasme des élèves (et, plus tard, des spec­ta­teurs). Le cadre trou­vé rap­pelle éga­le­ment une autre fan­tai­sie lucia­nesque que le groupe avait étu­diée en classe de pre­mière : dans Zeus tra­gé­dien,le maître de l’Olympe convoque d’ur​gence une assem­blée suite au risque immi­nent de renie­ment auquel les confronte l’é​pi​cu​rien Damis. La trame reprend cette situa­tion de crise, mais cette fois-ci, c’est Zeus qui a dis­pa­ru. Devant cette situa­tion inédite, les Olympiens décident d’or​ga​ni​ser des élec­tions, dont on peut suivre les péri­pé­ties, avec Hypnos, le per­son­nage prin­ci­pal, à la télé­vi­sion (moyen par lequel les autres say­nètes sont inté­grées).

À par­tir du moment où la déci­sion d’une repré­sen­ta­tion a été prise, l’é​cri​ture a chan­gé de des­ti­na­tion : il faut rendre désor­mais le dis­cours audible au public. Cela inclut de faire des choix de mise en scène, de décor, de cos­tumes, qui doivent rendre évi­dents ou per­cep­tibles les allu­sions et les jeux de mots, tout en conser­vant la cou­leur de l’Antiquité grecque. Il était en effet impor­tant que le texte garde quelques idiomes et cita­tions grecs, à com­men­cer par le titre choi­si, Θεὸς ἀπὸ μηχανῆς, accom­pa­gné de sa tra­duc­tion latine qui est plus fami­lière, Deus ex machi­na(Zeus arrive en effet in extre­misà la fin de la pièce). Les élèves, inter­prètes en l’oc​cur​rence, se font donc les ini­tia­teurs de ce monde antique qu’ils côtoient depuis tant d’an​nées d’en​sei​gne​ment au col­lègue et au lycée.

Au-delà de ce tra­vail de réécri­ture en fran­çais, ces deux expé­riences très dif­fé­rentes ont en com­mun de modi­fier la pos­ture qu’a​doptent plus habi­tuel­le­ment, peut-être, les élèves : ils ne se posi­tionnent pas seule­ment comme les récep­teurs des textes et de la culture antiques, mais s’en font aus­si les trans­met­teurs, les pas­seurs, les inter­prètes, auprès d’un public de non-ini­tiés. Cette pers­pec­tive aurait pro­ba­ble­ment pu être mise davan­tage en évi­dence pour la tra­duc­tion de Callistrate, qu’on aurait pu ame­ner vers une pro­duc­tion poé­tique ou artis­tique, même si l’a​na​lyse du tra­vail de l’é​cri​ture de Blaise de Vigenère reste très inté­res­sante pour rendre visible la marque du style du tra­duc­teur. Mais le deuxième pro­jet a par­fai­te­ment trou­vé et sa des­ti­na­tion et son public. Il est très gra­ti­fiant que ce sta­tut de spé­cia­listes, acquis par ces élèves pen­dant ces trois à quatre années d’ap​pren​tis​sage dans le secon­daire, soit, au terme de leur par­cours au lycée, ain­si mis en lumière sur la scène.


Bibliographie

Sources primaires

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Sources secondaires

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Blyweert Jean-Gabriel, Boulogne Jacques & Guyon Patrick, Callistrate : Quatorze visions (sta­tues et bas-relief), Villeneuve d’Ascq, Presses uni­ver­si­taires du Septentrion, 2007.

Dubel Sandrine, « Quatorze visions (sta­tues et bas-relief) », Revue de Philologie, de Littérature et d’Histoire Anciennes, vol. 82, n°1, 2008, p. 160–165.

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Garnier Bruno, « La tra­duc­tion dans l’en​sei​gne​ment des langues anciennes : les mots contre le sens ? », dans Jean Delisle et Hannelore Lee-Jahnke (dir.), Enseignement de la tra­duc­tion et tra­duc­tion dans l’en​sei​gne​ment, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1998, p. 7–23, dis­po­nible en ligne sur https://​books​.ope​ne​di​tion​.org/uop​/1837(consul­té le 04/09/2022).

Magnien Aline, Blaise de Vigenère, La Description de Callistrate de quelques sta­tues antiques tant de marbre comme de bronze (1602), Paris, La Bibliothèque, 2010.

Pérez-Jean Brigitte, « Rire, paro­die et phi­lo­so­phie chez Lucien de Samosate », Rursu-Spicae, vol. 1, 2018, mis en ligne le 15 octobre 2018, dis­po­nible en ligne sur https://​jour​nals​.ope​ne​di​tion​.org/rursuspicae​/307(consul­té le 30 mars 2022).

Vigenère Blaise de, « La des­crip­tion de Callistrate », dans Michel Costantini, Françoise Graziani & Stéphane Rolet, « Le défi de l’art : Philostrate, Callistrate et l’i​mage sophis­tique », La Licorne, 75, 2006, p. 261–279.

Webb Ruth, « Ekphrasis Ancient and Modern : The inven­tion of a genre », Word & Image, vol. 15, n°1, 1999, p. 7‑18.

Webb Ruth, Ekphrasis, Imagination and Persuasion in Ancient Rhetorical Theory and Practice, Farnham, Ashgate, 2009.


Notes

  1. Alice Bardiaux & Martin Degand, « Dialoguer avec l’Antiquité. Cadre socio­lin­guis­tique et prag­ma­tique pour la tra­duc­tion des textes antiques », Revue belge de Philologie et d’Histoire, vol. 92, n°1, 2014, p. 131–153. ↩︎
  2. Dans le cadre de l’ob​jet d’é​tude « Inventer, créer, fabri­quer, pro­duire » du pro­gramme de Terminale et en pré­pa­ra­tion d’une visite du dépar­te­ment des anti­qui­tés grecques du musée du Louvre. ↩︎
  3. Les avis des com­men­ta­teurs modernes sont encore par­ta­gés ; voir le point qui est fait sur ce sujet dans Sandrine Dubel, « Quatorze visions (sta­tues et bas-relief) », Revue de Philologie, de Littérature et d’Histoire Anciennes, vol. 82, n°1, 2008, p. 160–165. ↩︎
  4. Il serait pos­té­rieur au IVe siècle apr. J​.​-​C. ↩︎
  5. Il existe une tra­duc­tion moderne par Patrick Guyon (Jean-Gabriel Blyweert, Jacques Boulogne & Patrick Guyon, Callistrate : Quatorze visions (sta­tues et bas-relief), Villeneuve d’Ascq, Presses uni­ver­si­taires du Septentrion, 2007), dont je n’ai su l’exis​tence qu’a​près la séquence : sa dimen­sion poé­tique, qui ne cherche pas l’exac​ti​tude (voir Dubel, 2008) aurait per­mis un pro­lon­ge­ment très inté­res­sant à ce tra­vail. ↩︎
  6. La tra­duc­tion de Blaise de Vigenère est édi­tée par Françoise Graziani (Blaise de Vigenère, « La des­crip­tion de Callistrate », dans Michel Costantini, Françoise Graziani & Stéphane Rolet, « Le défi de l’art : Philostrate, Callistrate et l’i​mage sophis­tique », La Licorne, 75, 2006, p. 261–263) et Aline Magnien, Blaise de Vigenère, La Description de Callistrate de quelques sta­tues antiques tant de marbre comme de bronze (1602), Paris, La Bibliothèque, 2010. Il est donc facile de tra­vailler sur une trans­crip­tion typo­gra­phique moderne. ↩︎
  7. Consultable en ligne sur le site Gallica (https://​gal​li​ca​.bnf​.fr/ark:​/12148​/bpt6k62260767​/f932.item.r= callistrate%20vigen%C3%A8re). ↩︎
  8. Vigenère, 2006. ↩︎
  9. On a don­né évi­dem­ment le sens de ce mot ancien : « passe-fillon, s. m., che­veux crê­pés qui tombent sur le devant et les côtés du front, coif­fure dont on attri­bue l’in​ven​tion à la Passe-Fillon, femme d’un mar­chand de Lyon, nom­mé Antoine Bourcier. » (Frédéric Godefroy, Lexique de l’Ancien fran­çais, Paris, Honoré Champion, 1890, dis­po­nible en ligne sur https://​fr​.wiki​source​.org/wiki​/Lexique_de_l’ancien_français[consul­té le 29/10/2022]). ↩︎
  10. On peut faire lire aux élèves quelques lignes ou pages de l’es​sai d’Umberto Eco,Dire presque la même chose: expé­riences de tra­duc­tion, Paris, Grasset, 2010. ↩︎
  11. L’ekphra­sis, comme l’enar­geiaou l’hy​po​ty​pose, carac­té­rise l’art de sug­gé­rer avec force dans l’es​prit du des­ti­na­taire des images créées par la parole ; l’ekphra­sisne prend son sens par­ti­cu­lier de des­crip­tion d’œuvre d’art qu’as​sez récem­ment. Voir à ce sujet les tra­vaux de Ruth Webb (« Ekphrasis Ancient and Modern : The inven­tion of a genre », Word & Image, vol. 15, n°1, 1999, p. 7‑18, et Ekphrasis, Imagination and Persuasion in Ancient Rhetorical Theory and Practice, Farnham, Ashgate, 2009). ↩︎
  12. Si l’ob​jec​tif de l’exer​cice avait été la tra­duc­tion, on aurait pu appro­fon­dir la tra­duc­tion de τῆς τέχνης […] τὸ πρᾶγμα par « œuvre d’art » qui semble natu­relle, mais n’est pas attes­tée en grec ancien ; en effet, le nom τὸ ἔργον serait plus adap­té au nom « œuvre » que τὸ πρᾶγμα, « l’ac​tion de faire » ou « ce qui est fait ». Callistrate veut ici pro­ba­ble­ment sou­li­gner la per­for­mance de l’ar​tiste plus que le résul­tat ; dans cette pers­pec­tive, la tra­duc­tion de Vigenère par « chef d’œuvre » est donc bien trou­vée. ↩︎
  13. Bruno Garnier, « La tra­duc­tion dans l’en​sei​gne​ment des langues anciennes : les mots contre le sens ? », dans Jean Delisle et Hannelore Lee-Jahnke (dir.), Enseignement de la tra­duc­tion et tra­duc­tion dans l’en​sei​gne​ment, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1998, p. 7–23, dis­po­nible en ligne à l’a​dresse https://​books​.ope​ne​di​tion​.org/uop​/1837(consul­té le 04/09/2022). La cita­tion est extraite du § 54 de la ver­sion en ligne. ↩︎
  14. Garnier, 1998. ↩︎
  15. Cette famille de manus­crits, appe­lée B dans l’é​di​tion de Karl Schenckl et Emil Reisch (Teubner, 1902), ne donne pas de titre pour cette des­crip­tion. Alde Manuce dans son édi­tion de 1503 lui invente le titre Εἰς τὸν Πραξιτέλους Ἔρωτα(« Sur l’Erôs de Praxitèle»). Je remer­cie vive­ment mes relec­teurs pour ces pré­ci­sions. ↩︎
  16. Il lui sub­sti­tue le pro­nom « elle », repre­nant le sujet gram­ma­ti­cal de la phrase pré­cé­dente, « une image har­die » : « […] de façon qu’é​tant immo­bile de soy, elle estoit néan­moins admi­rable pour sem­bler être par­ti­ci­pante de mou­ve­ment. » ↩︎
  17. L’édition de Vigenère est à peu près contem­po­raine, d’ailleurs, de François Duquesnoy, le spé­cia­liste des put­ticomme le fait remar­quer Aline Magnien dans son intro­duc­tion (Magnien, 2010, p. 23). ↩︎
  18. On a pro­po­sé éga­le­ment aux élèves dans une autre séance de recher­cher dans le réper­toire de Praxitèle et dans la des­crip­tion d’Athènes de Pausanias une sta­tue proche de cette des­crip­tion. Aucune n’ap​pa​raît sous cette appel­la­tion de sta­tue de jeune gar­çon, mais la pré­ci­sion sur sa coif­fure fait pen­ser à un type de Diadumène. ↩︎
  19. Blyweert, Boulogne & Guyon, 2007, p. 7. ↩︎
  20. Note du tra­duc­teur : Blyweert, Boulogne & Guyon, 2007, p. 70. ↩︎
  21. Blyweert, Boulogne & Guyon, 2007, qua­trième de cou­ver­ture. ↩︎
  22. Traduction par Jacques Bompaire légè­re­ment modi­fiée (Lucien, Œuvres, III : Opuscules 21–25, Paris, Les Belles Lettres, coll. CUF, 2003). ↩︎
  23. Paris, Fayard, 1996, p. 63–65 (tra­duc­tion de Jusuf Vrioni). ↩︎
  24. Brigitte Pérez-Jean, « Rire, paro­die et phi­lo­so­phie chez Lucien de Samosate », RursuSpicae, vol. 1, 2018, mis en ligne le 15 octobre 2018, dis­po­nible en ligne sur https://​jour​nals​.ope​ne​di​tion​.org/rursuspicae​/307(consul­té le 30 mars 2022). ↩︎
  25. Quant à Euterpe, on peut ima­gi­ner une cita­tion musi­cale jouée à la flûte (à défaut d’aulos) repro­dui­sant le motif de l’Hymne à la musepar exemple. ↩︎

Autrice

Rozenn Michel, lycée de l’a​ca​dé​mie de Rennes, membre asso­cié au Cellam (EA 3206), labo­ra­toire de l’Université de Rennes 2.


Pour citer cet article

Rozenn Michel, « Écrire pour trans­mettre : de la tra­duc­tion à l’i​mi​ta​tion créa­trice », Revue de péda­go­gie des langues anciennes, 1, 2022, p. 111–128, mis en ligne le 29/10/2022.

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