LCA et SVT : tenir la promesse du latin scientifique



Résumé

Les cours de Langue et Culture de l’Antiquité (LCA), notam­ment en lycée, attirent les élèves grâce à des pro­messes qu’il faut bien tenir. Or, sou­vent, les cours de LCA ne ciblent pas des publics par­ti­cu­liers, ils ne s’adressent pas à leurs besoins spé­ci­fiques. En l’occurrence, les élèves qui se des­tinent à des car­rières scien­ti­fiques sou­haitent sor­tir du lycée avec des connais­sances en langues anciennes qui soient struc­tu­rantes et puissent leur ser­vir d’appui dans leurs études. Il ne suf­fit donc pas de leur don­ner un simple bagage épis­té­mo­lo­gique ou lexi­cal : il semble utile de leur don­ner des clés pra­tiques de l’usage du latin en sciences. En ce qui concerne les sciences du vivant, notam­ment les Sciences de la Vie et de la Terre (SVT), on peut défi­nir trois objec­tifs : connaître les rai­sons de l’usage du latin scien­ti­fique, connaître ses moda­li­tés et connaître les repré­sen­ta­tions ima­gées qui pré­sident à leur mise en œuvre. Comprendre pour­quoi le latin reste une langue inter­na­tio­nale, com­ment elle est pra­ti­quée, et pour­quoi l’on choi­sit tel ou tel mot, sont des bases impor­tantes pour qui­conque cherche à capi­ta­li­ser sur son bagage de lati­niste dans l’univers du post­bac scien­ti­fique.

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Texte intégral

Les pro­messes que font les pro­fes­seurs de Langues et Culture de l’Antiquité à leurs futurs élèves tournent géné­ra­le­ment autour de trois ou quatre points fon­da­men­taux : amé­lio­rer les com­pé­tences en fran­çais, sur­tout en voca­bu­laire et en ortho­graphe, aug­men­ter le lexique utile en langues vivantes, construire une repré­sen­ta­tion cultu­relle du lien entre Antiquité et monde moderne, et enfin appor­ter des connais­sances qui per­mettent de prendre de l’avance dans les études scien­ti­fiques. Ce que les élèves et les parents com­prennent de cette der­nière pro­messe tient en quelques mots : que les cours de latin apportent effi­ca­ce­ment du lexique et des expli­ca­tions scien­ti­fiques qui per­mettent aux futurs étu­diants de faire l’économie d’un appren­tis­sage labo­rieux du voca­bu­laire issu du latin et du grec, notam­ment dans les domaines des sciences du vivant. Cependant, quand on cherche où se trouvent les cours et les exer­cices qui traitent spé­ci­fi­que­ment de ces aspects, force est de consta­ter qu’ils sont rares. À tel point que se mul­ti­plient les mises à niveau ou les listes sans fin de suf­fixes et de racines latines et grecques cen­sées per­cer le mys­tère du jar­gon médi­cal1, par exemple. En fait, si les objets d’étude des pro­grammes de lycée com­prennent effec­ti­ve­ment un cha­pitre sur les inter­ro­ga­tions scien­ti­fiques dans l’Antiquité, il n’est pas for­cé­ment accom­pa­gné par des pages dédiées à l’apprentissage ration­nel et sys­té­ma­tique du latin scien­ti­fique. Or, il est légi­time d’attendre que les cours de LCA pré­parent ce qui somme toute res­sor­tit à son domaine de com­pé­tence, et sacri­fient à un cer­tain uti­li­ta­risme pour lequel nombre d’élèves prennent l’option latin, dans l’espoir d’augmenter leur bagage lexi­cal et cultu­rel pour mieux se pré­pa­rer aux car­rières scien­ti­fiques. Ce sera l’objet de cet article : pro­po­ser une démarche direc­te­ment trans­po­sable des cours de LCA Latin vers les cours de SVT, afin que les élèves qui ont choi­si de faire trois heures de cours de plus pen­dant trois ans puissent capi­ta­li­ser sur cet inves­tis­se­ment au moment d’entamer des études de bio­lo­gie, de STAPS ou de méde­cine, c’est-à-dire les car­rières qui ont recours au latin au cœur même de leurs appren­tis­sages. Pour mener à bien ce pro­jet, nous pro­po­se­rons la mise en place, sous forme de jeu sérieux2, d’un par­cours de décou­verte du latin scien­ti­fique, de sorte que les lati­nistes de pro­fil scien­ti­fique découvrent eux-mêmes l’origine de la nomen­cla­ture latine et ses atouts, de même que les méca­nismes qui sous-tendent son uti­li­sa­tion. Dans un deuxième temps, leur rôle sera de conce­voir, pré­sen­ter et diri­ger des ate­liers à des­ti­na­tion des non-lati­nistes des spé­cia­li­tés SVT de leur lycée.

Objectifs et démarche

De façon récur­rente, au moins au lycée, les élèves demandent d’apprendre un mini­mum de latin scien­ti­fique, puisque leurs spé­cia­li­tés com­mencent à y faire appel. Le grec et le latin sont notam­ment mobi­li­sés en SVT, où la des­crip­tion des corps comme des espèces se fait presque exclu­si­ve­ment par l’intermédiaire d’étymons anciens. En phy­sique-chi­mie, l’alphabet sert de base aux concepts, et le nom des élé­ments fait régu­liè­re­ment appel aux langues anciennes3. L’alternative est dès lors assez simple pour les futurs étu­diants : soit ils apprennent par cœur le sens des mots obs­curs qui dési­gnent des ani­maux ou des par­ties du corps, par­fois sans vrai­ment savoir de quoi ils parlent, soit ils cherchent à ratio­na­li­ser leur appren­tis­sage en lui don­nant du sens, en clas­sant le voca­bu­laire en fonc­tion de son sens ori­gi­nel.

Par consé­quent, le rôle des cours de LCA est bien de les gui­der vers une méthode claire qui faci­lite la mémo­ri­sa­tion et les sou­lage d’un effort d’autant plus fas­ti­dieux qu’il ne repose sur aucune signi­fi­ca­tion pré­cise. En effet, com­ment un étu­diant peut-il com­prendre que l’os du nez appe­lé vomer4 a reçu ce nom du mot latin qui désigne le soc de la char­rue, par ana­lo­gie de forme. Il l’a peut-être croi­sé chez Lucrèce, dans sa des­crip­tion de l’atomisme épi­cu­rien au livre I du De natu­ra rerum (vv. 314–315) :

uncus ara­tri
fer­reus occul­to decres­cit vomer in arvis.
5

Rien n’est moins sûr.

Plus pro­saï­que­ment, si l’on se penche sur le voca­bu­laire fré­quent par exemple en SVT, on se rend compte qu’on peut le clas­ser en plu­sieurs caté­go­ries : d’abord les noms d’espèces, qu’elles soient de plantes ou d’animaux, ensuite les suf­fixes d’origine et enfin les méta­phores. À pre­mière vue, la caté­go­ri­sa­tion semble abrupte, mais en y regar­dant de plus près, il devient clair qu’au moins depuis Linné, la nomen­cla­ture du vivant repose sur une méthode qui fait presque uni­que­ment appel aux langues anciennes. En effet, Karl Von Linné déci­da au XVIIIe siècle de clas­ser les espèces selon un sys­tème bino­mial6, grâce à un binom for­mé de deux taxons7 : un nom de genre sui­vi un nom d’espèce. Éventuellement, le nom d’espèce peut être com­plé­té par un nom de sous-espèce, mais le clas­se­ment offi­ciel ne prend théo­ri­que­ment en compte que les deux pre­miers noms. L’animal que nous nom­mons homme est ain­si dési­gné de manière scien­ti­fique par le binom Homo (genre) sapiens (espèce). Il suf­fit de rem­pla­cer sapiens par nean­der­ta­len­sis pour voir appa­raître une nou­velle infor­ma­tion des­crip­tive : l’origine géo­gra­phique d’une espèce dif­fé­rente. L’homme de Néandertal a en effet été décou­vert dans le petit vil­lage alle­mand de Neandertal, d’où le suf­fixe d’origine -ensis qui lui est acco­lé et qui pré­ci­sait, au temps de sa décou­verte, le nom d’espèce sapiens. L’homme de Neandertal était donc d’un point de vue scien­ti­fique Homo sapiens nean­der­ta­len­sis, avant que les scien­ti­fiques ne se ravisent et le consi­dèrent comme une espèce à part entière, fai­sant remon­ter le des­crip­teur géo­gra­phique du rang de varié­té au rang d’espèce et ne le trans­forment en Homo nean­der­ta­len­sis tout court. Ce suf­fixe est très pro­duc­tif, il est par exemple uti­li­sé dans la for­ma­tion du nom Homo hei­del­ber­gen­sis, ou Homo rudol­fen­sis, trou­vés res­pec­ti­ve­ment à Heidelberg et près du lac Rudolf, ancien nom du lac Turkana, entre l’Éthiopie et le Kenya.

Par ailleurs, un simple coup d’œil aux noms des os humains ren­seigne sur la néces­si­té de les ensei­gner comme étant des méta­phores : la rotule est ronde comme une petite roue (latin rotu­la), l’os parié­tal forme une paroi (latin paries, parie­tis) de la boîte crâ­nienne, le tibia est long et effi­lé comme une flûte (latin tibia), la mal­léole res­semble à un petit mar­teau (latin mal­leus). Ainsi, une grande par­tie du voca­bu­laire des­crip­tif du corps n’est en fait qu’une série de méta­phores plus ou moins exactes for­mées à par­tir d’objets du quo­ti­dien, mais nom­més en latin, ce qui leur confère leur valeur scien­ti­fique.

L’objectif géné­ral de ce genre de cours en LCA est donc mul­tiple : que les élèves se rendent compte que le latin n’est pas uti­li­sé de manière arbi­traire, mais qu’il obéit à des règles strictes8, qu’ils com­prennent que pour apprendre effi­ca­ce­ment le voca­bu­laire scien­ti­fique, il faut d’abord com­prendre à quoi res­semblent les os et les organes concer­nés, de manière très concrète. Enfin, qu’ils mani­pulent eux-mêmes le latin pour se mettre à la place d’inventeurs de mots scien­ti­fiques ne peut que les fami­lia­ri­ser avec ce sys­tème fon­dé sur la des­crip­tion.

Pour atteindre ces objec­tifs, le medium du jeu sérieux paraît tout indi­qué, ou plu­tôt, une com­bi­nai­son entre le jeu et la trans­mis­sion des connais­sances acquises à des­ti­na­tion des non-lati­nistes. Pour être plus clair, on pro­pose aux lati­nistes de conce­voir des ate­liers ludiques autour des spé­ci­fi­ci­tés du latin scien­ti­fique, puis d’animer ces ate­liers dans un cours de SVT qui leur est dédié, avec l’accord des pro­fes­seurs concer­nés. Les élèves de LCA sont donc mis tour à tour dans une posi­tion d’apprentis, puis de concep­teurs, et enfin de trans­met­teurs ou ani­ma­teurs, sui­vant la logique que suit un pro­fes­seur quand il pré­pare ses cours, ce qui les incite à creu­ser leur sujet, à conce­voir des sup­ports effi­caces et attrac­tifs, et à maî­tri­ser le conte­nu de leur cours, sans quoi ils seraient faci­le­ment mis en dif­fi­cul­té par leurs propres « élèves ».

Cette démarche pré­sente plu­sieurs avan­tages, puisqu’elle incite à l’implication directe des élèves dans la recherche et la concep­tion des sup­ports, et qu’elle pousse à la mémo­ri­sa­tion du conte­nu, dans un objec­tif de trans­mis­sion. L’élève, pas­sant la bar­rière qui le sépare du rôle de pro­fes­seur, peut de plus se rendre compte de la dif­fi­cul­té qui existe à pré­sen­ter un sup­port ou un exer­cice défec­tueux, voire mal maî­tri­sé, devant un public exi­geant.

Mise en place et déroulement

La séquence s’articule autour de deux temps forts. Le pre­mier s’appuie sur la concep­tion et le test des ate­liers, le second sur la trans­mis­sion sous la forme d’un cours pro­po­sant des ate­liers tour­nants aux non-lati­nistes.

Tout d’abord, les élèves sont invi­tés à trou­ver les rai­sons pour les­quelles le latin est la langue scien­ti­fique par excel­lence. Cette mise en place per­met de faire un retour his­to­rique sur la domi­na­tion de la langue latine dans les domaines scien­ti­fiques, diplo­ma­tiques et phi­lo­so­phiques glo­ba­le­ment jusqu’au XXe siècle9. Pour appor­ter les connais­sances épis­té­mo­lo­giques néces­saires, il faut aus­si qu’ils puissent expli­quer le sys­tème bino­mial et son ori­gine, ces élé­ments his­to­riques étant des­ti­nés à ser­vir d’introduction aux ate­liers tour­nants.

Après quelques recherches, les élèves de LCA sont capables de dire pour­quoi le latin est deve­nue la langue de la science et pour quelles rai­sons elle l’est res­tée. En résu­mé, voi­ci leurs hypo­thèses :

  • Lors de l’explosion natu­ra­liste au XVIIIe siècle, le latin est la langue inter­na­tio­nale : tous les cher­cheurs, mathé­ma­ti­ciens, phi­lo­sophes, ambas­sa­deurs, la maî­trisent et com­mu­niquent grâce à elle.
  • Logiquement, elle devient la langue que l’on uti­lise pour for­ger des noms scien­ti­fiques com­pré­hen­sibles de manière inter­na­tio­nale : Linné, sué­dois, Cuvier ou Buffon, fran­çais, peuvent donc accé­der au même conte­nu.
  • En tant que langue morte, elle est figée et tra­verse le temps.
  • Le latin est encore aujourd’hui la langue de la science, car elle per­met de créer faci­le­ment de nou­veaux mots.
  • Aucune nation ne peut se l’accaparer, elle garan­tit donc la liber­té des connais­sances.
  • Elle garde un cer­tain pres­tige, et celui qui la pra­tique se dis­tingue des autres.
  • Elle consti­tue un jar­gon utile pour aller droit au but entre spé­cia­listes.
  • Cependant, le latin est mena­cé pour trois rai­sons prin­ci­pales. Tout d’abord, cer­taines nations ont inté­rêt à lui sub­sti­tuer leur propre langue (anglais, chi­nois). Ensuite, les scien­ti­fiques connaissent de moins en moins le latin et res­pectent donc de moins en moins ses règles. Enfin, la néces­si­té de faire entrer des recettes finan­cières pousse à inven­ter des mots sur­pre­nants qui défient les règles éta­blies mais attirent les médias.

Enfin, il s’agit pour ces élèves de conce­voir quatre ate­liers, cha­cun ayant un objec­tif pré­cis d’acquisition de connais­sances :

  • Atelier 1 : les suf­fixes cou­rants.
  • Atelier 2 : les noms d’espèces.
  • Atelier 3 : l’arbitraire des noms d’espèces.
  • Atelier 4 : l’utilisation des méta­phores dans la créa­tion de noms scien­ti­fiques.

Les ateliers

Atelier 1

Le pre­mier ate­lier a pour objec­tif de pro­po­ser une liste de noms d’espèces qu’il s’agit de clas­ser en obser­vant la for­ma­tion de leur binom. En fai­sant varier les noms d’espèces et de varié­tés, on arrive assez faci­le­ment à pro­po­ser plu­sieurs grou­pe­ments logiques. Voici par exemple quelques noms réels qu’il s’agit de grou­per en caté­go­ries logiques. Évidemment, chaque regrou­pe­ment doit repo­ser sur un rai­son­ne­ment fon­dé sur l’observation. Devant l’incrédulité des élèves, il convient d’insister sur le fait que tous les noms sont réel­le­ment uti­li­sés par les scien­ti­fiques pour dési­gner des espèces vivantes.

Les noms à clas­ser :

Han solo, Calponia har­ri­son­for­di, Homo rudol­fen­sis, Otocinclus bat­ma­ni, Trigonopterus chew­bac­ca, Aleiodes sha­ki­rae, Aptostichus ange­li­na­jo­lieae, Arthurdactylus conan­doy­lei, Vini vidi­vi­ci, Abra cada­bra, Homo hei­del­ber­gen­sis, Dracorex hog­wart­sia, Proceratium google, Ambistoma bar­bou­ri, Scaptia beyon­ceae, Homo nean­der­ta­len­sis, Sahelanthropus tcha­den­sis.

A prio­ri, ces noms n’ont rien en com­mun, et cer­tains semblent réel­le­ment aber­rants. En effet, Vini vidi­ci ou Han solo nous paraissent déli­rants. Et pour­tant ! Mais avant d’en arri­ver là, voi­ci le clas­se­ment atten­du :

Désinence
en ‑i
Désinence
en ‑ae
Désinence
en ‑ensis
Culture popu­laireJeux de mots
En l’honneur d’un hommeEn l’honneur d’une femmeOriginaire deRessemble à / en l’honneur deJeux de mots
- Calponia har­ri­son­for­di
- Otocinclus bat­ma­ni
- Arthurdactylus conan­doy­lei

- Ambistoma bar­bou­ri
- Aleiodes sha­ki­rae
- Aptostichus ange­li­na­jo­lieae

- Scaptia beyon­ceae
- Homo rudol­fen­sis
- Homo hei­del­ber­gen­sis
- Homo nean­der­ta­len­sis
- Sahelanthropus tcha­den­sis
- Han solo
- Calponia har­ri­son­for­di
- Trigonopterus
- chew­bac­ca
- Aleiodes sha­ki­rae
- Aptostichus
- ange­li­na­jo­lieae
- Arthurdactylus conan­doy­lei
- Dracorex hog­wart­sia
- Proceratium google
- Scaptia beyon­ceae
-Vini vidi­vi­ci
- Abra cada­bra
NB – Les noms en cou­leur peuvent aus­si être clas­sés dans la case « Culture popu­laire ». 

Les noms pro­po­sés ici ras­semblent des carac­té­ris­tiques très usuelles en latin scien­ti­fique. En effet, les inven­teurs, c’est-à-dire les décou­vreurs d’une nou­velle espèce, ont sou­vent le droit de la bap­ti­ser d’un binom, selon les règles. La modes­tie leur impo­sant de ne pas uti­li­ser leur propre nom, ils nomment par­fois leurs décou­vertes en l’honneur d’un de leurs pro­fes­seurs ou de per­sonnes les ayant ins­pi­rés. C’est le cas par exemple de Thomas Barbour, zoo­lo­giste éta­su­nien en l’honneur duquel Edward Frederick Kraus et James Walker Petranka, her­pé­to­logues éta­su­niens, ont nom­mé une espèce d’urodèles, des amphi­biens qui ne perdent pas leur queue en deve­nant adultes. Le même suf­fixe du géni­tif de la deuxième décli­nai­son sert à for­ger des noms plus sur­pre­nants, comme Otocinclus bat­ma­ni, mais pour d’autres rai­sons : cette espèce porte sur la queue une sorte de tache qui res­semble, de loin, au logo sty­li­sé de Batman ! De même, quelle espèce peut-on dédier à Harrison Ford ? Ou à la chan­teuse Shakira ? À l’actrice Angelina Jolie, en lati­ni­sant leur nom et en uti­li­sant la dési­nence de géni­tif de la pre­mière décli­nai­son ? Les deux pre­miers groupes à trou­ver dépen­daient donc de la dési­nence du géni­tif. On pou­vait clas­ser cer­tains de ces mots dans la caté­go­rie des noms fai­sant réfé­rence à la culture popu­laire : Shakira, Angelina Jolie, mais aus­si l’univers de Star Wars (Han Solo, Chewbacca) ou celui d’Harry Potter (Dracorex hog­wart­sia). Le nom Arthurdactylus conan­doy­lei est dou­ble­ment inté­res­sant, d’abord pour la réfé­rence à Arthur Conan Doyle, auteur notam­ment de la série des Sherlock Holmes, mais aus­si du Monde per­du, roman situant des dino­saures dans un haut pla­teau d’Amérique du Sud cou­pé du monde d’où les héros rap­portent à Londres un pté­ro­dac­tyle ; et jus­te­ment, l’Arthurdactylus est une espèce de pté­ro­saure.

On touche là, aus­si bien pour la caté­go­rie des jeux de mots que pour celle des réfé­rences à la culture popu­laire, à une limite de la clas­si­fi­ca­tion scien­ti­fique en latin. En effet, pour atti­rer des spon­sors et des fonds pour leur recherche, les scien­ti­fiques ont besoin d’attirer l’attention des médias sur leurs tra­vaux, c’est pour­quoi ils n’hésitent pas à don­ner des noms far­fe­lus ou intri­gants à leurs décou­vertes. On peut aus­si citer comme rai­son à cela la dis­pa­ri­tion de réelles com­pé­tences lin­guis­tiques en latin, dont le résul­tat serait de figer les dési­nences en -i et en -ae comme simples appen­dices à acco­ler à n’importe quel nom, dans une pers­pec­tive de mer­ca­tique scien­ti­fique. Mais plus sim­ple­ment, ce n’est pas parce qu’on est scien­ti­fique qu’on est dépour­vu d’humour, d’où les jeux de mots plus ou moins heu­reux comme Vini vidi­vi­ci, nom d’un psit­ta­ci­dé dis­pa­ru il y a plu­sieurs siècles et nom­mé en 1987.

Atelier 2

Cet ate­lier se concentre sur la nomen­cla­ture des espèces vivantes, afin de fami­lia­ri­ser les élèves avec la struc­ture et les réfé­rents d’un binom latin. Il s’agit de deman­der aux élèves d’appliquer les règles de construc­tion d’un binom à une espèce qui n’en a pas encore. Évidemment, on ne peut pas appli­quer ce pro­ces­sus à une espèce déjà décou­verte, pour la bonne rai­son que chaque espèce dis­pose déjà d’un nom offi­ciel, et on ne peut deman­der aux élèves d’en décou­vrir de nou­velles juste pour le jeu. Il ne reste qu’à trou­ver des espèces de fic­tion et à les nom­mer. Les ani­maux mytho­lo­giques, par leur proxi­mi­té avec le conte­nu cultu­rel des cours de latin, sont de bons can­di­dats, mais ils ne sont pas les seuls : ani­maux de des­sins ani­més, de films, de séries, tout est bon pour s’exercer à la nomen­cla­ture latine. Les élèves qui ont par­ti­ci­pé à ce pro­jet dans nos classes ont pour leur part choi­si les espèces sui­vantes :

Noms cou­rantsNoms « scien­ti­fiques »
HulkMetamorpheus gigan­teus viri­dis
BigfootSimia hir­su­ta ame­ri­ca­na
SasquatchSimia hir­su­ta cana­dien­sis
YétiSimia hir­su­ta hima­layen­sis
Loup-garouMetamorpheus ver­si­pelles lunae­ser­vus
OgreOrcus gigan­teus pue­ri­vo­rus
CentaureSemihomo equi­cau­da bar­ba­rus
SatyreSemihomo capri­cau­da hor­ri­fer
FantômeSemimortuus spi­ri­tua­lis conca­te­na­tus
ZombieSemimortuus pes­ti­lens cere­bel­li­vo­rus
CerbèreCanis tri­ca­pi­ta­lis infer­na­lis
DragonDraco ali­fer ignis­puens
FéeHomunculus ali­fer fata
LicorneEquus uni­cor­ni­fer can­di­dus
VampireSemimortuus tran­syl­va­nien­sis hemo­phi­lus
SphinxSemihomo aenig­mo­phi­lus the­ben­sis
SirèneSemihomo pis­ci­cau­da aqua­co­la
PhénixAvis ardens immor­ta­lis
MomieSemimortuus vit­ta­tus aegyp­ti­cus

Cet ate­lier per­met de réin­ves­tir un cer­tain nombre d’éléments du pre­mier ate­lier, comme le regrou­pe­ment par genre, mais aus­si de com­prendre que le nom latin est d’abord des­crip­tif, puisque les élé­ments uti­li­sés par les pre­miers natu­ra­listes pour clas­ser les espèces repo­saient essen­tiel­le­ment sur les carac­té­ris­tiques visibles des ani­maux ou des fos­siles. En outre, ils peuvent ajou­ter des carac­té­ris­tiques fonc­tion­nelles ou géo­gra­phiques, en réuti­li­sant le suf­fixe -ensis, par exemple. Ils se rendent compte qu’il est très facile de trans­for­mer une des­crip­tion som­maire d’une espèce vivante en un nom qui res­pecte les règles du genre et le lexique latin. Ils ne peuvent donc en tirer qu’une conclu­sion, que l’invention d’un nom scien­ti­fique relève en par­tie d’une moti­va­tion des­crip­tive, et en par­tie de l’arbitraire, puisque c’est l’inventeur qui la nomme à par­tir de sa propre obser­va­tion, donc de sa propre sub­jec­ti­vi­té, et non à par­tir de cri­tères fixes. Une varia­tion de cet exer­cice pour­rait consis­ter à don­ner une liste de per­son­nages de fic­tion à nom­mer à plu­sieurs groupes, puis à com­pa­rer leurs pro­po­si­tions, afin de mettre en valeur à la fois leur vali­di­té lin­guis­tique et scien­ti­fique et leur sub­jec­ti­vi­té, c’est-à-dire à admettre qu’un taxon n’a aucune valeur intrin­sèque, et qu’on peut dès lors en chan­ger selon les néces­si­tés. C’est d’ailleurs une des lois des noms scien­ti­fiques : si deux noms sont pro­po­sés pour la même espèce, c’est le pre­mier pro­po­sé qui fait réfé­rence, à moins que les cri­tères qui ont ser­vi à le nom­mer deviennent caduques. Par exemple, le bron­to­saure a été renom­mé, ou plu­tôt rec­ti­fié, en apa­to­saure, puisque le pre­mier fos­sile décou­vert avait été nom­mé apa­to­saure (lézard trom­peur, selon des cri­tères émi­nem­ment sub­jec­tifs), et le second, qui s’est révé­lé n’être qu’un exem­plaire du pre­mier, a reçu le nom de bron­to­saure, avant que la véri­té soit réta­blie. Cela démontre presque par l’absurde que bon nombre de binoms sont déjà far­fe­lus dès le début du sys­tème, et en tout cas au XIXe siècle. Il serait donc assez facile de don­ner des noms absurdes ou sim­ple­ment cal­qués sur le fran­çais en langues anciennes pour leur don­ner un peu plus de lustre, ce qui est par exemple le cas du méga­thé­rium (Megatherium ame­ri­ca­num), nom don­né par Cuvier en 1796 et qui signi­fie sim­ple­ment « grosse bête ». On ver­ra plus tard que ce pro­ces­sus est en fait très cou­rant, mais mas­qué par l’utilisation de langues anciennes mécon­nues du grand public, qui per­mettent de pré­ser­ver le sérieux attri­bué d’ordinaire à la science.

Atelier 3

Ce troi­sième ate­lier a jus­te­ment pour but de tes­ter la com­pré­hen­sion mini­male des noms scien­ti­fiques et de mettre en pra­tique le fait qu’ils soient pour l’essentiel des­crip­tifs. Il s’agit donc de pro­po­ser des pho­tos d’animaux ain­si que leurs noms scien­ti­fiques décou­pés selon leurs racines. Par exemple, une espèce de rat s’appelle Rattus argen­ti­ven­ter. Les racines, sépa­rées en trois élé­ments (rat­tus, argen­ti et ven­ter) et impri­mées sous forme de cartes à mani­pu­ler, ne sont plus liées entre elles. Les élèves doivent dès lors retrou­ver le nom ori­gi­nal, ou du moins un nom logique, pour cette espèce, en choi­sis­sant par­mi la tota­li­té des racines dis­po­nibles. Voici quelques exemples d’espèces, de leurs noms et des décou­pages effec­tués. Chaque racine décou­pée consti­tue une seule carte.

AnimauxNoms scien­ti­fiquesDécoupage
KangourouMacropus gigan­teusMacro + pus + gigan­teus
PanthèrePanthera par­dus orien­ta­lisPanthera + par­dus + orien­ta­lis
RatRattus argen­ti­ven­terRattus + argen­ti + ven­ter
DauphinDelphinus tro­pi­ca­lisDelphinus + tro­pi­ca­lis
ChienCanis lupus fami­lia­risCanis + lupus + fami­lia­ris
HippocampeHippocampus zebraHippo + cam­pus + zebra
GrenouilleVitreorana par­vu­laVitreo + rana + par­vu­la
ÉléphantElephas maxi­musElephas + maxi­mus
ChatFelis sil­ves­tris catusFelis + sil­ves­tris + catus
BaleineBalaenoptera mus­cu­lusBalaeno + pte­ra + mus­cu­lus
Ours blancUrsus mari­ti­musUrsus + mari­ti­mus
AbeilleApis mel­li­fe­raApis + mel­li + fera
RenardVulpes veloxVulpes + velox

Les élèves sont donc invi­tés à uti­li­ser le stock de racines dis­po­nibles pour créer ou recréer le nom qui leur semble le plus logique. Certains élé­ments sont très faciles à recon­nec­ter, comme Canis lupus fami­lia­ris, ou même Apis mel­li­fe­ra, mais d’autres par­tagent des carac­té­ris­tiques qui ne semblent pas être leur apa­nage : Panthera peut très bien être velox au lieu d’orien­ta­lis, Elephas gigan­teus au lieu de maxi­mus ou encore Delphinus mari­ti­mus au lieu de tro­pi­ca­lis. La conclu­sion de cet exer­cice s’impose d’elle-même : d’abord, les noms scien­ti­fiques sont des trans­po­si­tions dans une langue obs­cure et pres­ti­gieuse de des­crip­tions simples ; ensuite, ils ne sont en rien intan­gibles ou mys­té­rieux ; enfin, les noms pro­po­sés par les élèves, à condi­tion qu’ils soient logiques, sont tout aus­si rece­vables que les noms offi­ciels. La seule condi­tion, fina­le­ment, pour qu’un nom soit rece­vable, est qu’il ait été don­né par la pre­mière per­sonne qui le pré­sente au monde, quelle que soit la réelle qua­li­té de cet attri­but, et qu’il donne un indice per­ti­nent sur le genre.

Cet exer­cice met en jeu des com­pé­tences d’observation, de mobi­li­sa­tion du lexique et de créa­ti­vi­té. En effet, il est néces­saire de bien obser­ver les cartes pho­tos pour relier une gre­nouille dont la peau est si fine qu’elle en est trans­pa­rente à la racine vitreo, pour for­mer Vitreorana, la gre­nouille de verre, ou pour com­prendre que si le kan­gou­rou est nom­mé Macropus, c’est parce qu’il a de grands pieds !

Atelier 4

Le der­nier ate­lier pro­po­sé a pour objec­tif de faire com­prendre, sinon de faire assi­mi­ler, le fait que la plu­part des mots scien­ti­fiques à l’aide des­quels nous décri­vons le corps sont en fait presque dans leur ensemble des des­crip­teurs méta­pho­riques. En effet, si rotu­la semble à peu près trans­pa­rent et ne néces­site pas beau­coup d’efforts d’imagination ni de mémo­ri­sa­tion, il en va peut-être dif­fé­rem­ment de mots comme plexus ou encore luci­fé­rine. Après avoir dis­tri­bué aux élèves deux séries de cartes, l’une com­por­tant des mots latins, l’autre des mots fran­çais décri­vant le corps, on leur demande de recons­ti­tuer des paires et d’émettre des hypo­thèses sur la signi­fi­ca­tion de ces mots dans un cadre phy­sio­lo­gique. Certaines paires sont évi­dentes for­mel­le­ment, car le mot fran­çais est le même qu’en latin, comme abdo­men, mais ils posent de réelles dif­fi­cul­tés d’interprétation, tant le sens ori­gi­nal est occul­té par le sens fran­çais. De même d’autres paires sont évi­dentes, mais donnent lieu à une élu­ci­da­tion plus aisée du sens de la racine, comme Proteus par exemple, asso­cié à pro­téine. Mais sans réfé­rences mytho­lo­giques, il est presque impos­sible de sai­sir pour­quoi une pro­téine s’appelle pro­téine. Enfin, la der­nière caté­go­rie est consti­tuée de mots dont l’interprétation est acces­sible avec un peu de réflexion, comme c’est le cas du couple Lucifer / luci­fé­rine : si l’on se sou­vient de l’atelier 2, le suf­fixe — fer était déjà uti­li­sé dans des termes comme uni­cor­ni­fer ou ali­fer, et la racine lux, lucis n’est pas très mys­té­rieuse, même pour des non-lati­nistes, ain­si, décom­po­ser luci­fé­rine en luci (la lumière) + fer (por­ter) + ine (sub­stance pro­duite par le corps) donne des résul­tats à por­tée de main, la luci­fé­rine étant une molé­cule dont la dégra­da­tion pro­duit la bio­lu­mi­nes­cence. Les mots ser­vant d’objet d’étude sont réca­pi­tu­lés dans le tableau sui­vant :

Mots latinsMots fran­çaisExplications
AbdomenAbdomenTerminaison en -men : ce qui fait l’action d’abdere : cacher. Abdomen : ce qui cache les entrailles, ce qu’il y a à l’intérieur.
BacillusBacilleBacillus : le petit bâton ; même racine qu’imbé­cile : celui qui a besoin d’un bâton pour s’appuyer.
ClaviculaClaviculeDiminutif -ula, de cla­va, la mas­sue, ou cla­vis, la clef.
BacteriaBactérieBacteria : le petit bâton ; même méta­phore que bacille.
ThyreosThyroïdeTerminaison -ïde : qui s’apparente à ; qui res­semble à un bou­clier ou a la fonc­tion d’un bou­clier.
TibiaTibiaQui res­semble à une flûte.
PlexusPlexusTerminaison -sus du par­ti­cipe pas­sé. Ce qui est tres­sé.
UvaLuetteDéformation de « l’uvette ». Qui res­semble à un grain de rai­sin.
MorpheusMorphineDieu du som­meil. Substance (-ine) qui endort le corps et l’esprit.
ProteusProtéineDieu qui change de forme. Substance qui peut prendre toutes les formes.
InsulaInsulineSubstance pro­duite par les îlots (insu­lae) de Langerhans.
PariesPariétalOs parié­tal, qui sert de paroi à la boîte crâ­nienne.
GlobulusGlobuleDiminutif -ulus. Qui res­semble à un petit machin rond.
CoccyxCoccyxCoucou. Os qui res­semble à un cou­cou.
LuciferLuciférineSubstance qui apporte la lumière.
OvulusOvuleDiminutif -ulus. Qui res­semble à un petit œuf.
SerumSérumQui res­semble à du petit lait.
MedullaMoëlleDiminutif -ulla, de medius, milieu. Substance qui se trouve au milieu de l’os.
NucleusNoyauDiminutif de nux, la noix. Qui res­semble à une petite noix.
AmygdalaAmygdaleQui res­semble à une amande.

L’atelier se pré­sente sous la forme de deux séries de cartes por­tant donc l’une les mots latins au rec­to et au ver­so l’explication de ce nom asso­cié à une repré­sen­ta­tion pro­saïque du com­pa­rant de la méta­phore, et l’autre au rec­to le mot fran­çais, tan­dis que le ver­so offre une image de l’organe com­pa­ré. Ainsi, une fois les paires asso­ciées et les hypo­thèses de sens faites, les élèves peuvent trou­ver la solu­tion en retour­nant les cartes, et décou­vrir l’intérêt des méta­phores uti­li­sées.

Ce dis­po­si­tif pré­sente l’avantage d’associer des images concrètes aux notions abs­traites. Les expli­ca­tions courtes leur donnent de même une solu­tion simple à mémo­ri­ser. Par exten­sion, une fois le prin­cipe de la méta­phore com­pris et assi­mi­lé, ils peuvent conti­nuer le tra­vail en cher­chant par eux-mêmes les sources des mots qui décrivent le corps humain, et ils sont légion, comme sca­pu­la (le fléau de la balance), radius (le rayon de roue de char­rette), cuboïde (en forme de cube), cunéi­forme (en forme de coin de bûche­ron), etc. Une fois ces équi­va­lences éta­blies, il est beau­coup plus facile de mémo­ri­ser le nom et le rôle de chaque os ou par­tie du corps, et je pense qu’il n’est pas néces­saire de men­tion­ner tout l’effort dont cela peut sou­la­ger les étu­diants en méde­cine.

Une fois les ate­liers ter­mi­nés, il ne manque que la conclu­sion, qui reprend les ensei­gne­ments glo­baux sous forme d’une syn­thèse qui peut être avan­ta­geu­se­ment inté­grée au cours de SVT.

Transmission

La deuxième phase de ce pro­jet est une phase de test et de trans­mis­sion. En effet, une fois les ate­liers conçus, réa­li­sés, mis en page et réduits à l’état de tas de cartes, il ne reste aux lati­nistes qu’à se trans­for­mer en média­teurs cultu­rels, ou en mini-pro­fes­seurs. L’objectif de cette trans­mis­sion est bien évi­dem­ment double : favo­ri­ser l’appropriation du conte­nu du cours par les lati­nistes, et étendre aux élèves de SVT la connais­sance du latin scien­ti­fique.

Il n’est pas très dif­fi­cile de convaincre les col­lègues de SVT de par­ti­ci­per au pro­jet, mais il est moins simple de trou­ver une heure et demie en com­mun pour le mettre en pra­tique, tant les horaires sont ten­dus, sur­tout en pre­mière et en ter­mi­nale, qui consti­tuent pour­tant le public qui tire le plus grand pro­fit de ce genre d’activités. En l’occurrence, les lati­nistes de pre­mière, concep­teur du pro­jet, se sont mués deux fois en média­teurs : la pre­mière fois devant une classe de ter­mi­nale en spé­cia­li­té SVT, d’un peu plus de trente élèves. Devant ce public, huit lati­nistes ont uti­li­sé deux jeux de quatre ate­liers, répar­tis­sant donc les élèves de SVT en huit groupes tour­nants. Ce dis­po­si­tif a donc pu mobi­li­ser huit lati­nistes et trente bio­lo­gistes sur un cré­neau d’une heure et demie. La deuxième appli­ca­tion de cette expé­rience a eu lieu face à un demi-groupe de SVT de seconde, d’une quin­zaine d’élèves, répar­tis en quatre groupes pilo­tés par deux lati­nistes cha­cun, sur un cré­neau d’une heure, qui a paru trop limi­té pour réel­le­ment faire tour­ner tous les groupes sur tous les ate­liers. Dans la mesure du pos­sible et des aspi­ra­tions des lati­nistes, les pilotes ont été renou­ve­lés pour les deux expé­riences.

Chaque ate­lier est donc super­vi­sé par un élève lati­niste, qui se charge de pré­sen­ter la consigne, les objec­tifs et les moda­li­tés de l’exercice10. Il devient pen­dant les vingt ou vingt-cinq minutes qu’il dure la per­sonne res­source du groupe dont il a la charge : c’est lui qui four­nit les indices, guide les hypo­thèses, donne les solu­tions et les expli­ca­tions finales, sous la tutelle du pro­fes­seur de SVT, arbitre en der­nier res­sort. Cela néces­site de l’entraînement, car se mettre dans la pos­ture d’un ani­ma­teur, sinon d’un pro­fes­seur, néces­site de se convaincre d’être un expert en la matière. Ce n’est pas une mince affaire. Les élèves les plus à l’aise dans la repré­sen­ta­tion de soi n’auront aucun mal à se glis­ser dans le per­son­nage, ni même les plus per­fec­tion­nistes ou les plus tra­vailleurs, mais les élèves entre les deux, ni pous­sés par l’amour du latin, ni habi­tés par la tchatche, ont en géné­ral plus de mal à se consi­dé­rer comme légi­times pour s’imposer à un groupe exté­rieur de quatre ou cinq per­sonnes. Selon la jauge du groupe de SVT, on peut mul­ti­plier les ate­liers qui traitent un même sujet, donc mul­ti­plier les séries de cartes, mais cela com­plique la tâche quand il s’agit de faire tour­ner tous les groupes sur tous les ate­liers, de façon à ce qu’ils puissent pro­fi­ter plei­ne­ment des conte­nus de la séance et de la conclu­sion finale.

En géné­ral, même en seconde, les non-lati­nistes se débrouillent assez bien dans les ate­liers 2 et 3, qui ne néces­sitent pas de connaître beau­coup de latin, et à force d’hypothèses, ils arrivent tou­jours à don­ner de nom­breuses bonnes réponses. En revanche, sans le réflexe d’observer les dési­nences des mots, ils ont ten­dance à se concen­trer sur des élé­ments super­fi­ciels qui les aveuglent, et ain­si à tout regrou­per en deux caté­go­ries. L’atelier 4 leur pose aus­si pro­blème dans la mesure où ils manquent non pas de voca­bu­laire latin, mais de connais­sances éten­dues en ana­to­mie : cer­tains couples de mots ne leur disent abso­lu­ment rien. Ils arrivent néan­moins à trou­ver les élé­ments les plus cou­rants, et ceux dont ils ont déjà une image claire à l’esprit.

Les retours sont en tout cas excel­lents : les pro­fes­seurs de SVT, eux-mêmes par­fois sur­pris de décou­vrir la source de notions qu’ils avaient apprises par cœur lors de leurs études, ou bien heu­reux de retrou­ver des élé­ments lin­guis­tiques dont ils avaient per­du la saveur, trouvent dans cette mise en pra­tique inter­dis­ci­pli­naire une matière à ensei­gner dif­fé­rem­ment leur matière par l’image et par la langue. Du côté des élèves de LCA, le double effort de concep­tion et de trans­mis­sion leur per­met de com­prendre des notions utiles, par­fois com­plexes, et de prendre confiance non seule­ment dans leur capa­ci­té à trans­mettre des connais­sances, mais aus­si dans l’utilité des langues anciennes au quo­ti­dien. Car c’est aus­si un objec­tif majeur de ce genre d’atelier que de redo­rer le bla­son des LCA et de les sor­tir de leur image de langue morte inutile et pous­sié­reuse.

Conclusion

Les pro­messes que les pro­fes­seurs de LCA de lycée font aux lati­nistes qui sortent du col­lège sont sou­vent très per­ti­nentes et très allé­chantes, mais sont-elles tenues ? Sont-elles, comme les pro­messes de cam­pagne, comme celles de ser­gents recru­teurs, de celles qui n’engagent que ceux qui y croient ? Il y va de la cré­di­bi­li­té de la matière, de sa capa­ci­té à se renou­ve­ler, et à atti­rer sans cesse de nou­veaux élèves. Préparer les futurs étu­diants est cru­cial, c’est pour­quoi il faut ména­ger un temps spé­ci­fique à toutes les spé­cia­li­tés, à toutes les orien­ta­tions qui pour­raient pro­fi­ter des apports des langues anciennes. Plus nos élèves seront divers, plus notre matière y gagne­ra, à condi­tion jus­te­ment qu’elle tienne ses pro­messes, qu’elles concernent par exemple l’intercompréhension des langues romanes grâce au latin, l’usage du latin comme langue scien­ti­fique, ou les expres­sions latines qui pul­lulent en droit. Si aucun exer­cice spé­ci­fique n’est mis en place pour rem­plir ces objec­tifs en par­ti­cu­lier, et que les langues anciennes se reposent uni­que­ment sur un tra­vail d’étymologie géné­rale sans cibler les besoins, alors elles auront de plus en plus de mal à recru­ter. Si au contraire les col­lègues de LCA mettent en place des réponses claires aux besoins dic­tés par des orien­ta­tions très diver­si­fiées, alors l’image de leur dis­ci­pline n’en sor­ti­ra que gran­die. Dans le cas du latin scien­ti­fique, nous l’avons vu, il suf­fit de quelques heures pour dyna­mi­ser un appren­tis­sage et don­ner du sens à des élé­ments qui trop sou­vent sont vus comme des contraintes à apprendre par cœur. Si les lati­nistes et les spé­cia­listes de SVT peuvent sor­tir du lycée en ayant en tête les règles de la nomen­cla­ture des espèces, l’idée que les noms d’espèces sont d’abord des­crip­tifs, et la cer­ti­tude que lier une image à un nom per­met de mieux les mémo­ri­ser, alors ils par­ti­ront dans le supé­rieur avec des atouts non négli­geables. Par ailleurs, renou­ve­ler le regard des futurs méde­cins, infir­miers, kiné­si­thé­ra­peutes ou spor­tifs, qui tous par­tagent avec les lati­nistes le tré­sor lexi­cal héri­té de l’Antiquité est béné­fique pour tous : moins d’efforts pour ces pre­miers, qui n’ont plus à apprendre sans com­prendre, plus de pres­tige pour les seconds, inves­tis d’une mis­sion de trans­mis­sion qui les gran­dit.

Pour tous ceux qui le veulent, le maté­riel péda­go­gique est dis­po­nible sur demande.


Bibliographie

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Walter Henriette, « Les noms des mam­mi­fères, moti­va­tion et arbi­traire », La lin­guis­tique, 2003/2 (Vol. 39), p. 47–60, dis­po­nible en ligne sur https://www.cairn.info/revue-la-linguistique-2003–2‑page-47.htm (consul­té le 01/11/2023).

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Walter Henriette, Avenas Pierre, La mys­té­rieuse his­toire des noms des oiseaux, Paris, Laffont, 2007.

Waquet Françoise, Le latin ou l’empire d’un signe : XVIe-XXe siècle, Paris, Albin Michel, 1998.


Notes

  1. C’est le cas de l’ouvrage de Prédine Jean & Prédine-Hug François, Comprendre le lan­gage médi­cal par l’étymologie, EDP Sciences, Les Ulis, 2017. ↩︎
  2. Dans son article inti­tu­lé « Jeu sérieux : explo­ra­tion d’un oymore » (Schmoll Patrick, « Jeux sérieux : explo­ra­tion d’un oxy­more », Revue des Sciences sociales, 2011, « Jeux et enjeux 45 », pp.158–167), Patrick Shmoll écrit ces lignes pour ten­ter d’en don­ner une défi­ni­tion : « Clark C. Abt (1970) publie sous le titre Serious Games un ouvrage dans lequel il décrit les uti­li­sa­tions pos­sibles des jeux pour apprendre et pour simu­ler des situa­tions. Il emploie le terme en se réfé­rant aux jeux de cartes et de pla­teau et aux jeux de rôle : à l’époque les jeux vidéo ne sont pas encore répan­dus dans le grand public. Il défi­nit les jeux sérieux comme des jeux ayant un objec­tif expli­ci­te­ment édu­ca­tif et qui ne sont pas joués ini­tia­le­ment dans l’intention de s’amuser. » C’est nous qui sou­li­gnons. ↩︎
  3. Avenas Pierre, La pro­di­gieuse his­toire des noms des élé­ments, EDP Sciences, Les Ulis, 2019. ↩︎
  4. Les mots sont écrits en carac­tères romains droits quand ils sont pas­sés dans le fran­çais stan­dard ou qu’ils font l’objet d’un usage stan­dard dans une dis­ci­pline comme la méde­cine. En revanche, quand ils sont men­tion­nés en tant que termes étran­gers, donc dans la déno­mi­na­tion des espèces, on les trou­ve­ra en ita­liques. Voir sur ce point le Lexique des règles typo­gra­phiques en usage à l’imprimerie natio­nale, entrée « étran­gers (emploi de mots) », p. 79. L’INRAE rap­pelle de son côté que « les noms scien­ti­fiques de genre et d’espèces s’écrivent en ita­lique. La pre­mière lettre du nom de genre por­te­ra tou­jours une majus­cule alors que la pre­mière lettre du nom d’espèce s’écrira tou­jours en minus­cule. » (http://​ephy​tia​.inra​.fr/​f​r​/​C​/​1​6​2​9​1​/​H​y​p​p​-​e​n​c​y​c​l​o​p​e​d​i​e​-​e​n​-​p​r​o​t​e​c​t​i​o​n​-​d​e​s​-​p​l​a​n​t​e​s​-​I​n​t​e​r​e​t​-​d​-​u​n​e​-​n​o​m​e​n​c​l​a​t​u​r​e​-​u​n​i​v​e​r​s​e​lle, consul­té le 12 juin 2023). ↩︎
  5. « Le soc, griffe de fer de la char­rue, s’use en secret dans les champs. » ↩︎
  6. Dans son Systema Naturae, dont la dixième édi­tion étend le sys­tème bino­mi­nal. ↩︎
  7. Le Larousse en ligne défi­nit le binom ou binôme par un « ensemble de deux mots latins, le pre­mier dési­gnant le genre (nom géné­rique), le second l’espèce (nom spé­ci­fique) », tan­dis que le Robert donne cette défi­ni­tion du mot taxon : « Unité taxi­no­mique (telle qu’une famille, un genre, une espèce). Les caté­go­ries de la clas­si­fi­ca­tion bio­lo­gique, tels que l’espèce, le genre, la famille, l’ordre, la classe ou l’embranchement, sont des taxons. Ouest-France, 21/07/2016. » Quant à lui, le Code inter­na­tio­nal de nomen­cla­ture zoo­lo­gique indique dans les pre­mières pages, à l’entrée « noms des espèces » : « le nom scien­ti­fique d’une espèce, mais non celui d’un taxon de tout autre rang, est la com­bi­nai­son de deux mots (un binom), le pre­mier étant appe­lé le nom géné­rique, et le second l’épithète spé­ci­fique (ou nom spé­ci­fique). » ↩︎
  8. Pour rela­ti­vi­ser cette façon très tran­chée de pré­sen­ter les choses, on lira par exemple Walter Henriette, « Les noms des mam­mi­fères, moti­va­tion et arbi­traire », La lin­guis­tique, 2003/2 (Vol. 39), p.47–60. ↩︎
  9. Waquet Françoise, Le latin ou l’empire d’un signe : XVIe – XXe siècle, Paris, Albin Michel, 1998. ↩︎
  10. Voir les conduc­teurs des ate­liers et la syn­thèse en annexe. ↩︎

Annexes

Annexe A : Exemple de conducteur des ateliers pour la transmission

Conducteur Atelier 2

Mise en place :

Étaler sur la table les noms d’espèces en latin. Une fois une hypo­thèse convain­cante for­mu­lée, pla­cer en regard le nom fran­çais. Une fois plu­sieurs noms pla­cés, retour­ner les cartes, véri­fier les images et faire expli­quer le sens des mots latins. Donner la solu­tion. Demander de faire le même tra­vail avec les noms res­tants.

Consigne :

Élucider le sens des noms scien­ti­fiques en vous fon­dant sur leur décom­po­si­tion.

Donner le nom ver­na­cu­laire de ces espèces.

Solution des propositions à classer
GenusSpeciesVarietasVernaculaire
Semihomo
demi-homme
aenig­ma­phi­lus
qui aime les énigmes
Thebensis ori­gi­naire de ThèbesSphinx
Semihomoequi­cau­da
dont la queue (cau­da) est un che­val
bar­ba­rusCentaure
Semihomocapri­cau­da
dont la queue est une chèvre
sexo­phi­lus qui aime le sexeSatyre
Semihomopis­ci­cau­da
dont la queue est un pois­son
aqua­co­la
qui habite (cola) dans l’eau
Sirène
Semimortuus
demi-mort
vit­ta­tus
enve­lop­pé de ban­de­lettes (vit­tae)
ægyp­tia­nusMomie
Semimortuushemo­phi­lus
qui aime le sang
tran­syl­va­nien­sis
ori­gi­naire de Transylvanie
Vampire
Semimortuuspes­ti­lens
en mau­vais état, malade
cere­bel­li­vo­rus
qui mange des cer­veaux
Zombie
SemimortuusSpiritualis
sous forme d’esprit
inca­te­na­tus
enchaî­né
Fantôme
Simia
singe
hir­su­tacana­dien­sisSasquatch
Simiahir­su­tahima­layen­sisYéti
Simiahir­su­taame­ri­ca­naBigfoot
Metamorpheus
qui se trans­forme
higan­teusviri­dis
vert
Hulk
Metamorpheusver­si­pelles
loup-garou
lunae­ser­vus
esclave de la lune
Loup garou
Canistri­ca­pi­ta­lis
à trois têtes
infer­na­lisCerbère
Dracoali­fer
qui porte (fer) des ailes (ala)
ignis­puens
qui crache (spuens) le feu (ignis)
Dragon
Equusuni­cor­ni­fer
qui porte une seule corne
can­di­dus
blanc
Licorne
Orcusgigan­teuspue­ri­vo­rus
qui mange les enfants (pue­ri)
Ogre
Avis oiseauardens
qui brûle
immor­ta­lisPhénix
Homunculus
petit homme
ali­ferfata
Fée
Fée
Conclusions
  • Le nom d’espèce est des­crip­tif : forme, fonc­tion, ori­gine.
  • Le décom­po­ser per­met d’avoir accès à des infor­ma­tions inté­res­santes.
  • Mais en contra­dic­tion avec les nou­velles façons de défi­nir une espèce (non pas sous l’angle des­crip­tif, mais sous l’angle dia­chro­nique – au fil du temps – ou géné­tique).
  • N’importe quelle per­sonne sachant un peu de latin peut construire un nom scien­ti­fique cré­dible.

Annexe B : exemples de cartes

Les cartes sont conçues de façon à ce qu’elles pro­posent au rec­to un élé­ment de réflexion (géné­ra­le­ment un nom scien­ti­fique en latin), qu’il s’agit d’élucider ou de regrou­per en mobi­li­sant des connais­sances en zoo­lo­gie ou en langues anciennes. Chaque ate­lier a un objec­tif par­ti­cu­lier : recon­naître les ter­mi­nai­sons latines usuelles en zoo­lo­gie ou en bio­lo­gie, recon­naître les méca­nismes de construc­tion d’un binom, se rendre compte de l’aspect des­crip­tif du latin scien­ti­fique, se rendre compte de la dose d’arbitraire qu’il contient. Au ver­so se trouve géné­ra­le­ment la confir­ma­tion ou l’infirmation des hypo­thèses des joueurs.

Atelier « monstres »

Crédit pho­to­gra­phique :
« Lapithe com­bat­tant un cen­taure », British Museum, pho­to­graphe incon­nu, Wikimedia Commons, domaine public.

Atelier « terminaisons »

Crédit pho­to­gra­phique :
recons­ti­tu­tion d’une femme néan­der­ta­lienne (2004), Cro-Magnons Conquered Europe, but Left Neanderthals Alone, Wikimedia Commons, licence CC.

Atelier « métaphores »

Crédit pho­to­gra­phique :
lam­py­ris noc­ti­lu­ca : Wikimedia Commons, licence CC ;
Lucifer de Liège, pho­to­gra­phie de Luc Viatour / https://​Lucnix​.be, licence CC.

Atelier décomposition/recomposition

Crédit pho­to­gra­phique :
chien : Wikimedia Commons, domaine public.

Annexe C : conclusion en forme de synthèse

Atelier 1 :

Les binoms sont for­més par le décou­vreur d’une espèce en fonc­tions de plu­sieurs cri­tères :

  • le lieu de décou­verte (en -ensis) ;
  • les gens qui l’ont influen­cé (en -ae ou -i : en l’honneur de…) ;
  • les liens de res­sem­blance (conte­nant une allu­sion à un nom propre) ;
  • le sou­ci de publi­ci­té (de l’humour pour atti­rer l’attention et les fonds).

Atelier 2 :

Les binoms sont for­gés à par­tir de cri­tères spé­ci­fiques :

  • des­crip­tion phy­sique (hir­su­tus) ;
  • ori­gine géo­gra­phique (en -ensis, -anus) ;
  • des­crip­tion de la fonc­tion (ignis­puens : qui crache du feu).

Les cri­tères visuels sont net­te­ment pri­vi­lé­giés.

Atelier 3 :

En dehors du binom, les mots cou­rants en SVT sont ordi­nai­re­ment issus du latin ou du grec, selon le mode de la méta­phore ou de la com­pa­rai­son. Il suf­fit donc de tra­duire en latin le mot ver­na­cu­laire ori­gi­nal pour avoir un mot qui sonne scien­ti­fique, donc sérieux.

Connaître le sens de la racine latine ou grecque per­met de visua­li­ser l’image d’origine et donc de mémo­ri­ser plus faci­le­ment à la fois le nom, la forme et la fonc­tion de l’élément. Par exemple, l’insuline, pro­duite par les îlots de Langerhans, reçoit donc logi­que­ment un nom déri­vé d’insu­la, l’île en latin.

Atelier 4 :

Le nom scien­ti­fique d’une espèce est obte­nu en mélan­geant des racines grecques et latines, de façon à décrire l’espèce. Il n’est pas impor­tant que le nom soit réel­le­ment latin ou grec, mais qu’il sonne latin ou grec. La fonc­tion du latin scien­ti­fique est de s’accorder sur un nom inter­na­tio­nal, peu importe la per­ti­nence de son conte­nu. Ainsi le kan­gou­rou est-il un Megapus gigan­teus, c’est-à-dire un « grand pied gigan­tesque », et le méga­thé­rium une « grosse bête » (du grec mega : grand, gros, et the­rion : bête). Ainsi, tra­duire le latin scien­ti­fique en langue de tous les jours, c’est s’exposer à une sévère dés­illu­sion et renon­cer à sa conci­sion. Non, les scien­ti­fiques ne sont pas plus intel­li­gents parce qu’ils uti­lisent du latin, en revanche, ils sont plus effi­caces.


Auteur

David Loaec, agré­gé de Lettres clas­siques, lycée de l’Élorn, Landerneau (29).


Pour citer cet article

David Loaec, « LCA et SVT : tenir la pro­messe du latin scien­ti­fique », Revue de péda­go­gie des langues anciennes, 2, 2023–2024, p. 209–230, mis en ligne le 21/12/2023.

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