Le thème latin en chansons : expérimentation



Résumé

Pour per­mettre aux élèves lati­nistes d’appréhender la langue latine dans toutes ses dimen­sions, la tra­duc­tion est une pra­tique néces­saire à la fois de la langue latine vers la langue fran­çaise et inver­se­ment. Cette acti­vi­té per­met de mettre en place une réflexion plus appro­fon­die sur les sys­tèmes des deux langues. Dans ce but, une expé­rience a été menée deux fois à vingt ans d’intervalle : tra­duire en latin des chan­sons contem­po­raines, en anglais et en fran­çais. Ce tra­vail, mené par groupes, a per­mis de mettre en évi­dence plu­sieurs avan­tages de la tra­duc­tion de textes que les élèves peuvent choi­sir d’après leurs affi­ni­tés propres : moti­va­tion, impli­ca­tion, recherche en auto­no­mie, mais sur­tout créa­tion lin­guis­tique et appro­pria­tion du lexique. En revanche, les béné­fices concer­nant l’aspect gram­ma­ti­cal sont plus contras­tés, mais peuvent ser­vir d’autant plus uti­le­ment au diag­nos­tic des carences des élèves dans ce domaine.

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Texte intégral

Faire mani­pu­ler les langues anciennes en cours de Langue et Culture de l’Antiquité au lycée est un défi de tous les jours, ou plu­tôt, avec un peu de chance, un défi de trois heures par semaine. Cet exer­cice tourne géné­ra­le­ment autour de la com­pré­hen­sion, de la tra­duc­tion et des exer­cices d’application. Or, pour faire en sorte que les élèves mani­pulent réel­le­ment la langue qu’ils sont cen­sés apprendre, il faut d’abord leur sor­tir de la tête les pré­ju­gés qu’ils apportent sou­vent avec eux dans la classe : le latin et le grec sont des langues dif­fi­ciles, ennuyeuses, incom­pré­hen­sibles et pour tout dire éli­tistes. La preuve : on ne leur pro­pose que des textes authen­tiques, c’est-à-dire des textes hyper­lit­té­raires tous plus com­pli­qués les uns que les autres, Tite-Live et Cicéron en tête, sans par­ler de Lucain ou de Sénèque. Pourtant, il n’est pas impos­sible de leur faire écrire latin, ou grec, et de leur y faire prendre plai­sir. Certains tiennent un jour­nal de bonnes nou­velles en latin, parlent latin au quo­ti­dien, font de l’e‑twinning en grec, etc. Pendant plu­sieurs années, le cours de latin de Landerneau a été ani­mé de musique et de chan­sons, en latin. Non pas de comp­tines ou de musique recom­po­sée « à l’antique », mais de suc­cès des trente ou qua­rante der­nières années, par­mi les­quels des « poin­tures » comme Whitney Houston, Tryo, Jean-Louis Aubert, Roch Voisine et tous ceux vers qui se por­taient les goûts des élèves à l’époque de cette expé­ri­men­ta­tion. Nous allons donc essayer de mon­trer com­ment un sup­port comme la chan­son, peu importe sa langue d’origine, peut s’avérer un point de départ pro­met­teur pour faire prendre la plume aux élèves et les faire mani­pu­ler une langue ancienne.

Comprendre les textes avant de les traduire

Comme dans tout tra­vail de tra­duc­tion, les objec­tifs de l’exercice se comptent au nombre de quatre : com­prendre, inter­pré­ter, choi­sir le plus impor­tant, trans­mettre. Il s’agit donc de per­mettre aux élèves de se mettre dans une pos­ture réflexive sur un texte qu’ils n’ont pas l’habitude de consi­dé­rer comme un vec­teur de sens, mais comme un vec­teur de plai­sir, sou­vent peu signi­fiant. Dans le cor­pus pro­po­sé par les élèves se trouvent lors du pre­mier test du pro­jet au début des années 2000 « I will always love you », inter­pré­té par Whitney Houston, « Tant pis », par Roch Voisine – ce qui ne nous rajeu­nit pas –, « Zombie », des Cranberries, « Tomber » de Gérald de Palmas et le pam­phlet éco­lo « Respire » de Mickey 3D, que nous trai­te­rons en détail en tant qu’étude de cas.

Du point de vue de la com­pré­hen­sion, en effet, les chan­sons en anglais, comme la reprise par Whitney Houston d’un suc­cès de Dolly Parton datant de 1974, sont en géné­ral consi­dé­rées comme des mor­ceaux de diver­tis­se­ment, sans réel sens que le vague sen­ti­men­ta­lisme qui se dégage du refrain. Le reste des paroles demeure, après véri­fi­ca­tion auprès des élèves, très mys­té­rieux, et prin­ci­pa­le­ment extra­po­lé d’après le contexte du film Bodyguard où elle appa­raît. La chan­son « Zombie », des Cranberries, est davan­tage encore imper­méable à la com­pré­hen­sion, étant don­né le peu de connais­sance des élèves à pro­pos du contexte de pro­duc­tion et des réfé­rences convo­quées dans la chan­son, de façon sou­vent allu­sive, sans par­ler de la voix haut per­chée de la chan­teuse, qui appa­raît sou­vent comme un frein à la com­pré­hen­sion. Beaucoup d’élèves s’imaginent d’ailleurs qu’elle traite lit­té­ra­le­ment de zom­bies, alors qu’il s’agit d’une dénon­cia­tion de l’état de guerre per­ma­nent en Irlande du Nord dans les années 1990 et d’une évo­ca­tion des enfants qui en sont vic­times.

C’est donc l’occasion rêvée d’un tra­vail inter­dis­ci­pli­naire entre les LCA et les langues vivantes : bien que les objec­tifs pour ces der­nières soient plu­tôt orien­tés en ce moment vers des aspects com­mu­ni­ca­tion­nels, des exer­cices de com­pré­hen­sion et de tra­duc­tion pure peuvent leur être pro­po­sés ponc­tuel­le­ment. C’est l’affaire d’une heure ou deux d’un tra­vail diver­tis­sant qui peut don­ner lieu à une inter­ac­tion avec le groupe de LCA, ou mieux, son impli­ca­tion totale quand le groupe n’est pas dis­sé­mi­né dans plu­sieurs classes, mais concen­tré dans une seule. Quoi qu’il en soit, lors de la mise en place de cet exer­cice, nous avions direc­te­ment tra­duit le texte en cours de Latin, étant don­né que les chan­sons anglaises du cor­pus étaient rela­ti­ve­ment courtes, et que le niveau des élèves était en seconde très suf­fi­sant pour ne pas com­mettre de contre­sens ou d’abus d’interprétation du texte ori­gi­nal. Les connais­sances lin­guis­tiques du pro­fes­seur de LCA peuvent aus­si ser­vir, au besoin, de garde-fou.

Les chan­sons en fran­çais ont, de leur côté, moins besoin d’une phase de com­pré­hen­sion directe, mais quand on inter­roge les élèves, il s’avère qu’ils n’ont pas réel­le­ment cher­ché à per­cer le sens pro­fond des paroles, puisqu’ils s’attachent sur­tout au refrain et à quelques for­mu­la­tions choc. En fin de compte, « Tant pis » et « Tomber » sont deux his­toires de rup­ture, et « Respire », réqui­si­toire expli­ci­te­ment éco­lo­giste, ne pose aucun pro­blème de contexte, de sous-texte ou de cryp­to­lo­gie avan­cée.

C’est sur­tout le texte des Cranberries qui donne du fil à retordre, tant sa for­mu­la­tion ellip­tique par­tage les cri­tiques anglo­phones, qui ne tombent pas d’accord eux-mêmes sur le sens à don­ner aux paroles, sur­tout au mot « zom­bie », qui reste nébu­leux1. La phase d’interprétation passe très vite, car elle repose sur les acquis de fran­çais, ou, en classe de seconde, sur l’apprentissage de la méthode du com­men­taire. En revanche, la trans­mis­sion, c’est-à-dire l’opération qui consiste à choi­sir le sens à mettre en évi­dence, est beau­coup plus riche.

Outils et découvertes

Même si les chan­sons s’appuient sur des textes assez expli­cites, on ne peut pas les tra­duire en ayant sim­ple­ment recours aux glos­saires habi­tuels, voire au voca­bu­laire mémo­ri­sé durant les trois ans de Latin au col­lège, à rai­son de deux ou trois heures par semaine sur trois ans. Les élèves étant sur­tout habi­tués à appli­quer leurs connais­sances lexi­cales et gram­ma­ti­cales du latin vers le fran­çais, et non l’inverse, ils sont peu pré­pa­rés à faire du thème, même à par­tir d’un texte simple. Ils ont donc besoin d’outils, si pos­sible très acces­sibles. La meilleure façon réside à mon avis dans un tra­vail en salle infor­ma­tique, sauf si le col­lège ou le lycée de la classe est assis sur une mine de Quicherat. On pour­ra pen­ser à quelques res­sources en ligne : sur le site Lexilogos2, il est pos­sible de trou­ver un nombre impres­sion­nant de liens inté­res­sants au mot clef « latin » : le Gaffiot3, le Quicherat4, le Decahors, le Goelzer5, etc. Ces res­sources sont dis­po­nibles tan­tôt par l’intermédiaire d’une case d’entrée asso­ciée au choix d’un dic­tion­naire, tan­tôt sous la forme d’un PDF simple ou navi­gable. Avec un peu de patience, de méthode et d’entrainement, les élèves prennent la main très faci­le­ment sur la somme d’informations – et de pages ! – à leur dis­po­si­tion, avec une pré­di­lec­tion pour les moteurs de recherche directs comme fr​.glosbe​.com ou grand​-dic​tion​naire​-latin​.com. Le site « Google tra­duc­tion » donne sou­vent de mau­vais résul­tats pour le latin. Pour ma part, je pré­fère uti­li­ser dico​la​tin​.com, qui cumule de façon très pra­tique les recherches latin-fran­çais et fran­çais-latin, même si son usage est limi­té en nombre de recherches.

On peut trou­ver aus­si assez faci­le­ment quelques idées dans le Lexicon recen­tis lati­ni­ta­tis édi­té par les édi­tions du Vatican6, dont une page est acces­sible en ligne7. Toutefois, ses entrées sont en ita­lien et sous forme de liste : aucune recherche dyna­mique n’est pos­sible ! Le prin­ci­pal écueil que l’on ren­contre avec ce glos­saire, à part sa langue d’origine, est qu’il fonc­tionne beau­coup sur le mode expli­ca­tif de la péri­phrase. Par exemple, le mot blitz, pour Blitzkrieg, est ren­du par incur­sio ful­mi­nea, non sans une image inté­res­sante, les blue jeans par bra­cae lin­teae cae­ru­leae ou encore over­dose par immó­di­ca medi­ca­men­ti stu­pe­factī­vi iniéc­tio ! Ce mode de fonc­tion­ne­ment, qui s’explique par le fait que les pro­po­si­tions des experts ne subissent pas le crible impla­cable de la com­mu­ni­ca­tion, de l’usage et encore moins du temps, rend l’utilisation des mots nou­veaux lourde et mal­ai­sée. La lon­gueur des néo­lo­gismes latins dis­suade tout emploi cou­rant et, plus encore, poé­tique ; il ne sau­rait pas non plus être ques­tion d’essayer de les faire coïn­ci­der avec une mélo­die pré­vue pour une autre langue. Après tout, si le Vatican s’autorise des néo­lo­gismes, autant les fabri­quer soi-même : ils n’en auront pas moins de légi­ti­mi­té. Il est bien sûr éga­le­ment pos­sible de lan­cer les élèves sur les pistes pro­po­sées par la fon­da­tion belge Fundatio Melissa8.


Avant de se plon­ger plus avant dans les cas concrets, il est d’ores et déjà pos­sible de mettre en évi­dence les points cru­ciaux qui manquent aux élèves, et qui par consé­quent nous ren­seignent sur les prio­ri­tés à adop­ter dans nos pro­gres­sions gram­ma­ti­cales pen­sées pour la ver­sion. En effet, pour que les élèves s’approprient le plus faci­le­ment pos­sible la phrase latine, ils ont besoin des repères les plus simples et les plus faci­le­ment trans­po­sables du fran­çais en latin. La ques­tion des pro­noms ana­pho­riques pose sou­vent pro­blème, car ils mélangent les fonc­tions et les valeurs de is, ea, id, hic, haec, hoc et ille, illa, illud, quand ils les connaissent. Une solu­tion facile à mettre en œuvre consiste à les inci­ter d’abord à uti­li­ser le plus cou­rant, ou celui qui leur vient auto­ma­ti­que­ment à l’esprit. Selon les classes, il s’agit tan­tôt de is, ea, id, tan­tôt de hic, haec, hoc, rare­ment, curieu­se­ment, d’ille, illa, illud, mal­gré sa plus grande proxi­mi­té avec le fran­çais. Une fois la pre­mière ver­sion de la tra­duc­tion à peu près abou­tie, il suf­fi­ra de mener une réflexion plus appro­fon­die sur la valeur du démons­tra­tif ou de l’anaphorique sur laquelle ils veulent insis­ter.

Par exemple, pen­dant la tra­duc­tion de « I will always love you », le vers 5 « bit­ters­weet memo­ries / that’s all I’m taking with me » donne un pre­mier jet qui res­semble à « memo­rias dul­ca­ma­riores / solum mecum aufe­ro ». Mais l’enjambement et la for­mule empha­tique « that’s all I’m » rendent néces­saire une reprise ana­pho­rique qui garde une proxi­mi­té avec le texte ori­gi­nal. Par consé­quent, les élèves ont choi­si d’ajouter has en début de vers, c’est-à-dire le démons­tra­tif de pre­mière per­sonne qui montre le lien entre le locu­teur et les sou­ve­nirs évo­qués : dul­ca­ma­riores memo­rias / has solum mecum aufe­ro. Ainsi la deuxième ver­sion est-elle gram­ma­ti­ca­le­ment plus claire, mais aus­si plus proche de la sen­si­bi­li­té de la chan­son.

Le deuxième point concerne la mani­pu­la­tion des temps et des modes, sans sur­prise, notam­ment les nuances du sub­jonc­tif, et sur­tout du condi­tion­nel, qui confine sou­vent au casse-tête en latin. Malgré un tableau de conju­gai­son, les élèves ont sou­vent du mal à mobi­li­ser leurs connais­sances, et à recons­truire un temps latin cohé­rent. Autant ils peuvent être per­for­mants en ver­sion, et ana­ly­ser très rapi­de­ment une forme ver­bale, autant le che­min inverse est labo­rieux et donne nais­sance à des monstres assez bizarres. Tous les pro­fes­seurs de langues anciennes ont sué sang et eau devant des formes ver­bales com­plexes lors de thèmes, il n’est donc pas éton­nant que les élèves ren­contrent les mêmes pro­blèmes. À mon sens, pour évi­ter de les décou­ra­ger, il est néces­saire de leur four­nir un tableau de conju­gai­son, de pré­fé­rence au for­mat papier, pour évi­ter les navi­ga­tions pesantes entre les dif­fé­rentes fenêtres déjà ouvertes sur leur écran d’ordinateur.

Enfin, les élèves ont aus­si ten­dance, comme on peut faci­le­ment le com­prendre en par­lant par exemple avec des pro­fes­seurs d’espagnol, à conju­guer les verbes en pre­mier recours au pré­sent, au pre­mier groupe et à la troi­sième per­sonne du sin­gu­lier, ce qui donne sou­vent des sur­prises dans une phrase. En effet, vu la fré­quence de ces verbes et sur­tout la sim­pli­ci­té de leur construc­tion, il est clair que les élèves les pri­vi­lé­gient. De même, à l’heure actuelle, tous les nou­veaux verbes que l’on crée en fran­çais sont des verbes du pre­mier groupe. Il convient donc de s’attendre à ce réflexe avant de com­men­cer le pro­jet, afin d’établir une stra­té­gie capable de le faire chan­ger. Il est par exemple pos­sible de créer une roue de conju­gai­son, avec trois disques concen­triques : le pre­mier conte­nant les cinq radi­caux de conju­gai­son, le deuxième les suf­fixes tem­po­rels et le der­nier les dési­nences per­son­nelles, de façon à ce que les élèves mani­pulent au sens propre la conju­gai­son et n’en res­tent pas à la lec­ture d’un tableau fixe. Une autre solu­tion est d’accepter dans un pre­mier temps les hypo­thèses for­mu­lées par les élèves, avant d’en faire une reprise col­lec­tive spé­cia­le­ment consa­crée aux verbes : en cor­ri­geant toutes les char­nières sujet-verbe une par une, il y a de grandes chances que la com­pré­hen­sion du sys­tème s’améliore, à condi­tion que la chan­son soit courte, sous peine d’écraser les élèves sous une répé­ti­tion fas­ti­dieuse.


Par ailleurs, il faut rendre jus­tice au tra­vail des élèves en ce qui concerne leur rap­port à la créa­tion lexi­cale. En effet, beau­coup d’expressions que l’on trouve dans les chan­sons modernes n’ont aucun équi­valent dans la langue latine, sur­tout les expres­sions ima­gées ; c’était donc un défi pour eux de créer des mots qui puissent retrans­crire des réa­li­tés incon­nues des Anciens. Par exemple, l’utilisation d’une forme impa­ri­syl­la­bique pour tra­duire le mot zom­bie, qui se prê­tait mal à une péri­phrase mais qui est de toute façon com­prise de tous : la forme zombs, is, m. est inté­res­sante à plu­sieurs titres, mais a l’avantage de mettre en pra­tique l’idée que les formes qui se ter­minent en double consonne (ps, bs, x) sont des formes de nomi­na­tif, et que les autres cas se déve­loppent sur le radi­cal du géni­tif.

Sans en faire un inven­taire exhaus­tif, il serait juste de rele­ver quelques trou­vailles : la tra­duc­tion de « bombe » par telum fla­grans, par exemple, montre un pas­sage par l’explication de la fonc­tion d’une bombe : être lan­cé comme un trait (telum) et explo­ser (fla­grare). Puisque les Anciens ne connais­sant pas les sub­stances explo­sives, fla­grare (« brû­ler ») est inté­res­sant. Dans cette chan­son des Cranberries, le mot « tank » pose le même genre de pro­blème, réso­lu par la péri­phrase « char de guerre » et résu­mé en bel­li­car­rus, forme sou­dée équi­va­lant à un seul mot en anglais, et non bel­li car­rus, qui aurait été pos­sible, mais moins sug­ges­tif. Enfin, les « guns » sont tra­duits par une image trans­pa­rente : cata­pul­ta flam­mi­fe­ra. Là encore, flam­mi­fer est pris dans le sens lit­té­ral et presque éty­mo­lo­gique de « qui porte le feu » et non d’« enflam­mé », car après tout, les armes à feu dégagent des flammes et cata­pultent bien leurs muni­tions. Dans la tra­duc­tion de « Tomber », de G. de Palmas, l’expression « là n’est pas la ques­tion » est tra­duite par « de hoc non deli­be­ran­dum­st » avec une crase qui per­met de gagner une syl­labe et d’expliquer le fonc­tion­ne­ment d’est après necesse, par exemple ; le verbe « effleu­rer » devient « paene tan­gere ». Ce ne sont là que quelques exemples par­lants de ce que les élèves peuvent pro­duire comme inven­tion lexi­cale quand ils sont lais­sés libres de leur choix et qu’ils décident de décor­ti­quer dans une pre­mière étape le sens, la fonc­tion, l’aspect, la forme, les effets de la notion ou de l’objet qui n’existent pas en latin.

Étude de cas

Pour entrer un peu plus dans les détails, voi­ci une étude de cas por­tant sur « Respire » de Mickey 3D, paru en 2003 et tiré de l’album Tu vas pas mou­rir de rire, dont les paroles et la musique ont été com­po­sées par Mickaël Furnon et Aurélien Joanin.

Texte et traduction

1 Approche-toi petit, écoute-moi gamin
Je vais te racon­ter l’histoire de l’être humain
Au début y avait rien, au début c’était bien
La nature avan­çait, y avait pas de che­min
5 Puis l’homme a débar­qué avec ses gros sou­liers
Des coups d’pieds dans la gueule pour se faire res­pec­ter
Des routes à sens unique il s’est mis à tra­cer
Les flèches dans la plaine se sont mul­ti­pliées
Et tous les élé­ments se sont vus maî­tri­sés
10 En deux temps trois mou­ve­ments l’histoire était pliée
C’est pas demain la veille qu’on fera marche arrière
On a même com­men­cé à pol­luer les déserts 

Il faut que tu res­pires, et ça c’est rien de le dire
Tu vas pas mou­rir de rire, et c’est pas rien de le dire
Il faut que tu res­pires, c’est demain que tout empire
15 Tu vas pas mou­rir de rire, et c’est pas rien de le dire
 

D’ici quelques années on aura bouf­fé la feuille Et tes petits-enfants ils n’auront plus qu’un œil En plein milieu du front ils te deman­de­ront Pourquoi toi t’en as deux, tu pas­se­ras pour un con
20 Ils te diront « com­ment t’as pu lais­ser faire ça ? »
T’auras beau te défendre leur expli­quer tout bas
C’est pas ma faute à moi, c’est la faute aux anciens
Mais y aura plus per­sonne pour te laver les mains
Tu leur racon­te­ras l’époque où tu pou­vais
25 Manger des fruits dans l’herbe allon­gé dans les prés
Y avait des ani­maux par­tout dans la forêt
Au début du prin­temps, les oiseaux reve­naient

Refrain
 
Le pire dans cette his­toire c’est qu’on est des esclaves
Quelque part assas­sins, ici bien inca­pables
30 De regar­der les arbres sans se sen­tir cou­pables
À moi­tié défro­qués, cent pour cent misé­rables
Alors voi­là, petit, l’histoire de l’être humain
C’est pas joli joli, et j’connais pas la fin
T’es pas né dans un chou mais plu­tôt dans un trou
35 Qu’on rem­plit tous les jours comme une fosse à purin

Refrain
1 Appropinque fili, audi me pusio !
nam tibi nar­ra­bo his­to­riam homi­num
Principio nil erat, prin­ci­pio bene erat
Natura pro­gre­de­ba­tur sed nul­lum iter erat
5 tunc homines adve­ne­runt cum car­ba­ti­nis amplis
Ferientes pedi­bus ora ut reve­ren­tiam cap­tarent
Vias unum cur­sum tenentes pate­fa­cere coe­pe­runt
sagit­tae in pla­no mul­ti­pli­ca­tae sunt
Et omnia ele­men­ta ab istis rec­ta sunt
10 Celerrime citis­si­meque spes occi­sa est
Nec cras neque umquam retro vade­mus.
Deserta etiam pol­luere coe­pi­mus.  

Tibi res­pi­ran­dum­st, haud dif­fi­ci­lest illud dicere
Non riden­do morie­ris, dif­fi­ci­lest illud dicere
Tibi res­pi­ran­dum­st, cras omnia pejo­ra fiunt
15 Non riden­do morie­ris, dif­fi­ci­lest illud dicere 

Nonnullis annis per­icu­lis eva­dere non pote­ri­mus
Et nepotes tui sin­gu­los ocu­los habe­bunt
ipsa media in fronte. Et tibi roga­bunt
cur tu duos habeas tam­quam hebes vide­be­ris,
20 tibi dicent : quo­mo­do potuis­ti istos sinere hoc facere ?
Conaberis vane te defen­dere et ima voce expla­nare
tibi non fuisse culpam sed majo­ri­bus,
sed nemo ade­rit manus tuas ad lavan­das
Tempora nar­ra­bis qui­bus pote­ras
25 gra­mi­ni­bus jacens fruges in pra­tis edere,
Animalia fuisse ubique in sil­vis
Ac prin­ci­pio veris aves rur­sus volasse      



Haec pejo­ra in ista his­to­ria, ut ser­vi sumus
Aliquo loco sica­rii, sed hic non pos­su­mus
30 arbores adspi­cere nec nos qua­si nocentes sen­tire
Non plene offi­cio func­ti sumus, miser­ri­mi
Haec est, filiole, his­to­ria homi­num
Nec bel­la nec bona, nes­cio hujus finem
Non in caule natus es sed potius in fos­sa
35 Quae quo­ti­die imple­tur tam­quam ster­cu­li­num

Analyse

(Les points de gram­maire néces­saires sont annon­cés par l’abréviation  Gr .)

  • v. 1 : La pre­mière strophe com­mence par deux impé­ra­tifs dont les verbes ne sont pas dif­fi­ciles à trou­ver ; en revanche, les élèves ont ten­dance à rame­ner tous les impé­ra­tifs à la pre­mière décli­nai­son (*appro­pin­qua, *audia).  Gr  Cela néces­site une rapide révi­sion des modèles d’impératif.
  • v. 2–3 : L’asyndète du deuxième vers est res­ti­tuée par nam pour des rai­sons de com­pré­hen­sion. Évidemment, on ne se sou­cie pas des quan­ti­tés ni de la métrique, seule­ment du rythme. Pour la même rai­son, on place bene avant erat pour pro­fi­ter de l’élision du deuxième « e » bref.
  • v. 4 : Le vers résiste à une tra­duc­tion simple et les élèves pro­posent un déponent très long.  Gr  Le déponent pose pro­blème et néces­site une mise au point.
  • v. 5 : Le vers sui­vant impose l’utilisation d’un plu­riel à la place du sin­gu­lier géné­ral « l’homme », et la tour­nure idio­ma­tique « avec ses gros sou­liers » pose pro­blème. Sans réfé­rence claire, les élèves trouvent car­ba­ti­na dans le dic­tion­naire. L’utilisation d’amplus, à la limite de la redon­dance, s’explique par une tra­duc­tion mot à mot. Un Romain aurait sûre­ment eu du mal à com­prendre la for­mu­la­tion.
  • v. 6 : Nouvelle asyn­dète qui frise l’anacoluthe ; les élèves pré­fèrent un par­ti­cipe pré­sent appo­sé à homines. Une rela­tive de type « qui ferie­bant » était plus dif­fi­cile à construire du fait de l’éloignement de homines au vers pré­cé­dent.  Gr  Concordance des temps (cap­tarent).
  • v. 8 : Les élèves com­mencent à tra­duire plus faci­le­ment du fran­çais au latin, mais pré­fèrent un voca­bu­laire qui entre­tienne un lien direct avec le fran­çais, d’où le pla­no d’un latin ver­na­cu­laire plu­tôt qu’un cam­po plus clas­sique. Cela les libère sans leur impo­ser une contrainte lexi­cale sup­plé­men­taire : ils peuvent ain­si pro­po­ser, à par­tir du fran­çais, des mots qui ont l’air latin puis les véri­fier, avant d’éventuellement les incor­po­rer à la ver­sion défi­ni­tive.
  • v. 9 : La forme de par­fait pas­sif résiste à l’intuition : il faut insis­ter pour qu’ils n’écrivent pas rec­ta fue­runt. « Ab istis » vient de la néces­si­té de savoir qui « maî­trise », et du choix d’ajouter une nuance péjo­ra­tive qui cor­res­pond au ton de réqui­si­toire de la chan­son.
  • v. 10 : Deux expres­sions idio­ma­tiques dans le même vers, qui néces­sitent une pause inter­pré­ta­tive. Reformuler « en deux temps trois mou­ve­ments » en « très vite et très rapi­de­ment » ne pose pas de pro­blème ; en revanche, « l’histoire était pliée » est dif­fi­cile à rendre. Les élèves pro­posent, par extra­po­la­tion, « l’espoir était mort », d’où la tra­duc­tion.
  • v. 11 : La tra­duc­tion d’« on fera marche arrière » s’appuie sur l’exemple cano­nique « vade retro Satanas ». Il faut d’abord pas­ser par cras num­quam retro vade­mus pour ensuite res­ti­tuer une poly­syn­dète, qui donne nec cras nec umquam.  Gr La sépa­ra­tion entre umquam et l’adverbe de néga­tion nec est à expli­quer, ain­si que l’usage de rem­pla­cer nec par neque devant une voyelle.
  • v. 13–16 : Le refrain ne pose pas de pro­blème du moment que les élèves connaissent « delen­da est Carthago ». Le rythme dicte la crase entre dif­fi­cile et est.  Gr  En revanche, le tibi néces­site une révi­sion du datif.
  • v. 14 : Le pro­blème posé par l’expression « mou­rir de rire » est réso­lue par l’exemple « come­dia cas­ti­gat riden­do mores ».
  • v. 17 : Le deuxième cou­plet s’ouvre sur une nou­velle expres­sion idio­ma­tique dont le sens n’est pas très clair, mais qui est inter­pré­tée par « nous ne pour­rons pas évi­ter les dan­gers ».
  • v. 19 : L’expression « en plein milieu » donne l’occasion d’étudier les pro­lepses, dont les élèves sont friands, parce qu’elles per­mettent de faire du style à peu de frais.
  • v. 20 : « Videberis » est un nou­veau déponent qui vient alour­dir le vers. Il était ten­tant de trou­ver un mot qui tra­duise « con », mais le dic­tion­naire n’en donne pas, au grand dam des élèves, qui se rabattent sur hebes.
  • v. 22–23 : Application des pro­po­si­tions infi­ni­tives, même futur déponent que mori et vide­ri, réuti­li­sa­tion de culpa et de majores vus dans mea maxi­ma culpa et mos majo­rum.
  • v. 24 : Complément de but avec ad + forme en -ndus, a, um, et réuti­li­sa­tion de la pro­lepse pour amé­lio­rer le style.
  • v. 29 : Le der­nier cou­plet com­mence par une cor­ré­la­tion entre haec… et un ut expli­ca­tif assez peu clas­sique et une confu­sion entre le com­pa­ra­tif et le super­la­tif.
  • v. 31 : « Sans se sen­tir cou­pable » abou­tit à une for­mu­la­tion dif­fi­cile à com­prendre, de même que l’expression « à moi­tié défro­qués » qui laisse les élèves per­plexes. Ils pro­posent mal­gré tout « nous n’avons pas rem­pli notre fonc­tion », à défaut de com­prendre réel­le­ment les inten­tions du texte fran­çais : défro­qués au sens reli­gieux ? Sans pan­ta­lon ? Les deux ?
  • v. 32 : « Cent pour cent », trop long, est rem­pla­cé par un super­la­tif inten­sif qui fait bien l’affaire.
  • v. 34 : Expression idio­ma­tique ren­due par une alliance assez satis­fai­sante entre « beau » et « bon ». En revanche, au lieu d’écrire cujus nes­cio finem, ils pré­fèrent nes­cio hujus finem.
  • v. 36 : La tra­duc­tion de « on » passe faci­le­ment par le pas­sif, en revanche la « fosse à purin » est une décou­verte, y com­pris pour le pro­fes­seur !

Bilan

Quel bilan d’étape peut-on tirer de cette pre­mière expé­rience ? Premièrement, que les prin­ci­pales dif­fi­cul­tés viennent d’expressions idio­ma­tiques peu claires qui résistent à la trans­po­si­tion en latin. Deuxièmement, que les notions de gram­maire à revoir sont assez peu nom­breuses et qu’elles sont par­fois réso­lues par le recours à des exemples cano­niques : delen­da est Carthago, come­dia cas­ti­gat riden­do mores, mos majo­rum, mea culpa, vade retro Satana sont des expres­sions connues de tous, et très utiles pour faire appli­quer une règle gram­ma­ti­cale.

Vingt ans après

Vingt ans après les pre­mières expé­ri­men­ta­tions sur des chefs d’œuvre de Roch Voisine et Mickey 3D, nous avons réité­ré l’expérience avec, cette fois-ci, un groupe d’élèves de ter­mi­nale, qui a choi­si de tra­duire les œuvres « Tout va bien » d’Orelsan et « Emmenez-moi » de Charles Aznavour. Ils ont sui­vi le même che­mi­ne­ment que leurs pré­dé­ces­seurs9 : une heure de com­pré­hen­sion et de mise en com­mun du voca­bu­laire, au terme de laquelle ils ont tra­duit le refrain de façon très gui­dée par le pro­fes­seur. Par la suite, deux heures ont été consa­crées à la tra­duc­tion des strophes, en groupes for­més de deux ou trois élèves, et créés spon­ta­né­ment par affi­ni­tés. C’était un cal­cul non pas péda­go­gique, mais de visi­bi­li­té. Évidemment, les bons élèves ont ten­dance à tra­vailler ensemble, et ceux qui ont plus de dif­fi­cul­tés se retrouvent aus­si par affi­ni­té. Cela a le mérite de mettre en évi­dence cer­taines dif­fi­cul­tés qui seraient mas­quées dans un tra­vail en groupes hété­ro­gènes : pour les besoins de la démons­tra­tion, ces groupes ont été lais­sés tels quels, mais cela n’empêche pas de tirer au sort les groupes pour une autre ses­sion.

Posologie et précautions d’emploi

Le tra­vail semble pou­voir être fait en quatre heures pour tous les groupes à condi­tion que le texte tienne dans les normes des chan­sons de trois ou quatre minutes : plus la chan­son est courte, plus les for­mu­la­tions pro­blé­ma­tiques sont rares, et plus la varié­té du pro­pos est mince. Pour plus de sécu­ri­té, et pour évi­ter de com­pro­mettre la fraî­cheur intel­lec­tuelle des élèves avant d’autres cours, tant l’exercice consomme de res­sources cog­ni­tives, il semble plus rai­son­nable de tabler sur cinq à six heures pour une chan­son com­plexe comme celles de Mickey 3D ou de Charles Aznavour. Vaut-il mieux quatre heures d’affilée, deux fois deux heures ou trois fois une ? Nous n’avons tes­té qu’une solu­tion, qui ne se révèle pas plei­ne­ment satis­fai­sante : un tra­vail de deux heures de suite un ven­dre­di après-midi : les élèves sont asphyxiés intel­lec­tuel­le­ment au bout d’une heure d’un tra­vail intense dic­té par leur immer­sion dans le pro­jet. Même après une pause consé­quente, le tra­vail de la deuxième heure n’est jamais ni aus­si intense, ni d’aussi bon niveau. Les col­lègues des cours sui­vants, en revanche, notent une sen­sible baisse de ren­de­ment, et sont en géné­ral très sur­pris d’apprendre à quoi elle est due.

Bilans d’étape après trois et cinq heures de travail

Voici ce que l’on obtient de la part de quatre groupes dif­fé­rents sur la chan­son d’Aznavour citée ci-des­sus, après trois heures de tra­vail, puis au terme de l’activité en groupes, après cinq heures. Les noms des groupes sont ceux choi­sis par les élèves eux-mêmes.

Productions des groupes 1 et 2

Version ori­gi­naleGroupe 1 (ARLADE)Groupe 2 (IRISOLCLEM)
Vers les docks
Où le poids et l’ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alour­di De fruits, les bateaux 

Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux
Des idées vaga­bondes
Aux reflets de ciels bleus
De mirages 

Traînant un par­fum poi­vré
De pays incon­nus
Et d’éternels étés
Où l’on vit presque nu
Sur les plages 

Moi qui n’ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J’aimerais débar­bouiller ce gris
En virant de bord 

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des mer­veilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil 

Dans les bars à la tom­bée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d’amour
Un verre à la main 
Je perds la notion des choses
Et sou­dain ma pen­sée M’enlève et me dépose
Un mer­veilleux été
Sur la grève 

Où je vois ten­dant les bras
L’amour qui comme un fou
Court au-devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve 

Quand les bars ferment,
Que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu’au matin
Debout sur le port 

Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des mer­veilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil 

Un beau jour sur un rafiot cra­quant
De la coque au pont
Pour par­tir je travaillerai(s) dans
La soute à char­bon 
Prenant la route qui mène
À mes rêves d’enfant
Sur des îles loin­taines
Où rien n’est impor­tant
Que de vivre 

Où les filles alan­guies
Vous ravissent le cœur
En tres­sant m’a‑t-on dit
De ces col­liers de fleurs
Qui enivrent 
Je fuirai(s) lais­sant là mon pas­sé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libé­ré
En chan­tant très fort 

Refrain
Ad cre­pi­dines
quo pon­dus et odium
me cur­vant dor­sum
adve­niunt ven­te­ri­bus gra­va­tis fruc­ti­bus naves
 
veniunt ab fine ter­rae
affe­rentes se cum
ideam vaga­bon­dam
reper­cus­si­bus cae­lum cae­ru­leum som­nium
 
tra­hentes odo­rem pipe­ra­tum
ter­raes inco­gnites
ac aestes sem­pi­ternes
ubi vivunt paene nudi
super lita
 
ego qui cogno­vi tota vita
solum cae­lum sep­tem­trio
ama­rem deter­gere is cine­reus vario litus
— 3 heures
abdu­cite me ad finem ter­rae
abdu­cite me ad ter­ram mira­cu­lo­sam
mihi vide­tur eges­ta­tem fore
minus one­ro­sam in sole
 
In taver­nis fine dies
Cum nau­tis
Quando ora­tiunt pue­lae et amor
Poculum manus
 
Perdo notio res
Ac subi­tus cogi­ta­tio
Me Tollit ac depo­nit
Miraculosa aes­ta
Super litus
 
 
Ubi video ten­den­tem brac­chia
Amorem qui cum amens
Currit ante me
Ac pen­deo
 
 
Cum cau­po­nae clau­dunt,
nau­tae
iun­gunt latus
ego cogi­to amplius usque mane
erec­tus super por­tu
 
abdu­cite me ad finem ter­rae
abdu­cite me ad ter­ram mira­cu­lo­sam
mihi vide­tur eges­ta­tem fore
minus one­ro­sam in sole
 
venus­to die super navi­cu­la cre­pante
ab alveo ad pon­tem
Ut exi­rem labo­ra­rem in
cela car­bo­ni
 
sec­tans viam quae ducit
ad som­nia pue­rilla
Ubi
nihil exsis­tit magnus
quod vivere
 
ubi puel­lae lan­gui­da­lae
delec­tis cor­dem
dic­tum est mihi nec­tentes
moni­la flo­rum
quae inebriant
 
fugam relin­quens prae­te­ri­tum
sine ulla culpa
sine impe­di­men­to et corde libe­ro
canens for­tis­sime.
Ad cre­pi­dines
ubi pon­dus et tae­dium
flec­tunt me dor­sum
adve­niunt ven­tri­bus gra­va­tis fruc­ti­bus naves
 
Veniunt ab fine ter­rae
Apportans cum ii
Ideis vaga­bun­dis
Caelus cae­ru­leus
ludi­brii
 
tra­hentes aro­ma­ta pipe­ra­ta
ter­rae inco­gni­tae
et aeter­na­rum aes­ta­tum
homines vivunt qua­si nudus
in litus
 
ego qui novi pende vita
cae­lus sep­tem­trio
ama­rem deter­gere is pul­lus
ver­so­ren­tens oram
 
 
 
 
 
 
in taber­nis occa­su diei
cum nau­tis
quan­do homines dicunt de puel­lis et amore
cum pocu­lo in manu
 
per­do noti­tiae rerum
et subi­tus mea cogi­ta­tio
adi­mo me et depo­no me
— 3 heures 
mira­cu­lo­rum aes­tias
in are­na
 
video brac­chia ten­den­tem
amo­rem qui quo­mo­do insa­nus
cur­rit ob me
et pen­do me cer­vix
meus som­nium
 
Quando taber­nis clau­dunt,
cum nau­tis petunt eorum labrum
ego som­nio in lucem
erec­tus in por­tus
 
Adducite me ad finem ter­rae
Adducite me ad ter­ram mira­cu­lo­sam
Mihi vide­tur eges­ta­tem fore
Minus one­ro­sam in Sole
 
Uno venus­to die in navi­gio cre­pi­to
Per alveum ad tabu­la­tum
Ut exi­rem ego labo­ra­rem
in labro car­bo­nis
 
Sectans viam quam ducit
Per som­nium par­vu­li
Ex insu­lis lon­gin­quis
Quo nihil non est gra­vis
Cum vivet
 
Quo puel­lae lan­gui­du­lae
Vobis rapiunt cor­dem
Dictum est mihi nec­tentes
Manilia flo­rum
Quae inebriant
 
Ego fuge­rem relin­quens ibi meum prae­te­ri­tum
Sine ullo culpa
Sine inpe­di­men­tis et corde libe­ra­to
Canerem maxime ingens

Productions des groupes 3 et 4

Version ori­gi­naleGroupe 3 (THARNOL)Groupe 4 (TOMATÉ)
Vers les docks
Où le poids et l’ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alour­di
De fruits, les bateaux
 
Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux
Des idées vaga­bondes
Aux reflets de ciels bleus
De mirages
 
Traînant un par­fum poi­vré
De pays incon­nus
Et d’éternels étés
Où l’on vit presque nu
Sur les plages
 
Moi qui n’ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J’aimerais débar­bouiller ce gris
En virant de bord
 
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des mer­veilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil
 
Dans les bars à la tom­bée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d’amour
Un verre à la main
 
Je perds la notion des choses
Et sou­dain ma pen­sée
M’enlève et me dépose
Un mer­veilleux été
Sur la grève
 
Où je vois ten­dant les bras
L’amour qui comme un fou
Court au-devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve
 
Quand les bars ferment,
Que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu’au matin
Debout sur le port
 
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des mer­veilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil
 
Un beau jour sur un rafiot cra­quant
De la coque au pont
Pour par­tir je travaillerai(s) dans
La soute à char­bon
 
Prenant la route qui mène
À mes rêves d’enfant
Sur des îles loin­taines
Où rien n’est impor­tant
Que de vivre
 
Où les filles alan­guies
Vous ravissent le cœur
En tres­sant m’a‑t-on dit
De ces col­liers de fleurs
Qui enivrent
 
Je fuirai(s) lais­sant là mon pas­sé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libé­ré
En chan­tant très fort
 
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des mer­veilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil
Ad por­tus
quō pon­dus et aver­sio
me cur­vant dor­sum
pervĕ­hi­runt ventĕr gră­vis
fructŭs nāvĭgĭum
 
Venirent extre­mi­tas orbis
Apporto cum hi
Ideas vaga­bon­dus
Repercusus cae­lum cærŭlĕus
Miraes
 
Veho odor piper
Pātrĭa ignō­tus
Et æter­nus æstas 
Quo vic­tus pene nudite
In litus
 
Ego qui ne passŭs bonum tōtus vīta 
quod si cae­lum sep­tem­trio
præfĕr­rem collŭere eae cĭnĕrĕa indĕ ver­sor de direc­tio­nem
— 3 heures 
abdu­co ego extre­mi­tas ter­rae
abdu­co ego Pātrĭa mīrācŭ­lum
vide­turque quod si illuc mŏlestĭa
res minus lobo­rio­sus solis
 
in cau­po­na ad crĕ­puscŭ­lum
cum locu­tio filia et amor
pōcŭ­lum in măni­bus
amit­to nōtĭtĭam tem­po­ris
 
subi­tus
adi­mit et me depo­nit
mīrĭfĭ­ca æstae 
in līto
quo video ten­do brā­chĭum 
 
qui
ut demens
cur­rit ante 
Et cir­ca col­lum pen­det
De som­nio meo
 
Claustra clau­dunt,
Nautae
Extende in ore eorum
Ego usque ad mane som­nia
Stans in por­tu
 
Suscipe me usque ad extre­mum ter­rae
ut mihi in ter­ra mira­bi­li
Mihi vide­tur illa mise­ria
Minus dolet in sole
 
Pulchra die in rudens tub
Ex pup­pi ut ornare
Ut relin­que­ret opus in
De cal­cu­lus muni­tum
 
Accepta via quae ducit
Ad adu­les­cen­tia mea som­nia
De lon­gin­quis insu­lis
ubi nihil inter­est
Quam vivere
 
Quo lan­gui­dae
Delectas corum
A extrin­se­cus nun­tia­ve­runt mihi
Horum flo­ris moni­lia
qui inebriare
 
Fugirem meam prae­te­ri­tam ibi
Sine ulla pae­ni­ten­tia
Sine sar­ci­nis et corum dimi­sit
Cantus magna
 
Suscipe me usque ad extre­mum ter­rae
ut mihi in Terra Mirabili
Ad cre­pi­dines
quo pon­dus et fas­ti­dium
cur­vant me dor­sum
acce­dunt ven­tri­bus pon­de­rus naves fruc­tus
 
veniunt ab fine orbis
appor­tantes cum illis
ideas vaga­bun­deas
reper­cus­suum cae­lo­rum cae­ru­lo­rum ludi­brio­rum
 
tra­hens aro­mem pipe­ra­tum
ter­ra­rum inco­gni­ta­rum
et aeter­na­rum aes­ta­tum
unde vivit qua­si nudus
lite
 
Ego qui cogno­vi tota vita
Solum cae­lum sep­ten­trio­na­lem
ama­rem abs­ter­gere cine­rea
Viarians rec­tiem
— 3 heures 
Adducite me ad finem ter­rae
Adducite me ad ter­ram mira­cu­lo­sam
Mihi vide­tur eges­ta­tem fore
Minus one­ro­sam in sole
 
In Tabernis ad cre­pus­cu­lo
Cum nau­tis
Quando loqui­tur de puel­lis et amore
Poculo in manu
 
Perdo notio­nem rerum
Et subi­to cogi­ta­tio
Me Rapit et me depo­nit
Aestatem mira­bi­lem
in litore
 
Unde video ten­dens brac­chium
Amor qui sicut demen­tem
Currit ante me
Et Pendeo me col­lo
Somnii meii
 
Quando taber­nis clau­dunt,
Quo nau­tis
Iungunt ripam
Me som­nio etiam mane
Super Portu rec­tus
 
Adducite me ad finem ter­rae
Adducite me ad ter­ram mira­cu­lo­sam
Mihi vide­tur eges­ta­tem fore
Minus one­ro­sam in sole
 
Opportuno die super nave cre­pante
Ab alveo usque ad pon­tem
Ut exi­rem labo­ra­rem in
Cella car­bo­nis
 
Euntem viam qui ducit
In som­nio pue­ri
Super insu­lis lon­gin­quis
Unde nihil gra­vis est
Cum vivere
 
Unde puel­lae recum­bentes
Vestrum rapiunt cor­dem
Nectentes, Mihi dic­tum est,
Monilia flo­ras
Qui facere ebria
 
Fugerem reli­quens meum prae­te­ri­tum
Sine ulla culpa
Sine impe­di­men­to et corde libe­ra­to
Cantans for­tis­sime

Observations

On note plu­sieurs traits majeurs dans ce tra­vail au long cours : comme les élèves se sont grou­pés par affi­ni­tés, ils ont plus de chance de par­ta­ger les mêmes atouts et les mêmes fai­blesses. Le deuxième groupe avance plus rapi­de­ment que les trois autres, mais s’épuise intel­lec­tuel­le­ment sur la fin des trois heures de tra­vail. Les verbes ne sont plus conju­gués, et des mots incon­nus du dic­tion­naire font leur appa­ri­tion, comme pende qui se trouve inex­pli­ca­ble­ment à la place de « toute (ma vie) » (qua­trième strophe). De son côté, le groupe 3 par­tage le même inté­rêt pour l’histoire et la civi­li­sa­tion antiques, mais a du mal à se pas­sion­ner pour les aspects lin­guis­tiques du latin, ce qui se reflète dans la ver­sion pro­po­sée : les mots sont copiés-col­lés à par­tir du dic­tion­naire, comme le montre la pré­sence des quan­ti­tés voca­liques, sans sou­ci spé­ci­fique de décli­nai­son voire de conju­gai­son, ce qui donne une espèce de patch­work assez sym­pa­thique, mais fina­le­ment com­plè­te­ment sur­réa­liste. Ils m’assurent que ce n’est que le pre­mier jet, et que les conju­gai­sons seront réglées plus tard. Après tout, c’est une stra­té­gie comme une autre. Les groupes 1 et 4 fonc­tionnent assez bien, et font même des trou­vailles expres­sives, mais l’épuisement guette ; le haut niveau de com­plexi­té de la tâche deman­dée déjoue leur atten­tion, et les erreurs se glissent de plus en plus fré­quem­ment dans l’analyse du fran­çais et dans le ren­du flexion­nel du latin. Cela abou­tit à des formes impos­sibles à clas­ser dans aucune décli­nai­son, comme aestes sem­pi­ternes (au lieu d’aes­ta­tum sem­pi­ter­na­rum), ou encore aro­mem au lieu d’aro­ma ou mieux d’odores (pour « par­fum »). Il s’agit en fait plu­tôt d’une confu­sion dans les para­digmes, puisque les dési­nences sont valables, mais asso­ciées à des radi­caux d’une autre décli­nai­son.

Le tra­vail de tous les groupes semble un peu s’améliorer avec la pra­tique, même si l’on note tou­jours les mêmes tra­vers : ne pas conju­guer, ne pas décli­ner suf­fi­sam­ment. Le groupe 3, en revanche, est en totale rup­ture entre trois et cinq heures de tra­vail. Que s’est-il pas­sé ? On peut avan­cer, sans trop craindre de se trom­per, qu’il a eu recours au site Google tra­duc­tion : le tra­vail en entier est copié-col­lé à la fin des cinq heures. La cou­leur de fond grise (au niveau de la strophe 7), indique que le tra­vail est issu d’une même page web. De fait, en col­lant le texte de Charles Aznavour dans Google tra­duc­tion, on obtient au mot près la même pro­po­si­tion, majus­cules aber­rantes com­prises ! Ce réflexe d’aller au plus effi­cace, on l’observe aus­si beau­coup en langues vivantes, au prix d’un renon­ce­ment à tout recul cri­tique, car quand on fait appel à un tra­duc­teur auto­ma­tique, il est plus coû­teux de chas­ser les éven­tuelles erreurs que de faire le tra­vail deman­dé au départ ! Cela confirme l’hypothèse que le groupe était for­mé d’élèves plus moti­vés par la civi­li­sa­tion antique que par la langue latine.

Le pre­mier tra­vail per­met donc d’établir une typo­lo­gie assez pra­tique de ce que peut attendre le pro­fes­seur de LCA : un pano­ra­ma de groupes qui s’étalent entre ceux qui tra­vaillent sans s’investir en prio­ri­té dans la gram­maire, mais plu­tôt dans le lexique, et ceux qui regardent scru­pu­leu­se­ment leurs tableaux de décli­nai­son et de conju­gai­son. D’un point de vue dia­chro­nique, le point prin­ci­pal réside dans la baisse du ren­de­ment cog­ni­tif au cours du temps.

Fondu final

Étant don­né la lon­gueur du texte de Charles Aznavour, il aura au final fal­lu plus de six heures pour que les quatre groupes arrivent à pro­duire un texte rela­ti­ve­ment com­pré­hen­sible et cohé­rent en latin, et qu’ensemble ils choi­sissent la meilleure ver­sion de chaque vers par­mi les quatre textes pro­po­sés. Ainsi, « Emmenez-moi » devient « Adducite me » et les paroles défi­ni­tives res­semblent à ceci :

Version ori­gi­naleVersion com­po­site des élèvesVersion témoin du pro­fes­seur
Vers les docks
Où le poids et l’ennui
Me courbent le dos
Ils arrivent le ventre alour­di
De fruits, les bateaux
 
Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux
Des idées vaga­bondes
Aux reflets de ciels bleus
De mirages
 
Traînant un par­fum poi­vré
De pays incon­nus
Et d’éternels étés
Où l’on vit presque nu
Sur les plages
 
Moi qui n’ai connu toute ma vie
Que le ciel du nord
J’aimerais débar­bouiller ce gris
En virant de bord
 
Emmenez-moi au bout de la terre
Emmenez-moi au pays des mer­veilles
Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil
Dans les bars à la tom­bée du jour
Avec les marins
Quand on parle de filles et d’amour
Un verre à la main
 
Je perds la notion des choses
Et sou­dain ma pen­sée
M’enlève et me dépose
Un mer­veilleux été
Sur la grève
 
Où je vois ten­dant les bras
L’amour qui comme un fou
Court au-devant de moi
Et je me pends au cou
De mon rêve
 
Quand les bars ferment,
Que les marins
Rejoignent leur bord
Moi je rêve encore jusqu’au matin
Debout sur le port
 
Refrain
 
Un beau jour sur un rafiot cra­quant
De la coque au pont
Pour par­tir je travaillerai(s) dans
La soute à char­bon
 
Prenant la route qui mène
À mes rêves d’enfant
Sur des îles loin­taines
Où rien n’est impor­tant
Que de vivre
 
Où les filles alan­guies
Vous ravissent le cœur
En tres­sant m’a‑t-on dit
De ces col­liers de fleurs
Qui enivrent
 
Je fuirai(s) lais­sant là mon pas­sé
Sans aucun remords
Sans bagage et le cœur libé­ré
En chan­tant très fort
Minus one­ro­sam in sole
In taber­nis occa­su diei
cum nau­tis
quan­do loquun­tur de puel­lis et amore
cum pocu­lo in manu
 
Amitto noti­tias rerum
et subi­to cogi­ta­tione
rapior et depo­nor
aes­tate mira­bile
in are­na
 
ubi video brac­chia ten­den­tem
amo­rem qui sicut amens
cur­rit obvium mihi
et me pen­deo col­lo
som­nii mei.
 
Cum taber­nae clau­dun­tur
et nau­tae
petunt naves,
ego som­nio in lucem
adhuc stans in por­tu.
 
 
 
Venusto die super navi­cu­la
cre­pante ab alveo ad tabu­la­tum
ut exi­rem labo­ra­rem
in cel­la car­bo­nis.
 
sec­tans viam quae ducit
ad som­nia mea pue­ri­lia
in insu­lis lon­guin­quis
ubi nihil est grave
dum vivunt.
 
Ubi puel­lae blan­du­lae
rapiunt cordes ves­tros
Dictum est mihi nec­tentes
Monilia flo­rum
Quae inebriant.
 
Fugerem reli­quens meum prae­te­ri­tum
Sine ulla culpa
Sine impe­di­men­to et corde libe­ra­to
Cantans for­tis­sime
Circa hor­rea
ubi onus et fas­ti­dium
meum flec­tunt ter­gum
Adveniunt fruc­ti­bus gra­va­tae
in ven­tri­bus naves
 
Veniunt a fini­bus ter­rae
et secum affe­runt
ideas vaga­bun­das
ut fal­sas colo­reque cae­ru­leo
pic­tas ima­gines
 
tra­huntque odores pipe­ra­tos
a natio­ni­bus incog­ni­tis
aeter­nisque aes­ta­ti­bus
ubi vivunt qua­si nudi
in litore.
 
Ego qui solum novi tota vita
cae­lum sep­ten­trio­nis,
mihi pla­ce­ret deter­gere cine­rea
muta­reque direc­tio­nem
 
Adducite me ad finem ter­rae
Adducite me ad nationes mira­biles
Mihi vide­tur eges­ta­tem fore
minus one­ro­sam in sole.
In taber­nis occa­su diei
cum nau­tis
cum loqui­mur de puel­lis et amore
et tol­li­mus pocu­la
 
Amitto noti­ti­tam omnium rerum
et repente mente
tol­lor et depo­nor
aes­tate mira­bi­li
in are­na rudi
 
ubi video brac­chiam ten­den­tem
amo­rem meum qui sicut amens
curr­rit obvium mihi
et me pen­deo col­lo
som­nii mei.
 
Cum taber­nae clau­dun­tur
atque nau­tae
petunt naves suas,
adhuc som­nio in lucem
ac sto in por­tu.
 
 
 
Venusto die in cre­pante navi­cu­la
a care­na ad tabu­la­tum
Ut abeam, labo­ra­bo
in cel­la car­bo­nis.
 
Et sequar viam ducen­tem
ad pue­ri­lia som­nia mea
lon­gin­quas per insu­las
ubi nihil inter­est
nisi vivere
 
Ubi puel­lae blan­du­lae
valde te delec­tant
nec­tantes, ut dicunt,
illa moni­lia flo­rum
quae inebriant.
 
Fugiam relin­quans omnia prae­te­ri­ta
sine ulla culpa
expe­di­tus et corde liber­to
canam magna voce.

Finalement, le génie col­lec­tif du groupe per­met de réta­blir une cohé­rence gram­ma­ti­cale et de choi­sir les élé­ments les plus expres­sifs. Cependant, les struc­tures du texte source sont très scru­pu­leu­se­ment res­pec­tées, notam­ment les par­ti­cipes pré­sents, là où peut-être le latin aurait pré­fé­ré une subor­di­na­tion ou une coor­di­na­tion. Du point de vue du voca­bu­laire, cer­tains sous-enten­dus sont dif­fi­ciles à rendre, comme les « filles alan­guies », tra­duit par puel­lae blan­du­lae de façon peut-être plus bru­tale que vou­lue par l’auteur, ou bien les abs­trac­tions comme « débar­bouiller ce gris ». Cependant, une chose est cer­taine : les Romains de l’Antiquité ne liront jamais ces œuvres, et l’essentiel est que l’éventuel lec­teur moderne, c’est-à-dire fran­çais, lati­niste débu­tant et ado­les­cent, puisse y trou­ver du sens – ou les pro­fes­seurs du plai­sir.

Illusions perdues ?

Le tra­vail fait sur les chan­sons est une véri­table source de satis­fac­tion pour le pro­fes­seur de langues anciennes. En effet, sans doute parce que les élèves sai­sissent l’occasion qui leur est don­née de choi­sir leur propre mode de fonc­tion­ne­ment et leur propre objet d’étude, ils s’investissent à 100 % dans le pro­jet, au point de renon­cer par­fois à leur pause, ou de récla­mer de tra­vailler deux heures de suite pour aller au bout de leurs intui­tions au lieu de lais­ser souf­fler leur cer­veau dans des acti­vi­tés moins exi­geantes. Il est satis­fai­sant, aus­si, de les voir s’interroger sur le sens de telle ou telle for­mu­la­tion, de telle ou telle solu­tion latine. Il est satis­fai­sant, enfin, de les voir s’emparer d’une langue ancienne comme s’il s’agissait d’un outil quo­ti­dien de com­mu­ni­ca­tion, car à aucun moment per­sonne ne s’est deman­dé pour­quoi l’on tra­dui­sait une chan­son en latin, ni qui pour­rait bien lire leur tra­duc­tion.

Par ailleurs, ce pro­jet, même mené en fin d’année de ter­mi­nale, a mon­tré des béné­fices dans l’appropriation des réflexes de tra­duc­tion du latin vers le fran­çais. En effet, les dif­fi­cul­tés ren­con­trées à sérier les fonc­tions des com­plé­ments en fran­çais ont lais­sé des traces, et le tra­vail d’analyse de la phrase latine s’en est trou­vé d’autant ren­for­cé, puisque l’attention aux ter­mi­nai­sons, c’est-à-dire aux élé­ments gram­ma­ti­caux qui séparent les fonc­tions entre elles, a été décu­plée, sur­tout dans les groupes déjà atten­tifs aux aspects lin­guis­tiques des LCA. Les repères logiques fré­quem­ment uti­li­sés, de même que les subor­don­nants les plus fré­quents, sont beau­coup mieux repé­rés qu’auparavant dans les textes latins, faci­li­tant donc une com­pré­hen­sion plus auto­nome et plus directe de la struc­ture logique d’un texte. De même, les mar­queurs des modes et des temps ver­baux sont mieux repé­rés et tra­duits de façon plus fluide. En revanche, d’un point de vue lexi­cal, le voca­bu­laire très spé­ci­fique à chaque chan­son manque d’universalité et se révèle fina­le­ment dif­fi­ci­le­ment trans­po­sable aux réa­li­tés antiques. Au-delà de cet écueil pra­tique, les gains en voca­bu­laire résident sur­tout dans les expres­sions les plus créa­tives, les images frap­pantes qui ont fait l’objet d’un tra­vail de trans­po­si­tion créa­tif, et pour que l’exercice soit réel­le­ment for­ma­teur à long terme, il fau­drait faire l’effort de réem­ployer le voca­bu­laire vu à cette occa­sion dans des exer­cices spé­cia­le­ment conçus à cet effet, voire dans la tra­duc­tion de chan­sons dont les thèmes sont proches : ain­si les élèves pour­raient-ils conso­li­der leurs acquis et acqué­rir une réelle rou­tine de tra­duc­tion. À rai­son de trois chan­sons dans l’année, une par tri­mestre, les effets devraient à mon sens se faire sen­tir, mais cela n’a pas encore été tes­té. En ce qui concerne la conso­li­da­tion des acquis de cet exer­cice, elle est plus facile qu’après un tra­vail de ver­sion sur un texte. En effet, le fait même que le sup­port soit une chan­son incite à cher­cher une ver­sion chan­table en latin, et les élèves ne manquent pas de répé­ter d’eux-mêmes les pas­sages qui leur paraissent les plus appro­priés à la mélo­die. Évidemment, ce n’est pas le cas de toute la chan­son, mais de suf­fi­sam­ment de vers, en pro­por­tion, pour qu’une bonne par­tie du voca­bu­laire enga­gé soit répé­tée, et donc assi­mi­lée.

Mais c’est aus­si l’occasion de subir des dés­illu­sions. Ce n’est pas tant la connais­sance des struc­tures du latin qui pose pro­blème, que la (mé)connaissance des méca­nismes gram­ma­ti­caux de leur langue mater­nelle qui fait obs­tacle aux pro­grès des élèves. La prin­ci­pale dif­fi­cul­té est bien l’analyse gram­ma­ti­cale du texte source. Un énon­cé simple comme « le poids et l’ennui me courbent le dos » pose pro­blème dès lors que « me » est ana­ly­sé comme un com­plé­ment d’objet direct. Les com­plé­ments de temps, comme dans la phrase « ma pen­sée m’enlève et me dépose un mer­veilleux été sur la grève » posent aus­si pro­blème, car il est ten­tant d’identifier « un mer­veilleux été ! » comme un COD (à la ques­tion « me dépose quoi ? », on serait ten­té de répondre : « un mer­veilleux été ») et non comme un com­plé­ment de temps.

Le manque de pra­tique de l’analyse logique des struc­tures fran­çaises reste à mes yeux un des freins les plus puis­sants à l’écriture des élèves en langue ancienne. C’est pour­quoi il me semble inté­res­sant de pré­pa­rer le texte fran­çais dès le départ comme on peut pré­pa­rer un texte latin avant tra­duc­tion : non seule­ment repé­rer les verbes en vert, mais sur­tout les com­plé­ments qui se tra­duisent par les cas indi­rects, c’est-à-dire ceux qui entre­tiennent les rela­tions les plus lâches et les plus équi­voques avec le verbe. Ne serait-ce que les iden­ti­fier per­met­trait d’établir dès la phase de com­pré­hen­sion une rela­tion directe entre ces com­plé­ments et les dif­fé­rentes valeurs de l’ablatif, et dans une moindre mesure, du datif ou du géni­tif. Dès lors, un énon­cé comme « ils arrivent le ventre alour­di de fruits » devient clair et per­met de mettre à plat la valeur de l’ablatif, voire de l’ablatif abso­lu, et la valeur de com­plé­ment de moyen asso­cié à un par­ti­cipe pas­sé.

Conclusion

Pour ter­mi­ner, faire tra­vailler les élèves sur des chan­sons per­met, comme dans tout pro­jet de péda­go­gie action­nelle, de rendre les élèves maîtres de leurs appren­tis­sages : choi­sir le texte sup­port est déjà une rup­ture avec leur vécu sco­laire, dans la mesure où ils sont plus habi­tués à ce qu’on leur impose des textes choi­sis soit par le pro­fes­seur soit par l’institution, comme le fait le pro­gramme de fran­çais en pre­mière. Ainsi, ils se sentent plus impli­qués et plus valo­ri­sés dans leur par­cours. En outre, il ne dépend que d’eux d’interpréter le sens des textes qu’ils ont eux-mêmes choi­sis, et de mesu­rer la dis­tance que ces énon­cés impliquent entre la réa­li­té des Anciens et les nôtres. Se rendre compte de cet écart apporte une meilleure com­pré­hen­sion des civi­li­sa­tions anciennes, mais aus­si une créa­ti­vi­té lin­guis­tique libé­rée, puisque les élèves peuvent à leur gré créer les mots qui leur manquent.

Cependant, cela ne va pas sans un pilo­tage ser­ré de la part du pro­fes­seur, car il est bien évi­dem­ment néces­saire d’anticiper les obs­tacles qui ne man­que­ront pas de faire tré­bu­cher les tra­duc­teurs en herbe : leur pro­pen­sion à cal­quer les struc­tures gram­ma­ti­cales du fran­çais, leur ten­dance à uti­li­ser des groupes nomi­naux au lieu de subor­don­nées, à tout conju­guer au pre­mier groupe et à la troi­sième per­sonne, à tout décli­ner aux cas directs, et sur­tout à l’accusatif, etc. Le rôle du pro­fes­seur, en pro­dui­sant une ver­sion « témoin » de la tra­duc­tion atten­due, est de mettre au clair ces dif­fi­cul­tés, afin de faire por­ter les apports en gram­maire sur des besoins réels.

Enfin, les gains sont très inté­res­sants au moins à deux points de vue. D’abord, cela nous per­met d’avoir une éva­lua­tion diag­nos­tique assez fine de nos propres cours, puisque nous pou­vons mesu­rer le degré d’assimilation de telle ou telle notion gram­ma­ti­cale ou lexi­cale déjà étu­diée en vue de la ver­sion. Ainsi, au-delà de la pro­gram­ma­tion d’objectifs spé­ci­fiques au texte que les élèves auront choi­si, le thème sur chan­son nous per­met de retour­ner la chaus­sette péda­go­gique pour en voir l’envers : de l’application du latin vers le fran­çais, nous pas­sons à l’application du fran­çais vers le latin, avec tous les pro­ces­sus cog­ni­tifs que cela implique. Le gain semble clair au moins dans le pro­ces­sus de com­pré­hen­sion des struc­tures et des para­digmes ain­si que dans le pro­ces­sus de fixa­tion du lexique et des dési­nences flexion­nelles. D’autre part, la moti­va­tion des élèves est gran­de­ment ren­for­cée, car ils ne voient plus uni­que­ment dans le latin une langue morte dont le code sert à atteindre le sens de textes per­dus dans l’Histoire, mais une langue vivante appré­hen­dée comme matière pre­mière de créa­tion. Dans le même registre d’idées, les qua­li­tés d’autonomie, de col­la­bo­ra­tion, de débat et d’émulation sont très sol­li­ci­tées par ce genre de pro­jet.

Ainsi, faire écrire les élèves en cours de LCA peut s’appuyer sur une pra­tique du thème un peu déca­lée par rap­port aux thèmes d’imitation, sans par­ler des thèmes de concours : les dif­fi­cul­tés n’y sont pas des pièges, les élèves les res­sentent comme des défis à dépas­ser par le tra­vail et l’imagination. Les retours sont d’ailleurs très posi­tifs, et comme un bien­fait n’est jamais per­du, le groupe de pre­mière a déjà com­men­cé à se ren­sei­gner sur cette acti­vi­té, preuve de sa réus­site !


Bibliositographie

Bibliographie

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Low Peter, « Translating poe­tic songs : An attempt at a func­tio­nal account of stra­te­gies », Target, 15, 1, 2003, p. 91–110.

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Pruvost Céline, « Traduire la chan­son : un révé­la­teur de sa spé­ci­fi­ci­té », Vox popu­lar, 1/2 (Poésie et chan­son de la France à l’Europe), IASPM Italiana, 2017, p. 168–186, dis­po­nible en ligne sur http://​www​.vox​po​pu​lar​.it/​t​r​a​d​u​i​r​e​-​l​a​-​c​h​a​n​s​o​n​-​u​n​-​r​e​v​e​l​a​t​e​u​r​-​d​e​-​s​a​-​s​p​e​c​i​f​i​c​i​te/ (consul­té le 29/10/2022).

Sitographie

Anonyme, « Zombie (The Cranberries song) », Wikipedia : The free ency­clo­pe­dia, dis­po­nible en ligne sur https://​en​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​Z​o​m​b​i​e​_​(​T​he_ Cranberries_song)#Music_and_lyrics

Nègre Xavier, « Dictionnaire latin », Lexilogos, dis­po­nible en ligne sur https://​www​.lexi​lo​gos​.com/​l​a​t​i​n​_​d​i​c​t​i​o​n​n​a​i​r​e​.​htm (consul­té le 22/09/2022).

Pavanetto Cletus & Latinitas, « Parvum ver­bo­rum nova­to­rum léxi­cum » (d’après le dic­tion­naire Lexicon recen­tis lati­ni­ta­tis cité ci-des­sus), dis­po­nible en ligne sur https://​www​.vati​can​.va/​r​o​m​a​n​_​c​u​r​i​a​/​i​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​s​_​c​o​n​n​e​c​t​e​d​/​l​a​t​i​n​i​t​a​s​/​d​o​c​u​m​e​n​t​s​/​r​c​_​l​a​t​i​n​i​t​a​s​_​2​0​0​4​0​6​01_ lexicon_it.html (consul­té le 22/09/2022).

Melissa (fon­da­tion), dis­po­nible en ligne sur www​.fun​da​tio​me​lis​sa​.org (consul­té le 22/09/2022).


Notes

  1. L’encyclopédie en ligne Wikipédia, dans l’article anglais consa­cré à cette chan­son, recense quelques inter­pré­ta­tions du texte, notam­ment du titre (nous tra­dui­sons) : « O’Riordan n’a jamais révé­lé l’origine de la réfé­rence à un “zom­bie” dans les paroles, un concept qui admet une inter­pré­ta­tion per­son­nelle de sa signi­fi­ca­tion. Cependant, les opi­nions divergent par­mi les auteurs qui se penchent sur ce sujet. Ed Power a for­mu­lé sa propre hypo­thèse, disant que le mot Zombie était “un com­men­taire sur la façon dont les vieux pré­ju­gés qui per­durent aveu­glé­ment pen­dant des siècles peuvent réduire les capa­ci­tés de juge­ment indé­pen­dant”. Ed Fuller, dans un com­men­taire, a sup­po­sé que peut-être la méta­phore “redonne vie aux enfants dont les morts ont ins­pi­ré l’écriture de O’Riordan”. Sonia Saraiya a un avis dif­fé­rent : pour elle, le Zombie ne repré­sente pas les enfants morts, mais “les enfants morts qui peuplent votre esprit ; les dépouilles dont vous avez vu les images et que vous ne pou­vez plus vous sor­tir de la tête.” ». Disponible sur https://​en​.wiki​pe​dia​.org/​w​i​k​i​/​Z​o​m​b​i​e​_​(​T​he_ Cranberries_song)#Music_and_lyrics (consul­té le 24 octobre 2022). ↩︎
  2. Portail d’accès aux dic­tion­naires latins de Lexilogos : https://​www​.lexi​lo​gos​.com/​l​a​t​i​n​_​d​i​c​t​i​o​n​n​a​i​r​e​.​htm. ↩︎
  3. Dictionnaire Gaffiot (ver­sion de 1934) : https://​www​.lexi​lo​gos​.com/​l​a​t​i​n​/​g​a​f​f​i​o​t​.​php, ou (ver­sion revue en 2016) : https://​archive​.org/​d​e​t​a​i​l​s​/​g​a​f​f​i​o​t​d​i​c​t​i​o​n​n​a​i​r​e​l​a​t​i​n​f​r​a​n​c​a​i​s​1​9​3​4​v​e​r​s​i​o​n​n​u​m​e​r​i​s​e​e​k​o​m​a​r​o​v​2​016. ↩︎
  4. Dictionnaire Quicherat (ver­sion 1906) : https://​archive​.org/​d​e​t​a​i​l​s​/​l​a​t​i​n​_​d​i​c​t​/​p​a​g​e​/​n​3​/​m​o​d​e​/​2​u​p​?​v​i​e​w​=​t​h​e​a​ter. ↩︎
  5. Dictionnaire Goelzer : https://​archive​.org/​d​e​t​a​i​l​s​/​n​o​u​v​e​a​u​d​i​c​t​i​o​n​n​a​0​0​g​o​e​l​/​m​o​d​e​/​2​u​p​?​v​i​e​w​=​t​h​e​a​ter. ↩︎
  6. Karl Eggert & Adelaide Maria Giannangeli (éd.), Lexicon recen­tis lati­ni­ta­tis, Libreria edi­trice Vaticana, Vatican, 2020. ↩︎
  7. https://​www​.vati​can​.va/​r​o​m​a​n​_​c​u​r​i​a​/​i​n​s​t​i​t​u​t​i​o​n​s​_​c​o​n​n​e​c​t​e​d​/​l​a​t​i​n​i​t​a​s​/​d​o​c​u​m​e​n​t​s​/​r​c​_​l​a​t​i​n​i​t​a​s​_​2​0​0​4​0​6​0​1​_​l​e​x​i​c​o​n​_​i​t​.​h​tml. ↩︎
  8. Attention à ne pas confondre le site en latin www​.fun​da​tio​me​lis​sa​.org avec le site de l’agence spa­tiale euro­péenne dédié au recy­clage des déchets dans l’espace www​.melis​sa​foun​da​tion​.org ! ↩︎
  9. Pour la méthode, voir l’annexe I p. 84 (« Proposition de méthode pour tra­duire une chan­son en latin ») ; pour un aper­çu des pro­duc­tions, voir l’annexe II p. 85 (« Quelques réa­li­sa­tions concrètes »). ↩︎

Annexes

Annexe 1 : Proposition de méthode pour traduire une chanson en latin

  1. Choisir le texte, défi­nir le cadre tem­po­rel de l’exercice.
  2. S’assurer de la com­pré­hen­sion lit­té­rale et en pro­fon­deur (inter­dis­ci­pli­naire LV le cas échéant).
  3. Mettre en valeur les dif­fi­cul­tés d’ordre lexi­cal et prag­ma­tique :
    • notions et objets ana­chro­niques en latin.
  4. Travail sur le lexique.
    • recherche du voca­bu­laire néces­saire déjà connu ou faci­le­ment mobi­li­sable ;
    • éla­bo­ra­tion du voca­bu­laire man­quant par calque, péri­phrase ou créa­tion ex nihi­lo.
  5. Repères de gram­maire :
    • struc­ture de la phrase latine ;
    • mor­pho­lo­gie géné­rale du verbe et des décli­nai­sons ;
    • dis­tri­bu­tion de roues à décli­ner / à conju­guer, ou de tableaux de conju­gai­son / de décli­nai­son ;
    • repé­rage des élé­ments à tra­duire par des cas indi­rects ;
    • éven­tuel­le­ment, points de gram­maire spé­ci­fiques au texte choi­si.
  6. Repères de méthode :
    • quels outils infor­ma­tiques pour quels usages ;
    • pré­pa­rer les onglets vers les liens utiles (dic­tion­naires, lexiques) ;
    • pré­pa­rer son docu­ment texte pour un tra­vail opti­mal.
  7. Distribution d’un digeste de gram­maire en trois ou quatre pages.
  8. Traduction en auto­no­mie en salle infor­ma­tique :
    • bilans d’étape toutes les deux heures : mise en com­mun des dif­fi­cul­tés et des solu­tions ;
    • bilan final ;
    • mise en com­mun des pro­po­si­tions et éla­bo­ra­tion d’une ver­sion finale ;
    • éven­tuel­le­ment, reprise sty­lis­tique : com­ment faire « plus latin » ;
    • éven­tuel­le­ment, com­pa­rai­son avec la « ver­sion témoin » du pro­fes­seur et débat.
  9. Mise en voix (inter­dis­ci­pli­naire : musique) et publi­ca­tion du résul­tat (inter­dis­ci­pli­naire : Création et Innovation Technologiques).
  10. Écrit réflexif : qu’ai-je gagné à cet exer­cice ?

Annexe 2 : Quelques réalisations concrètes

« Zombie »
(The Cranberries)

Man’s inhu­ma­ni­ty to man
And worse still to child
Another head hangs low­ly
Child is slow­ly taken
And the vio­lence cau­sed such silence
Who are we mis­ta­ken
But you see it’s not me
It’s not my fami­ly
In your head, in your head
They’re figh­ting
With their tanks and their bombs
And their bombs and their guns
In your head
In your head they’re crying
In your head Zombie
What’s in your head
In your head Zombie
Another mother’s brea­kin
Heart is taking over
When the vio­lence
Causes silence
We must be mis­ta­ken
It’s the same old theme since 1916
In your head
In your head they’re still figh­ting
With their tanks
In your hear they’re dying
In your head in your head, Zombie
What’s in your head, in your head
Zombie…
« De Zombe »
(car­men a The Cranberries scrip­tum

Hominum cru­de­li­tas homi­ni­bus
Et pejus etiam infan­ti­bus
Alterum caput pen­det humile
Infantes lente capiun­tur
Et a vi tale silen­tium natum est
Qui sumus nisi errantes
Sed vides me non esse
Nec fami­liam meam
In capite tuo, capite tuo
Pugnant
Cum bel­li­car­ris, telis fla­gran­ti­bus
Telisque fla­gran­ti­bus et cata­pul­tis flam­mi­fe­ris
In capite tuo,
In capite tuo flent
In capite tuo, Zombs
Quid in capite
In capite tuo, Zombs
Alter fra­gi­lis cor
alte­rius matris ea poti­tur
Cum a vi silen­tium
nas­ci­tur
Certe fal­li­mur
Eadem vetus can­ti­le­na ab anno MMDCLXIX
In capite tuo
In capite tuo adhuc pugnant
Cum bel­li­car­ris
In capite tuo moriun­tur
In capite tuo capite tuo, Zombs
Quid in capite, in capite tuo
Zombs…
« I will always love you »
(Whitney Houston) 

If I should stay
Well I would only be in your way
And so I’ll go, and yet I know
I’ll think of you each step of the way
 
And I will always love you
I will always love you
Bitter-sweet memo­ries
That’s all I’m taking with me
Good-bye, please don’t cry
‘Cause we both know that I’m not
What you need
 
But I will always love you
I will always love you

 
And I hope life, will treat you kind
And I hope that you have all
That you ever drea­med of
Oh I do wish you joy
And I wish you hap­pi­ness
But above all this
I wish you love

I love you
I will always love you

I, I will always, always love you
« Semper te ama­bo »
(Whitney Houston) 

Si per­ma­ne­rem
Tantum iti­ne­ri­bus tuis obs­ta­rem,
Itaque pro­fi­cis­car, sed scio
Me de te puta­tu­ram pro­gre­diente
 
Semperque te ama­bo
Te sem­per ama­bo.
Memorias dul­ca­ma­riores
Has solum mecum aufe­ro
Igitur vale, quae­so, noli flere,
nam sci­mus ambi me non esse
eam qua tibi opus est
 
Sed sem­per te ama­bo
Te sem­per ama­bo.
 
Speroque vitam tibi levem (fore)
Et spe­ro te omnia habi­tu­rum,
quae sem­per desidera(vi)sti
O tibi reve­ra opto lae­ti­tiam
atque feli­ci­ta­tem tibi opto
Sed maxime spe­ro
te amo­rem inven­tu­rum (esse).
 
Ac te amo
Te sem­per ama­bo.
Te sem­per ama­bo
« Tant pis »
(Roch Voisine)

Et si j’ai tort
de lire dans tes pen­sées
où rien de beau
ne m’échappe, à part toi
seuls quelques silences
m’effleurent encore quand je danse
Je n’ai plus de rai­son d’aimer.
 
Et tant pis si je me détruis
Et je fais le tour
De tes mots, tes pro­messes
Et tes envies d’ailleurs
Et tant pis si tu m’interdis
D’être pour toi l’unique objet
De tes dési­rs mêmes obs­curs.
 
Et fière ou non
Là n’est pas la ques­tion
Et je n’attends rien
De tes ombres, de tes efforts
J’ai pris au soleil
Le feu qui manque à ton corps
Et per­du ton âme à l’horizon
 
Refrain
 
Je m’attends à tout sauf à toi
Je ne t’aurai jamais que pour moi
Et quand j’y crois ton cœur n’ose pas
 
Alors tant pis si je me détruis
Et je fais le tour
De mes mots, de mes fai­blesses
Et mes envies d’ailleurs
Et tant pis si tu m’interdis
D’être pour toi l’unique objet
De ton désir
Je reste pur mal­gré ma bles­sure.
« Nec grave est »
(Roch Voisine)

Et ego si fal­lor
Qui legam in mente tua
Ubi nil pul­chri
me aufu­git nisi tu
Solum non­nul­la silen­tia
Paene me tan­gunt quan­do sal­to
Non jam habeo ratio­nem aman­di.
 
Nec grave est si me deleo
Et cir­cu­meo
Verba tua, pro­mis­sa
Et cupi­di­tates alio­rum loco­rum
Nec grave est si me pro­hibes
Tibi solam rem esse
libi­di­num et obs­cu­ra­rum
 
Superba sit annon
de hoc non deli­be­ran­dum­st
Nihil expec­to
ab umbris, a labo­ri­bus tuis
A sole rapui
Flammam quae deest tuo cor­po­ri
Et ani­mam tuam per­di­di in hori­zonte
 
 
 
Omnia expec­to nec te
Numquam tu eris tan­tum mihi
Sed quan­do id cre­do, cor tuum non audet.
 
Tum non grave est si me deleo
Et cir­cu­meo
Verba mea, debi­li­tates meas
Et cupi­di­tates alio­rum loco­rum
Nec grave est si me pro­hibes
Rem esse solam
libi­di­nis tuae
Purus rema­neo etsi vul­ne­ra­tus.
« Tomber »
(chan­son écrite par G. de Palmas et M. Le Forestier)

À la porte côté seuil
Toutes ces feuilles qui sont mortes
Toutes ces pelles que je ramasse
Ça me rap­pelle à ma place
 
Dix heures tu m’as lais­sé
Tout seul du mau­vais côté
Dix heures j’ai pas la clef
Tombée, tom­bée
Dix heures même en été
La pluie ne m’a pas lâché
Dix heures tu m’as lais­sé
Tomber, tom­ber.
 
À la porte, côté seuil
Tous ces deuils que l’on trans­porte
Toutes ces fleurs
Toutes ces cou­ronnes
Je n’ai plus peur de per­sonne
 
Et si tu passes par là
Dans ton camion benne
Ne me ramasse pas
C’est pas la peine…
« Cadere »
(car­men a Gerald de Palmas ac Maxime Le Forestier scrip­tum) 

Ante limen januae
Omnes foliae quae mor­tuae sunt
Omnes repul­sae quas acci­pio
In locum me redu­cunt
 
Decima hora me reli­quis­ti
Solum malo a latere
Decima hora cla­vem non habeo
Casam, casam.
Decima hora et in aes­tate
Imber me non dese­ruit
Decima hora me sivis­ti
Cadere, cadere
 
Ante limen januae
Omnes luc­tus qui in corde ferun­tur
Omnes flores
Omnes coro­nae
Neminem jam timeo
 
Si autem hac agis
Chamulcum ster­co­ra­rium
Noli me tol­lere
Non jam facien­dum.

Auteur

David Loaec, agré­gé de Lettres clas­siques, lycée de l’Élorn, Landerneau (29).


Pour citer cet article

David Loaec, « Le thème latin en chan­sons : expé­ri­men­ta­tion », Revue de péda­go­gie des langues anciennes, 1, 2022, p. 61–87, mis en ligne le 03 novembre 2022.

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