Certifier un niveau de langue : dans quelle mesure le système d’évaluation en grec moderne pourrait-il être appliqué à l’enseignement du grec ancien ?
Résumé
Cet article vise à étudier l’application des méthodes d’apprentissage des langues modernes utilisées pour le grec moderne et à explorer leur applicabilité au grec ancien. En partant du niveau élémentaire de l’enseignement, et principalement du développement des compétences écrites, il tentera de présenter les perspectives possibles de création d’une échelle d’apprentissage correspondante pour le grec ancien.
texte | bibliositographie | notes | auteur | citation
Texte intégral
Dès 1998, la langue grecque moderne (et son enseignement en tant que langue étrangère ou langue seconde) a été inscrite dans la loi sur la création d’un diplôme qui certifie la connaissance de la langue aux différents niveaux sur un plan européen commun, comme pour presque toutes les langues européennes1. Ce cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) organise l’apprentissage de la langue en six niveaux caractérisant l’apprenant en tant qu’utilisateur élémentaire (niveaux A1-A2), indépendant (niveaux B1-B2) et expérimenté (niveaux C1-C2), tandis que l’approche suivie est principalement communicative2.
Or, cette idée générale de gradation du niveau de langue ne s’est jamais développée dans les langues dites « anciennes », qui continuent d’être enseignées dans les écoles et les universités du monde entier, selon une méthode traditionnelle qui donne la priorité à l’apprentissage de la grammaire et à la traduction des textes3. Si bien que les personnes ayant appris le grec ancien ne sont en général pas capables de communiquer dans cette langue, ni même de la lire de manière fluide. Certes, ces dernières années, des efforts ont été faits par les universités et les auteurs de méthodes d’apprentissage des langues anciennes pour développer une approche dérivée de l’enseignement des langues vivantes ; mais ces tentatives sont sporadiques et mériteraient d’être organisées de manière plus systématique.
Cet article vise à exposer l’application des méthodes d’apprentissage des langues modernes et à explorer leur applicabilité au grec ancien. Le matériel d’étude provient de la nécessité d’enseigner les compétences écrites au niveau élémentaire du grec moderne. Enfin, nous exposerons une proposition d’examen conçue spécifiquement pour le grec ancien, en prenant en compte les particularités linguistiques propres à cette langue.
Les compétences écrites du niveau élémentaire : quels sont les objectifs possibles pour le grec ancien ?
Dans un premier temps, nous nous proposons d’analyser les principaux objectifs cognitifs au niveau de la compréhension de l’écrit qui ont été fixés pour le niveau débutant (A1), c’est-à-dire pour les élèves adultes ayant étudié la langue grecque moderne pendant près d’un an et de présenter par des exercices-exemples un cadre d’apprentissage correspondant pour le grec ancien.
Les objectifs pédagogiques du niveau élémentaire
Les objectifs pédagogiques, tels que présentés par le Centre de la Langue Grecque pour le niveau A1 de grec moderne, sont initialement divisés en quatre compétences langagières que chaque candidat doit développer : la compréhension orale, la compréhension écrite, l’expression/production orale et l’expression/production écrite4. Plus spécifiquement pour la compétence de compréhension écrite, c’est-à-dire la capacité à lire et à comprendre principalement un texte de niveau élémentaire, les objectifs présentés sont résumés dans le tableau ci-dessous.
Concernant la compréhension écrite (pour les adultes et les adolescents [12+]) pour le niveau A1, le candidat :
- doit être capable de reconnaître les lettres de l’alphabet, majuscules et minuscules, ainsi que des mots et des phrases simples ;
- doit être capable de comprendre le sens général d’un texte simple, d’une lettre (informelle) ou d’une carte et de deviner le sens de certains mots inconnus à partir du contexte du texte ;
- doit être capable de suivre le développement d’une histoire courte et simple et être capable de suivre des instructions écrites courtes et simples, surtout s’il y a un support visuel (récits illustrés, cartes, images, utilisations d’objets, etc.).
Acquérir ces objectifs n’est certainement pas une tâche facile car l’apprenant doit d’abord maîtriser la grammaire, qui, dans le cas du grec (ancien et moderne), reste la plus grande difficulté, et le vocabulaire : le candidat doit être familiarisé avec la formation des mots et leur inclusion dans le contexte communicatif.
Pour cette raison, le Centre de la Langue Grecque a créé des « situations de communication », c’est-à-dire qu’il a défini les contextes de communication pour lesquels le candidat, selon le niveau, est obligé de pouvoir parler, discuter, écrire et comprendre toute référence écrite et audio. Ceux-ci s’inscrivent dans une échelle de difficulté et partent de la capacité du candidat à présenter des informations de base sur lui-même et des informations de base sur le pays dans lequel il vit, tandis qu’au plus haut niveau sont obligatoires les discussions et des textes concernant des questions contemporaines telles que la violence à l’école ou la sous-estimation des femmes. De plus l’apprenant entre souvent en contact avec des références littéraires et historiques de différentes époques. Ainsi, les langues vivantes ont réussi à établir un niveau de vocabulaire spécifique à chaque candidat en fonction de son niveau de compétence.
Au contraire, l’enseignement des phénomènes grammaticaux n’a pas été défini en détail pour chaque niveau. Néanmoins, les nombreuses méthodes d’enseignement (plus ou moins modernes ainsi que les manuels officiels du Centre de la Langue Grecque5) ont correctement délimité les phénomènes grammaticaux pour chaque niveau.
En même temps, la relation langue-culture joue un rôle central dans l’apprentissage de toute langue vivante. La fonction d’une langue est inextricablement liée à la culture qui la produit, et la culture est une composante nécessaire de la communication. Comme Humboldt l’écrit, « la langue n’est pas un libre produit de l’homme individuel, elle appartient toujours à toute une nation ; en elle également, les générations plus récentes la reçoivent des générations qui les ont précédées6 ». Pour que chaque candidat réponde avec succès aux circonstances d’utilisation et aux fonctions de la langue, outre les bons choix linguistiques en termes de grammaire, de syntaxe et de vocabulaire, la connaissance des éléments socioculturels de la langue est requise. Par conséquent, en ce qui concerne la Grèce, le candidat doit connaître des éléments de la vie quotidienne en Grèce, les conditions de vie, certaines coutumes dominantes et les comportements sociaux les plus caractéristiques des membres de la société. Ces savoirs culturels sont contrôlés indirectement, par la façon dont le candidat utilise la langue à l’écrit et à l’oral7.
Avant de passer à l’analyse linguistique d’un exemple pour voir comment tout ce qui précède fonctionne au niveau linguistique, examinons la typologie des exercices et leurs exigences. Cette compétence comprend principalement quatre types d’exercices qui n’obligent pas le candidat à répondre par des phrases complètes. Les textes dans leur ensemble comptent environ 350 à 400 mots, tandis que les candidats disposent de 30 minutes pour répondre.
- 1. Exercice « Vrai ou Faux » : À propos d’un texte de 120 mots, le candidat doit classer sept phrases selon qu’elles sont vraies ou fausses, sans justifier sa réponse.
- 2. Exercice « correspondance d’expressions » : Dans un texte de 90 mots, il y a six phrases dans la colonne A correspondant aux phrases de la colonne B. Il est demandé au candidat de faire correspondre les phrases des colonnes A et B afin de former des phrases sémantiquement correctes.
- 3. Exercice « choix multiples » : quatre affirmations sont données à lire à propos d’un texte de 90 mots. Pour chacune, le candidat doit choisir parmi trois réponses.
- 4. Exercice « remplir les blancs » : Dans un texte de 90 mots, il y a quatre blancs à compléter alors que les réponses, données dans un tableau, sont au nombre de six, dont deux sont donc fausses.
Analyse des exigences linguistiques d’une question de compréhension écrite au niveau élémentaire
Il s’agira ici d’analyser, en fonction des objectifs fixés ci-dessus, l’exercice à choix multiple issu des examens de l’année 20168. La structure du texte peut être simple, mais elle contient toutes les fonctions de la langue qu’un apprenant débutant doit connaître.
| Ερώτημα 3 (6 μονάδες) Η Μαρία πρέπει να φύγει από το σπίτι της. Δεν προλαβαίνει να κάνει μερικές δουλειές. Αφήνει αυτό το σημείωμα στον άντρα της τον Δημήτρη. Τι λένε οι οδηγίες ; Σημειώνετε με √ την σωστή απάντηση (α, β, γ), όπως στο παράδειγμα. Προσέξτε : Κάθε ερώτημα έχει μόνο μια (1) σωστή απάντηση. Δημήτρη Καλημέρα, Έφυγα νωρίς το πρωί ! Πρέπει να πάω στην Κόρινθο. Είναι άρρωστη η μαμά μου. Μπορείς να κάνεις αυτά που σου γράφω ; 1. Πήγαινε στο ταχυδρομείο, για να πληρώσεις έναν λογαριασμό. Άφησα έναν φάκελο με χρήματα πάνω στο τραπέζι στην κουζίνα. 2. Το τηλέφωνο χάλασε. Το μαγαζί με τα ηλεκτρικά είναι πολύ κοντά. Μπορείς να το πας εκεί, για να το φτιάξουν ; Θα βρεις την διεύθυνση σε ένα χαρτί στο ψυγείο. 3. Δεν πήγα για ψώνια. Πήγαινε στο μανάβικο και πάρε μερικά κολοκυθάκια και λίγες μελιτζάνες. 4. Η Αθηνά πρέπει να είναι στο γυμναστήριο στις 6 το απόγευμα. Πήγαινε την εσύ. Σε παρακαλώ, μην αργήσεις ! Φιλιά, Μαρία |
- 0) Η Μαρία (παράδειγμα)
- α) ήρθε νωρίς το πρωί
- β) θα πάει στην Κόρινθο √
- γ) είναι άρρωστη
- 1) Ο Δημήτρης πρέπει να
- α) πάει στην τράπεζα
- β) πληρώσει έναν λογαριασμό
- γ) αγοράσει ένα φάκελο
- 2) Στο μαγαζί με τα ηλεκτρικά, ο Δημήτρης
- α) θα αφήσει το τηλέφωνο
- β) θα πάρει τηλέφωνο
- γ) θα αγοράσει ψυγείο
- 3) Ο Δημήτρης θα αγοράσει
- α) κρέας
- β) ψωμί
- γ) λαχανικά
- 4) Ο Δημήτρης
- α) θα πάει την Αθηνά στο γυμναστήριο
- β) θα είναι στο γυμναστήριο το μεσημέρι
- γ) θα αργήσει στην δουλειά του
Traduction en français9 :
| Question 3 (6 points) Maria doit quitter sa maison. Elle n’a pas le temps de faire certaines tâches quotidiennes. Elle laisse ce mot à son mari Dimitri. Que disent les instructions ? Marquez avec √ la bonne réponse (a, b, c), comme dans l’exemple. Remarque : Chaque question n’a qu’une (1) bonne réponse. Bonjour Dimitri, Je suis partie tôt le matin ! Je dois aller à Corinthe. Ma mère est malade. Peux-tu faire ce que j’écris dans la note ? 1. Va à la poste pour payer une facture. J’ai laissé une enveloppe avec de l’argent sur la table de la cuisine. 2. Le téléphone est tombé en panne. Le magasin d’électroménager est très proche. Peux-tu l’y apporter pour qu’ils le réparent ? Tu trouveras l’adresse sur une note sur le frigo. 3. Je ne suis pas allée faire du shopping. Va à l’épicerie et achète des courgettes et des aubergines. 4. Athéna doit être à la salle de sport à 18h. Tu dois l’emmener. S’il te plaît ne sois pas en retard ! Bisous, Maria |
- 0) Maria (exemple)
- a) est venue tôt le matin
- b) va à Corinthe √
- c) est malade
- 1) Dimitris doit
- a) aller à la banque
- b) payer une facture
- c) acheter une enveloppe
- 2) Dimitris au magasin d’électroménager
- a) laissera le téléphone
- b) va acheter un téléphone
- c) achètera un frigo
- 3) Dimitris achètera
- a) de la viande
- b) du pain
- c) des légumes
- 4) Dimitris
- a) emmènera Athéna à la salle de sport
- b) sera à la salle de sport à midi
- c) sera en retard au travail
Quelles structures de la langue grecque le candidat doit-il connaître pour répondre à cette question ? De manière générale, il faut une connaissance globale de tous les objectifs requis pour le niveau débutant. Partant de la structure de la langue ainsi que de la grammaire, on observe une large utilisation des formes verbales de tous les temps et modes que le candidat doit connaître pour comprendre si la phrase qu’il lit appartient au présent, au passé ou au futur. Les instructions de Maria contiennent des verbes au passé (aoriste, surlignés en vert clair) et au futur (surlignés en vert foncé), tandis que le présent est donné sous forme de verbes au subjonctif (encadrés) ou à l’impératif (soulignés). Par conséquent, une excellente connaissance des temps et de leur formation en grec moderne est nécessaire pour que le candidat puisse dans un premier temps reconnaître les verbes utilisés. Comme le grec moderne n’a pas d’infinitif, on donne toujours la première personne du singulier au présent de la voix active (ou de la voix médio-passive dans le cas où le verbe n’a pas de voix active) afin qu’il puisse ensuite les traduire et comprendre le sens de la phrase. La composition de ces phrases dépend également de l’utilisation de prépositions et d’autres classes de mots telles que les adverbes, qui rendent souvent la compréhension difficile.
Passant à la partie du vocabulaire, nous remarquons d’abord que chaque instruction que Maria donne à son mari provient méthodiquement d’une unité thématique différente que le candidat devait étudier. Ainsi, la première instruction fait partie de la section thématique des services publics/d’administration, la deuxième et la troisième dans la catégorie des achats quotidiens et de la communication avec les employés, tandis que la quatrième est dans la section de la vie quotidienne. De plus, le vocabulaire de base de chaque section est utilisé de telle manière que, en conjonction avec les questions qui utilisent souvent des synonymes ou des termes d’une famille de mots plus large (par exemple courgettes/aubergines → légumes), on voit clairement si les candidats ont compris toute la gamme des exigences linguistiques de la phrase. À ce stade, il convient de souligner l’importance de la capacité des apprenants d’une langue à reconnaître les synonymes et les antonymes et à les utiliser de manière appropriée à l’écrit. Enfin, au niveau de la compétence écrite, la capacité du candidat à comprendre et à s’exprimer dans des formes élémentaires de la langue écrite, comme dans l’exemple le type de note sommaire écrite à une personne proche, est essentielle.
Les attendus didactiques et pédagogiques de la certification de grec ancien
En nous basant sur la méthode de certification du grec moderne dans le Cadre européen commun de référence pour les langues, nous essaierons de voir si cette méthode peut aussi s’appliquer au grec ancien. On va donc présenter une étude de cas de la compréhension écrite en grec ancien pour le niveau élémentaire.
Cependant, avant de passer à la partie pratique, il convient de se référer aux objectifs pédagogiques de cette certification. Qu’attendons-nous d’un candidat qui étudie le grec ancien depuis un ou deux ans ? Selon les exigences propres à chaque niveau, en ce qui concerne la compréhension écrite, le candidat doit :
- être capable de comprendre le fonctionnement de la langue et ses structures de base, connaître par exemple les éléments fondamentaux du système verbal et maîtriser les principes d’une langue à déclinaison ;
- pouvoir lire10 (oralement) et comprendre des phrases simples ou un texte ancien (authentique ou non) et reconnaître ses idées centrales ;
- traduire un texte authentique (ou non) court et accessible ;
- maîtriser des éléments de culture littéraire, historique et artistique et être capable de s’exprimer par écrit avec des structures grammaticales et syntaxiques simples sur ces éléments.
Parmi les objectifs qui viennent d’être évoqués pour le niveau débutant, il convient de mentionner en particulier deux d’entre eux et les problèmes qu’ils posent principalement à ce jour lors de l’apprentissage d’une langue ancienne. Il s’agit de la sélection des textes à examiner en combinaison avec la question de la traduction et leur résonance culturelle. À notre avis, le choix des textes joue un rôle important si l’on veut tenter d’enseigner les langues anciennes comme des langues vivantes. Il existe une grande controverse parmi les enseignants quant à savoir si les textes enseignés à un apprenant à un niveau complètement débutant doivent être authentiques ou forgés. L’argument contre les textes forgés est qu’ils privent l’apprenant des éléments culturels véhiculés par une langue, notamment une langue ancienne11. L’argument contre les textes authentiques est qu’il est absurde d’initier l’apprenant dès le début de son contact avec une langue, à des textes d’un niveau linguistique élevé, dans le seul but de produire une traduction ou une analyse de Platon, par exemple, pour les introduire à la philosophie antique. Avec ce point de vue vient toujours l’argument qu’en langues vivantes, on ne donne jamais pour analyse, par exemple, un texte de C. Dickens pendant les premières années d’enseignement d’anglais ou un poème de C. Baudelaire en français pour que l’élève se familiarise avec la langue et la culture d’un pays.
Notre proposition pour l’enseignement du grec ancien se situe à mi-chemin entre ces points de vue. Après avoir accepté dans un premier temps la séparation des textes enseignables en trois catégories – les textes authentiques, les textes forgés et les textes semi-authentiques, c’est-à-dire les textes authentiques qui font l’objet de modifications linguistiques (ou d’abrègement) afin de ne pas gêner leur compréhension par les élèves –, nous recommandons l’intégration dans l’enseignement de ces trois catégories en fonction du niveau de chaque apprenant. C’est-à-dire que nous ne sommes pas opposés à l’utilisation de textes forgés pour le niveau élémentaire, qui seront reliés à une unité thématique de l’Antiquité afin de satisfaire l’exigence d’un apport culturel et historique. Ainsi, au fur et à mesure que l’apprenant se familiarise avec les difficultés de la langue, il rejoindra lentement des textes semi-authentiques d’auteurs (qui peuvent d’abord être vus comme des textes parallèles à analyser ou à lire) jusqu’à atteindre les niveaux C1 et C2, où le contact avec des textes authentiques sera désormais la règle12. De nombreux manuels d’apprentissage du grec ancien ont commencé à s’orienter dans cette direction13, ce qui peut s’étendre à la certification linguistique, comme cela se fait non seulement avec le grec moderne mais aussi avec la plupart des langues européennes.
Enfin, en ce qui concerne la question de la traduction, cela ne devrait pas être la condition première pour comprendre un texte, surtout au niveau que nous examinons. L’apprenant doit avoir le niveau de vocabulaire nécessaire pour comprendre la phrase ou le texte qu’il lit. L’évaluation des ses connaissances se fait au mieux par les exercices de compréhension qui accompagnent le texte et non par la production d’une traduction scolaire dans la langue maternelle de l’apprenant. Des exercices du type que nous avons étudié plus haut pour le grec moderne ou encore des exercices à réponses courtes suffisent à l’examinateur pour comprendre le niveau de chaque candidat. Après tout, de tels exercices sont également suggérés par les volumes d’accompagnement du manuel Athenaze14 et les exercices qui accompagnent les textes du manuel Alexandros suivent aussi cette méthode d’enseignement.
Deux exemples d’examen de compréhension écrite pour le niveau élémentaire
Nous nous proposons à présent de présenter deux exercices qui pourraient constituer un matériel d’examen pour la compréhension de l’écrit. Supposons donc que, comme en grec moderne, cette compétence se compose de quatre questions avec des textes et que l’exercice qui accompagne chacune soit d’un type et d’un niveau de langue différents. Supposons également que toutes les questions portent sur une problématique commune, dont nous verrons différents aspects dans chaque texte. Nous aborderons donc ici la question de l’éducation des jeunes Athéniens. La première question contiendra un texte forgé (tiré ici du manuel Alexandros15) qui parle des épopées homériques comme texte central de l’enseignement de l’écriture et de la lecture aux enfants dans l’Antiquité. Les candidats devront compléter un texte à trous, à l’aide d’images. Le deuxième exercice contient un texte semi-authentique qui vient du Protagoras de Platon (325c-326c16) et fait référence à l’éducation des jeunes à Athènes. Nous proposons ici un exercice de « Vrai ou Faux ».
|
Question A
|
Traduction du texte en français17 :
| Nous apprenons à lire _________ les œuvres des poètes et nous récitons leurs vers sans tablette _________ ni livre. Homère est le plus grand poète et nous lisons ses œuvres, l’Iliade et l’Odyssée. Il est difficile de réciter les épopées homériques sans livre. Mais nous sommes de bons élèves et nous apprenons facilement car le maître est bon. Les rhapsodes récitent même les épopées d’Homère sans livre. Beaucoup de rhapsodes ne voient pas le soleil _________, car ils sont aveugles _________. Ils ont des yeux, mais ils ne voient pas. Le rhapsode _________ a un bâton avec lequel il frappe le sol quand il marche. |
| Question B Lisez le texte et écrivez le mot « Vrai « ou le mot « Faux « à côté de chaque phrase. Ιl n’est pas nécessaire de justifier votre réponse. Ἐν Ἀθήναις τοὺς παῖδας διδάσκουσι καὶ νουθετοῦσι. Πρῶτον μὲν καὶ τροφὸς καὶ μήτηρ καὶ παιδαγωγὸς καὶ αὐτὸς ὁ πατὴρ ἐπιμελοῦνται ὅπως βέλτιστος γενήσεται ὁ παῖς, διδάσκοντες ὅτι τὸ μὲν δίκαιον, τὸ δὲ ἄδικον καὶ τόδε μὲν καλόν, τόδε δὲ αἰσχρόν ἐστι. Εἶτα δέ, ἐπειδὰν οἱ παῖδες εἰς ἡλικίαν ἔλθωσιν, οἱ γονεῖς εἰς διδασκάλων πέμπουσιν, ἔνθα οἱ μὲν γραμματισταὶ ἐπιμελοῦνται ὅπως γράμματα μάθωσιν, οἱ δὲ κιθαρισταὶ τῷ κιθαρίζειν τὰς τῶν παίδων ψυχὰς πρὸς τὸν ῥυθμὸν καὶ τὴν ἁρμονίαν οἰκειοῦσι. Ἔτι οἱ παῖδες ἐν γυμνασίοις καὶ παλαίστραις φοιτῶσιν, ἔνθα οἱ παιδοτρίϐαι βελτίω τὰ σώματα αὐτῶν ποιοῦσι. 1. Ἐν Ἀθήναις ἡ τροφὸς τῷ κιθαρίζειν τοὺς παῖδας νουθετεῖ. 2. Οἱ γονεῖς ἐπιμελοῦνται ὅπως βέλτιστος γενήσεται ὁ παῖς. 3. Οἱ γραμματισταὶ μανθάνουσιν τοὺς παῖδας γράμματα. 4. Οἱ παιδοτρίϐαι τὰς τῶν παίδων ψυχὰς πρὸς τὴν ἁρμονίαν οἰκειοῦσι. 5. Ἐν γυμνασίοις ὁ παιδαγωγὸς τοὺς παῖδας διδάσκει. |
Traduction du texte en français
| À Athènes, on éduque et instruit les enfants. D’abord la nourrice et la mère et l’éducateur et le père lui-même veillent à ce que l’enfant devienne très bon en lui apprenant ce qui est juste et ce qui est injuste, et ce qui est beau et ce qui est laid. Plus tard, lorsque les enfants atteignent l’âge voulu, les parents les envoient chez les maîtres, où les professeurs d’écriture et de lecture veillent à ce qu’ils apprennent à écrire, et les citharistes en jouant de la cithare familiarisent les âmes des enfants avec le rythme et l’harmonie. Les enfants fréquentent également les gymnases et les palestres, où les professeurs de gymnastique renforcent leur corps. 1. À Athènes, la nourrice instruit les enfants en jouant de la lyre. 2. Les parents veillent à ce que l’enfant devienne très bon (le meilleur). 3. Les professeurs d’écriture et de lecture apprennent aux enfants à écrire. 4. Les professeurs de gymnastique familiarisent les âmes des enfants avec le rythme et l’harmonie. 5. L’éducateur enseigne aux enfants dans les gymnases. |
Quelles conclusions pouvons-nous tirer de cette première tentative de création d’une unité d’examen pour le grec ancien ? D’abord on peut dire que la compréhension de la langue, bien qu’ancienne, ne diffère en rien de la gestion de n’importe quelle autre langue vivante. Ce qui change, ce sont les textes, dont les unités thématiques doivent toujours viser à tester la connaissance linguistique du candidat, en relation avec une question liée à l’Antiquité. De plus, nous sommes conscients que les textes littéraires ne doivent pas être une source de difficulté pour les apprenants ; au contraire, leur introduction doit se faire de manière progressive en passant par des formes simplifiées. L’interactivité linguistique des exercices joue aussi un rôle déterminant dans le développement des compétences langagières. Le remplacement de la traduction dans la mesure du possible par des exercices qui favorisent l’exploration de la langue devrait être une préoccupation majeure pour les enseignants. L’utilisation du vocabulaire enfin, par le biais de synonymes et d’antonymes, et l’enseignement de la fonction syntaxique des mots doivent être introduites de manière à ce que l’apprenant puisse comprendre comment il peut formuler une phrase en utilisant des structures linguistiques différentes.
Conclusion
En conclusion, cet article a présenté une nouvelle approche pour l’enseignement de la langue grecque. Tout d’abord, l’intégration du grec ancien dans un processus de certification est un outil utile pour permettre à chaque apprenant de déterminer son niveau en grec ancien. Les exemples présentés peuvent être étendus aux autres compétences, même pour celles dont la démarche d’examen est complexe. La certification permettrait ainsi de considérer la phase ancienne de la langue grecque comme une langue vivante et non seulement comme un moyen de traduire et de comprendre la littérature ancienne.
De plus, la certification pourrait être associée aux précieux efforts déployés ces dernières années par de nombreux professeurs de langues anciennes pour donner une nouvelle dynamique à l’enseignement du grec ancien et susciter l’intérêt des étudiants. Enfin, un effort organisé pour traiter les langues anciennes comme des langues vivantes offrirait la possibilité d’un contact avec la langue et sa culture à travers les siècles à ceux qui souhaitent l’aborder en dehors des institutions universitaires.
Bibliositographie
Bibliographie
Manuels
Avila Mario Díaz, Alexandros : to Hellenikon Paidion, Granada, Cultura Clásica, 2014.
Balme Maurice, Lawall Gilbert, Miraglia Luigi, Borri Tommaso Francesco (éd.), Athenaze, Introduzione al Greco Antico, Parte I, Montella (Avellino), Edizioni Accademia Vivarum Novum, 2009.
Barbone Alessandro, Quaderno de esercizi per Athènaze I, volume I, cap. I‑VIII, Montella (Avellino), Edizioni Accademia Vivarum Novum, 2019.
Consoli Carmelo, Μελετήματα, Montella (Avellino), Edizioni Accademia Vivarum Novum, 2002.
Martinez Santiago Carbonel, Λόγος, Ελληνική Γλώσσα Αυτοεικονογραφημένη (Logos, Lingua Graeca per se illustrata), Granada, Cultura Clásica, 2023.
Δαγκοπουλοσ Παναγιώτης, Κοντα Ειρήνη et Παπαρσενη-Παπαευσταθιου Άννα (éd.), Εξεταστικά θέματα πιστοποίησης επάρκεια της Ελληνομάθειας 2015–1018, Θεσσαλονίκη, γλῶσσαν νωμᾶν, 2019.
Μπεζαντακοσ Νικόλαος, Παπαθωμασ Αμφιλόχιος, Λουτριανακη Ευαγγελία, Χαραλαμπακοσ Βασίλειος (éd.), Αρχαία Ελληνική Γλώσσα, Α΄ Γυμνασίου, Αθήνα, Ινστιτούτο Τεχνολογίας Υπολογιστών και Εκδόσεων « Διόφαντος », 2016.
Études scientifiques
Augé Dominique, Refonder l’enseignement des langues anciennes : le défi de la lecture, Grenoble, UGA Éditions, Didaskein, 2019 [2013] ; disponible en ligne sur : https://books.openedition.org/ugaeditions/1310 (consulté le 20/03/2023).
Humbolt Wilhelm, Sur le caractère national des langues et autres écrits sur le langage, Paris, Points Seuil, 2000 [1828].
Ko Mireille, « Enseigner les langues anciennes aujourd’hui ? », Babylonia, 02, 2012, pp. 77–80 ; disponible en ligne sur : http://babylonia.ch/fileadmin/user_upload/documents/2012–2/Baby2012_2ko.pdf (consulté le 21/03/2023).
Spaëth Valérie, Le concept de « langue-culture « et ses enjeux contemporains dans l’enseignement / apprentissage des langues, communication présentée au colloque international « L’enseignement de l’arabe en Israël et en France ; l’enseignement de l’hébreu dans le monde arabe : des regards croisés », Il-Il YATSIV, Tel Aviv/Kfar Saba, Israël, 15 janvier 2014.
Sitographie
Anonyme, « Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) », Eduscol, juillet 2021 ; disponible en ligne sur : https://eduscol.education.fr/1971/cadre-europeen-commun-de-reference-pour-les-langues-cecrl (consulté le 27/02/2023).
Anonyme, « Establishment of the Certificate of Attainment in Greek », Portal for The Greek Language, 2006 ; disponible en ligne sur : https://www.greek-language.gr/greekLang/certification/02.html (consulté le 27/02/2023).
Anonyme, « A1- για εφήβους και ενηλίκους », Κέντρο Ελληνικής Γλώσσας, mars 2020 ; disponible en ligne sur : https://www.greek-language.gr/certification/node/97.html (consulté le 01/03/2023).
Notes
- Concernant l’établissement du certificat de réussite en grec moderne et les décrets présidentiels qui définissent son format, voir Anonyme, « Establishment of the Certificate of Attainment in Greek », Portal for The Greek Language, disponible en ligne sur : https://www.greek-language.gr/greekLang/certification/02.html (consulté le 27/02/2023). ↩︎
- Pour les correspondances de chaque niveau de langue, voir Anonyme, « Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) », Éduscol, disponible en ligne sur : https://eduscol.education.fr/1971/cadre-europeen-commun-de-reference-pour-les-langues-cecrl (consulté le 27/02/2023). ↩︎
- Néanmoins, ces dernières années, la communauté universitaire a activement recherché l’oralité de la langue grecque ancienne. ↩︎
- Anonyme, « A1- για εφήβους και ενηλίκους », Κέντρο Ελληνικής Γλώσσας, disponible en ligne sur : https://www.greek-language.gr/certification/node/97.html (consulté le 1/03/2023). ↩︎
- La série de manuels ΚΛΙΚ στα ελληνικά (niveau Α1-Γ1) est la série recommandée par le Centre de la Langue Grecque et est basée sur les principes de la didactique moderne, cultivant simultanément toutes les compétences de communication. ↩︎
- Humbolt Wilhelm, Sur le caractère national des langues et autres écrits sur le langage, Paris, Points Seuil, 2000 [1828], p. 97. ↩︎
- Pour la compétence culturelle dans le CECRL, voir Spaëth Valérie, Le concept de « langue-culture » et ses enjeux contemporains dans l’enseignement/apprentissage des langues, communication présentée au colloque international « L’enseignement de l’arabe en Israël et en France ; l’enseignement de l’hébreu dans le monde arabe : des regards croisés », Il-Il YATSIV, Tel Aviv/Kfar Saba, Israël, 15 janvier 2014, pp. 8–11. ↩︎
- Voir Δαγκοπουλοσ Παναγιώτης, Κοντα Ειρήνη et Παπαρσενη-Παπαευσταθιου Άννα (éd.), Εξεταστικά θέματα πιστοποίησης επάρκεια της Ελληνομάθειας 2015–1018, Θεσσαλονίκη, γλῶσσαν νωμᾶν, 2019, pp. 182–183. ↩︎
- Je cite ma propre traduction de l’exercice en français. ↩︎
- Pour l’importance de la lecture des textes anciens par les apprenants et la nécessité de prioriser les exigences linguistiques voir Augé Dominique, Refonder l’enseignement des langues anciennes : Le défi de la lecture. Grenoble, UGA Éditions, Didaskein, 2019 [2013], pp. 43–80 ; disponible en ligne sur : https://books.openedition.org/ugaeditions/1317 (consulté le 20/03/2023). ↩︎
- Pour les critères essentiels de sélection des textes anciens authentiques voir Ko Mireille, « Enseigner les langues anciennes aujourd’hui ? » Babylonia, 02, 2012, p. 79 ; disponible en ligne sur http://babylonia.ch/fileadmin/user_upload/documents/2012–2/Baby2012_2ko.pdf (consulté le 21/03/2023). ↩︎
- En ce qui concerne les différentes phases linguistiques du grec, qui ont évolué depuis l’Antiquité jusqu’à la forme actuelle de la langue grecque, il est recommandé d’opter pour le dialecte attique dans les niveaux élémentaires. Par la suite, au fur et à mesure que la difficulté des textes augmente, l’apprenant approfondira la plupart des variantes de la langue grecque, telles qu’elles se sont créées au fil des siècles. ↩︎
- Voir les manuels Balme Maurice, Lawall Gilbert, Miraglia Luigi, Borri Tommaso Francesco (éd.), Athenaze, Introduzione al Greco Antico, Parte I, Montella (Avellino), Edizioni Accademia Vivarum Novum, 2009, Avila Mario Díaz, Alexandros : to Hellenikon Paidion, Granada, Cultura Clásica, 2014 et Martinez Santiago Carbonel, Λόγος, Ελληνική Γλώσσα Αυτοεικονογραφημένη (Logos, Lingua Graeca per se illustrata), Granada, Cultura Clásica, 2023 qui s’appuient sur l’utilisation de textes forgés pour soutenir l’enseignement du grec ancien. Accompagnées d’un riche support d’exercices et d’images, ces deux méthodes constituent un outil utile pour définir une première classification des niveaux de connaissance du grec ancien. ↩︎
- Barbone Alessandro, Quaderno de esercizi per Athènaze I, volume I, cap. I‑VIII, Montella (Avellino), Edizioni Accademia Vivarum Novum, 2019 et Consoli Carmelo, Μελετήματα, Montella (Avellino), Edizioni Accademia Vivarum Novum, 2002. ↩︎
- Avila, 2014, pp. 69–70. ↩︎
- Le texte est tiré du manuel de grec ancien de la première année du collège en Grèce. Voir Μπεζαντακοσ Νικόλαος, Παπαθωμασ Αμφιλόχιος, Λουτριανακη Ευαγγελία, Χαραλαμπακοσ Βασίλειος (éd.), Αρχαία Ελληνική Γλώσσα, Α΄ Γυμνασίου, Αθήνα, Ινστιτούτο Τεχνολογίας Υπολογιστών και Εκδόσεων “Διόφαντος”, 2016, Ενότητα 2. ↩︎
- Je cite aussi ma propre traduction du texte en français. On peut ici noter que la traduction n’est donnée que pour notre confort de lecture mais pas à l’élève qui passe la certification. ↩︎
Auteur
Philippos Karaferias, Doctorant de l’Université Grenoble Alpes (UMR Litt&Arts) en Langues et Civilisations de l’Antiquité.
Pour citer cet article
Philippos Karaferias, « Certifier un niveau de langue : dans quelle mesure le système d’évaluation en grec moderne pourrait-il être appliqué à l’enseignement du grec ancien ? », Revue de pédagogie des langues anciennes, 2, 2023–2024, p. 121–135, mis en ligne le 23/12/2023.


